écrits politiques

Français    English    Italiano    Español    Deutsch    عربي    русский    Português

Qui a financé et encadré des insurgés armés ?
Syrie : de la révolte à l’insurrection armée

Selon "New Orient News", les forces politiques qui organisent les manifestations en Syrie ont été financées et soutenues par les États-Unis et certains pays européens. L’objectif des États-Unis, et leurs alliés, étant d’instrumentaliser les Frères musulmans et les groupes takfiristes pour faire tomber le régime de Bachar el-Assad et en finir avec le soutien qu’il apporte aux mouvements de résistance anti-israéliens notamment. La rébellion contre le régime syrien serait en partie le fait d’insurgés armés qui se seraient mêlés aux manifestants pacifiques qui réclamaient des réformes. Il apparait qu’un certain nombre de Syriens, civils et militaires, auraient été tués ou blessés par ces groupes de francs-tireurs.


2 mai 2011


Obsèques de 15 policiers à Damas, le 27 avril 2011.

Dès le début du mouvement de contestation en Syrie, les prémices d’une insurrection armée sont clairement apparues. Les insurgés se sont faufilés parmi les manifestants qui réclament des réformes, dans le but évident de provoquer les forces de l’ordre qui avaient reçu des ordres présidentiels stricts de ne pas tirer sur les manifestants pacifiques. Souvent, les policiers étaient envoyés sur le terrain sans munitions, justement pour éviter des frictions avec les manifestants qui pourraient conduire à un bain de sang.

Le fait de transformer un mouvement de contestation pacifique en insurrection armée illustre l’impasse dans laquelle se trouvent les forces politiques qui organisent les manifestations en Syrie, et qui sont en grande partie contrôlées, financées ou couvées par les Etats-Unis, certains pays européens, le prince saoudien Bandar Ben Sultan, le Qatar, la coalition libanaise du 14-Mars, ainsi que de la Turquie, dont la position se balance entre la confusion et l’ambiguïté.

Cette impasse s’explique par l’impossibilité des organisateurs à transformer la contestation en mouvement réellement populaire, en dépit des moyens financiers et médiatiques gigantesques mis à leur disposition. Les villes d’Alep, Raqua, Idlib et leurs régions, ainsi que la capitale Damas, et, dans une moindre mesure, Hassaka et Hama, restent à l’écart du mouvement. Et malgré tous les appels, les habitants de ces régions refusent d’organiser des manifestations hostiles au président Bachar el-Assad. Ailleurs, la mobilisation reste faible et ne rassemble que quelques centaines ou des milliers de personnes tout au plus. Par ailleurs, le rôle central des Frères musulmans et des groupes islamistes extrémistes est clairement apparu, d’autant que les mosquées sont utilisées comme point de ralliement et de mobilisation. Ce qui a poussé le célèbre poète Adonis, connu pour son peu de sympathie envers le régime syrien, à dire que ce qui se passe aujourd’hui en Syrie n’est pas une révolution.

Ce tableau montre les limites de l’alliance arabo-occidentale, incapable d’initier un vaste mouvement de contestation, qui reste confiné aux régions rurales et agricoles syriennes. Pourtant, l’énorme machine médiatique tourne à plein régime tous les jours de la semaine pour mobiliser la population, et les Frères musulmans ont dû directement appeler à manifester, vendredi 29 avril, sans oublier les sermons à connotation confessionnelle prononcés toutes les semaines par le prédicateur égypto-qatari, Youssef al-Qardaoui.

Les forces qui fomentent les troubles se sont immédiatement tournées vers l’insurrection militaire. Armes et argent ont commencé à affluer à travers les frontières de Jordanie, d’Irak et du Liban, et les services de sécurité syriens en ont saisi d’importantes quantités. Ensuite, les groupes extrémistes takfiristes [1] sont directement entrés en lice dans les mosquées de Deraa, Homs, Banias et Lattaquié, appelant au Jihad et brandissant des slogans sectaires dans le but clair d’exacerber les dissensions communautaires pour provoquer une guerre civile. Quelque 80 officiers et soldats ont été tués et des centaines blessés depuis le début des troubles, ainsi qu’un grand nombre de manifestants tués par des inconnus armés dans l’objectif de provoquer des heurts avec les forces de l’ordre. De la sorte, un cercle vicieux morts-funérailles-violences-morts, s’installe et devient infranchissable.

Les puissances occidentales, avec à leur tête les Etats-Unis, ignorent complètement cette dimension essentielle de la crise qui secoue la Syrie. Elles concentrent leur intervention sur la nécessité des réformes, à travers lesquelles elles espèrent pousser le régime syrien à partager le pouvoir avec les forces syriennes qu’elles financent et contrôlent, comme les Frères musulmans, Abdel Halim Khaddam et quelques forces libérales marginales. Leur ultime objectif étant d’influencer les choix stratégiques de la Syrie basés, depuis des décennies, sur le soutien aux mouvements de Résistance anti-américains et anti-israéliens.

La réalité de ce qui se passe en Syrie est que les extrémistes musulmans takfiristes, que l’Occident lui-même combat avec acharnement depuis dix ans, disposent de cellules actives et bien organisées en Syrie. Mais dans la politique des deux poids deux mesures, le terrorisme est parfois considéré comme un fléau à abattre, et d’autres fois comme une force de changement !

Aucun être sensé ne peut croire les déclarations occidentales concernant le respect des droits de l’homme et la nécessité de réformes, alors que l’exemple de ce qui se passe à Bahreïn est vivant. Dans ce petit royaume, l’Occident a couvert politiquement et diplomatiquement l’écrasement d’une révolution pacifique et l’occupation militaire de l’ile par les pays du Golfe. Les Etats-Unis et leurs alliés arabes et européens instrumentalisent les Frères musulmans et les groupes takfiristes pour faire plier la Syrie. Et lorsqu’ils parlent de réformes en public, ils soumettent sous la table une liste de demandes semblables à celles qu’avait proposées en 2003 le secrétaire d’Etat Colin Powell et qui s’articulent autour des points suivants : rompre l’alliance avec l’Iran, cesser tout soutien aux mouvements de résistance et accepter une paix déséquilibrée avec Israël.

Ce que Bachar el-Assad a refusé il y a huit ans, alors que 250000 soldats américains étaient massés à sa frontière, il ne l’acceptera certainement pas aujourd’hui en raison de l’agitation interne. Cela ne l’empêchera pas de poursuivre les réformes politiques, judiciaires et économiques, avec de nouvelles décisions dans les prochains jours

New Orient News (Liban)
Tendances de l’Orient No 29, 2 mai 2011.



[1En islam, le « Takfirisme » est une forme d’intolérance extrêmement violente qui se caractérise par sa propension à jeter l’anathème non seulement contre des non-musulmans, mais aussi —voire prioritairement— contre d’autres musulmans. En Syrie, le takfirisme s’est cristallisé contre les Allaouites (qui sont sur-représentés dans les instances politiques et militaires) et contre les Chiites, particulièrement contre le cheikh Mohammad Hussein Fadlallah (1935-2010) leader spirituel du Hezbollah, assimilant son humanisme et son ouverture d’esprit en matière de démocratie ou de mœurs à de l’apostasie. Ndlr.