Cette façon de réduire un homme, fut-il coupable, au rang d’animal, est indigne.
J’ai fermé le poste et je suis sortie. La rue est généreuse en Palestine. Les Palestiniens sont accueillants. L’étranger y est roi.
Comment les Palestiniens, que le Président Saddam Hussein a toujours soutenus, peuvent-ils supporter les images des traitements dégradants que ses cruels geôliers ont jetées à la face du monde ?
L’arrestation possible de Saddam Hussein, tout le monde s’y était préparé. Mais pas comme cela. Pas comme une déshumanisation.
La vue de cet homme effrayé, traqué par ses geôliers, a soulevé ici une infinie compassion. Non, nul ici, ne peut partager ces manifestations hystériques que les médias occidentaux leur ont impudemment offertes. Cette manière dégradante de montrer l’ancien chef d’Etat de l’Irak, fut-il coupable, donne à tous la nausée.
Eux, c’est durant toute leur vie que les occupants leur font subir ce genre de traque à « l’animal ». Ils se sont vus comme dans un miroir, reconnus, dans ce portrait bestial que les nouveaux occupants de l’Irak ont voulu donner pour mieux avilir leurs adversaires.
Pourquoi l’avilir à ce point ?
C’est de cette même façon barbare que l’occupant israélien embarque les Palestiniens, les encagoule, les scrute. Des milliers de prisonniers palestiniens sont passés comme cela entre leurs mains, réduits au rang d’animaux.
Les hommes au pouvoir à Washington accusent Saddam Hussein d’avoir tué des innocents. Très bien. Mais eux, c’est ce qu’ils font tous les jours, et sur une échelle bien plus colossale. Tout comme les hommes au pouvoir à Tel Aviv.
Pourquoi donc les soldats du Pentagone et de Tsahal peuvent-ils massacrer des civils innocents en Afghanistan, en Irak, en Palestine, au Liban, et pas les soldats de Saddam Hussein ? Comment peuvent-ils prétendre, après tous les pays et les peuples qu’ils ont détruits, donner des leçons de démocratie et de savoir vivre aux Arabes et à tant d’autres nations ?
Ces chefs d’Etat qui, depuis Tel Aviv et Washington, envoient des troupes en Palestine, en Irak, en Afghanistan, n’ont pas fait mieux que Saddam Hussein pour offrir à l’humanité un monde meilleur. Ils ont fait pire. De quelle justice ces criminels peuvent-ils parler ?
Pour toutes ces raisons humaines, dès que, ici à Ramallah, les Palestiniens ont appris la capture de Saddam, ils ont senti toutes leurs blessures se raviver. Il y a désormais une communauté du malheur qui les relie aux Irakiens. Comme eux, ils vivent sous occupation. Comme eux, ils n’oublient pas qu’Israël a, durant des années, diabolisé l’Irak, poussé l’Occident à l’attaquer ; pour faire d’une pierre deux coups : détruire l’Irak, et couper la Palestine de son plus fervent soutien.
La manière avec laquelle les Irakiens et les Palestiniens sont présentement écrasés par Israël et les Etats-Unis contredit toutes les valeurs que ces Etats prétendent défendre. Il ne s’agit pas pour ces deux armées occupantes d’apporter plus de bien être et de justice aux peuples qu’elles occupent. Il s’agit pour elles de les détruire, pour ensuite les déposséder de leurs richesses, morceaux par morceaux.
C’est donc de la dépossession de ces peuples martyrisés que les médias devraient nous parler en priorité. Mais, au lieu d’expliquer la vraie nature de la guerre criminelle que mènent M. Bush et M. Sharon, ils diabolisent les victimes.
Ces chefs d’Etat, et les politiciens immoraux qui leur apportent leur appui, ce ne sont pas les nobles sentiments et les pensées généreuses qui les animent. Ils ne connaissent aucune compassion.
Nous devons dénoncer leur inhumanité, leurs mensonges, leurs crimes.
Silvia Cattori