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Les atrocités des djihadistes en Syrie
Nettoyage ethnique à Adra : une rescapée raconte

M. D., une femme syrienne, secrétaire du lycée d’Adra à l’Est de Damas, vit dans cette cité ouvrière depuis plus de 23 ans. Mère de trois filles, cette veuve a raconté au site d’information arabi-press ce qui s’est passé à Adra après l’infiltration des milices armées.

2 janvier 2014

« Mercredi dernier, les tirs des milices s’approchaient de plus en plus de nous. Alors que j’accompagnais mes enfants à l’école, nous avons croisé en route l’assistante pédagogique qui m’a demandé de rentrer vite chez nous parce que les miliciens avaient pris d’assaut la ville.

« Immédiatement, j’ai rebroussé chemin et tous les habitants ont commencé à se diriger vers le centre-ville. En moins d’un quart d’heure, nous avons entendu des tirs de feu nourris en bas de l’immeuble. Un milicien criait avec un accent saoudien : « Que tous les civils descendent au sous-sol ! ».

« Nous sommes accourues, mes filles et moi, à l’intérieur du bâtiment, où un homme avec une longue barbe, portant une robe courte, une veste en cuir, et un pantalon taché de boue, parlait avec un accent saoudien, et tirait en l’air après chaque mot. Dans le sous-sol, utilisé d’habitude comme dépôt, s’étaient abritées trois autres familles, l’une sunnite de Damas, l’autre de Nawa (circonscription de Deraa), également sunnite et une famille chrétienne de Sadad.

« Dix minutes plus tard, un milicien saoudien est venu et a commencé à crier : “Que les chrétiens et les alaouites viennent ici”. Je lui ai répondu qu’il n’y avait pas de chrétiens ni d’alaouites dans notre immeuble. En effet, nous avons caché ces familles parmi nous. L’homme a commencé à vérifier nos cartes d’identité et à tirer en l’air avant de partir.

« Nous avons entendu ensuite des tirs de toutes parts. Dans la main droite, l’homme portait un fusil mitrailleur et dans l’autre main il tenait une épée. Il faisait un froid glacial dans le sous-sol, où nous étions privés de nourriture, d’eau et d’électricité.

« Cinq jours avant que nous quittions le sous-sol, un milicien armé est venu chercher dans le sous-sol. Il a trouvé la famille chrétienne. Il l’a emmenée vers une destination inconnue, et pour l’instant nous n’avons plus aucune nouvelle.

Et pendant que nous sortions du sous-sol, le 30/12/2013, j’ai vu les corps dans les rues : la moitié était dévorée par les chiens affamés. Notre voisine courait dans la rue et criait follement : "Ils ont coupé leurs têtes, ils ont coupé leurs têtes".

« Cette voisine est alaouite. Les miliciens ont décapité ses trois fils et ont enlevé ses filles et son enfant de trois ans ». Je demandais des nouvelles de certains voisins alaouites.

Un décret religieux promulgué par des religieux wahhabites a autorisé les miliciens à prendre les femmes alaouites comme esclaves : en fonction de cette décision elles sont violées.

« Les habitants m’ont dit que les hommes armés ont décapité les alaouites et enlevé les chrétiens pour les échanger. Ils ont tué une famille entière originaire de Salmiya que je connaissais. À notre sortie, un cheikh saoudien a commencé à nous dire : "ne vous rendez-pas à l’Etat des tyrans mécréants. Ici se trouve l’Etat de l’Islam".

« Ils ont ouvert le feu en notre direction. Une femme a été tuée à côté de moi. Nous avons commencé à courir. La scène était pénible. Les gens ont laissé leurs proches blessés ou morts dans les rues. Une fois arrivés à la seule issue de la ville, l’armée syrienne nous attendait là-bas. Elle a cherché des bus pour nous transporter ailleurs. La tragédie est affligeante : il y a plus de 500 personnes et des milliers de disparus », conclut la femme originaire de la cité ouvrière d’Adra.

Source : arabi-press
Traduit par le site Al-Manar , 1er janvier 2014