écrits politiques
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Tsahal ou la loi de la jungle
D’un check point à l’autre
Les soldats ont l’ordre de tuer et d’arrêter chaque jour des Palestiniens en Palestine. Tout Palestinien, dès douze ans, est susceptible d’être enlevé par les soldats de Tsahal.
28 avril 2003 | Thèmes (S.Cattori) : Etat juif d’Israël Palestine

À Naplouse, à Jénine, à Tulkarem, les tueurs des forces spéciales, arrivent par surprise, kidnappent des hommes au hasard, tirent dans le tas, vont de maison en maison pour chercher des « suspects ».

L’entrée et la sortie des villes et des villages est un cauchemar pour les gens qui doivent se déplacer. J’ai observé durant de nombreuses heures leur sinistre manège sur les divers check points. À Azmut et Howara par exemple. Ce sont des points de passages incontournables pour les milliers de villageois qui doivent obligatoirement les emprunter chaque jour s’ils veulent se rendre à Naplouse.

L’armée israélienne se sert des check points pour humilier les Palestiniens et instaurer un rapport de force et de pouvoir à leur égard. Ses soldats ont l’air de prendre plaisir à laisser les Palestiniens attendre des heures durant, à n’ouvrir le passage qu’au compte goutte. A laisser dans l’incertitude des foules de gens qui se sont levés de grand matin pour pouvoir aller travailler, se faire soigner, aller à l’université.

Les soldats s’adressent à eux avec des gestes obscènes, hurlent, les rudoient comme s’il s’agissait de bétail. Ils embarquent leur carte ID, fouillent leurs sacs. Puis s’en vont parler et plaisanter entre eux sans plus faire cas de ces hommes et femmes sagement alignés dans la file qui s’allonge d’heure en heure.

On comprend que leur manège est destiné à avilir et à maintenir un climat permanent de peur et d’instabilité. Il y a là des femmes enceintes, des enfants qui pleurent, qui ont faim, qui ont froid, des vieillards qui vacillent sur leurs jambes. Des jeunes entre 17 et 30 ans qui, eux, ne passeront pas.

il y a déjà plus de 200 personnes qui attendent sans rien dire. Les hommes dans une file. Les femmes dans une autre. Ma voisine me dit qu’elle s’est levée à 3 heures. Qu’elle a pris un taxi. Puis marché deux kilomètres ; pris repris un autre taxi pour arriver ici. Qu’elle doit se rendre à l’hôpital.

Tout à coup le soldat, petit, fluet a crié : "One girl".

Aucune « girl » n’a daigné sortir de la file. Une manière de dire au soldat que chacun devait respecter son tour.

Le soldat a crié plus fort « One girl ». Alors, une vieille palestinienne croulant sous le poids de trois sacs en plastique est allée vers le soldat ; celui-ci s’est mis à chantonner tout en vérifiant que c’était bien la même personne que sur la photo.

Puis, avec le canon de son fusil mitrailleur, il lui a fait signe de vider ses sacs. Il a ensuite fouillé dans le tas qu’elle avait posé à même le sol, couvert d’immondices, renversé la vaisselle et les pois chiches. Quand il lui a fait signe de décamper, la vieille femme a ramassé ses effets sans rien montrer de sa peine ni aucun ressentiment.

« One girl » cria à nouveau le morveux en uniforme qui avait pouvoir de vie et de mort sur eux. Méprisant, vulgaire, armé, il pouvait écraser, insulter, rabaisser tout ce monde, si digne et qui était dans son bon droit, mais qui ne pouvait pas lever le petit doigt.

C’était intolérable ! Moi, l’étrangère je ne risquais pas ma peau. Je me sentais le devoir de résister à ces affreux colons venu de Moldavie ou de Pologne ou de Marseille, pour maltraiter des gens qui étaient ici chez eux.

Le morveux n’a pas apprécié ma résistance. Il a enlevé son casque. Voulait-il rendre visible sa kipa pour bien nous signifier qu’il officiait sous le signe de la religion juive et qu’il avait un pouvoir divin ? Il m’a dit ce que d’autres soldats m’avaient déjà dit avant lui : que « cette terre, Dieu l’avait donnée aux juifs ».

Mes mots ne pesaient d’aucun poids face à ce soldat qui tenait le doigt sur la gâchette. Je lui ai quand même dit qu’il déraillait, que ce n’était pas une façon de traiter les gens. Que la vieille dame qu’il avait humiliée aurait pu être sa grande mère. Il m’a répondu qu’il ne voyait pas le lien.

J’ai éprouvé un sentiment d’étouffement et me suis demandé comment ces Palestiniens que cette soldatesque piétinait de la sorte pouvaient demeurer si calmes et se plier à tants d’affronts ?

Ceux qui parlent de racisme et d’antisémitisme dans nos sociétés devraient venir ici pour savoir ce que ces termes recouvrent.

Les soldats israéliens ne traitent pas tous les humains comme des humains. Ils traitent les Palestiniens plus bas que terre.

Silvia Cattori