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Par Ghaleb Kandil
Serguei Lavrov : Les groupes d’opposants armés en Syrie sont composés de djihadistes venus du monde entier

Ce qui s’est passé ces derniers jours dans les coulisses de l’Assemblée générale des Nations unies illustre clairement l’émergence de nouveaux rapports de force internationaux, caractérisés par la fin de l’hégémonie états-unienne et l’apparition de nouvelles réalités. Celles-ci laissent présager le début d’une Guerre froide, différente de celle que le monde a connu durant la seconde moitié du XXème siècle.

1er octobre 2013

Certains analystes pensent que la fin de l’hégémonie unilatérale états-unienne conduit forcément à l’apparition d’un monde multipolaire. Mais en examinant de plus près ce qui s’est passé, on arrive à l’observation suivante : les puissances émergentes, notamment l’axe de la Résistance mené par la Russie, avec un rôle essentiel pour l’Iran, est parvenu à imposer de nouveaux équilibres grâce à un processus d’accumulation des victoires, plus particulièrement contre Israël au Liban, et, surtout, grâce à la résistance de la Syrie dans la guerre universelle menée contre elle. Ces nouvelles réalités ont contraint les États-Unis et leurs alliés, Français et Britanniques, à accepter les nouvelles règles qui se sont traduites, au Conseil de sécurité, par une réciprocité dans l’utilisation des vétos, qui était, ces dernières décennies, le monopole de l’Occident.

Ces nouveaux rapports de force se caractérisent par la fin des invasions et des grandes guerres, mais ils n’empêcheront pas la poursuite des conflits politiques et des crises. Parmi ces enjeux, figure une question vitale pour la Russie : la récupération de son rôle historique dans l’Europe slave et orthodoxe, que l’Occident a ravi au Pacte de Varsovie après l’effondrement de l’Union soviétique.

Un monde multipolaire signifie un changement global des règles du jeu et des relations à l’intérieur des Nations unies. Or, la structure administrative et politique de cette organisation ainsi que son appareil exécutif, restent totalement sous hégémonie US. Ce qui signifie que le déséquilibre se poursuivra jusqu’à ce que les forces émergentes, qui ont démantelé le monde unipolaire, réussissent à reconstruire les institutions des Nations unies et à imposer un changement de leurs règles de fonctionnement, comme par exemple l’intégration de nouveaux membres permanents au Conseil de sécurité, à l’instar du Brésil, de l’Afrique du Sud et, ultérieurement, de l’Iran.

Le nouvel ordre mondial verra alors la chute de l’hégémonie unilatérale des États-Unis [conjointement avec l’OTAN], qui a utilisé ces trois dernières décennies sa puissance militaire pour agresser et assujettir des nations entières. Pendant toute cette période, Washington a utilisé l’Onu et ses institutions comme s’il s’agissait d’annexes à sa diplomatie. La Russie et la Chine étaient dans une période d’attente et se contentaient, tout au plus, de protester politiquement, jusqu’à ce que la victoire de la Résistance contre Israël, en 2006, a posé les jalons du grand changement.

De nombreux dossiers litigieux opposent les USA d’un côté, la Russie, la Chine, l’Iran et les pays des Brics de l’autre. La concurrence ouverte pour le contrôle des ressources énergétiques et des marchés se poursuivra et continuera de provoquer des polarisations sur la scène internationale. Mais les nouvelles réalités empêcheront que les États-Unis aient recours à la guerre pour imposer leur volonté.

Si la conférence de Yalta s’est soldée par une partage du monde en deux zones d’influence, sur lesquelles se sont déployées les armées des deux grandes puissances de l’époque, aujourd’hui, il n’existe pas de lignes de démarcations bien précises entre les zones d’influence. Au contraire, les lignes sont enchevêtrées et aucun compromis global n’est envisageable. C’est selon ces nouvelles règles d’engagement que la guerre froide contemporaine aura lieu.

La portée de la victoire iranienne

L’Iran a couronné 33 ans de résistance face au blocus américano-occidental en imposant aux États-Unis de le reconnaître comme puissance indépendante, selon ses propres conditions. Grâce à la sagesse de son leadership, Téhéran a réussi à arracher cette reconnaissance aussi bien au niveau de la forme que du fond.

Ainsi, Washington a reconnu la puissance de l’Iran et s’est résigné à accepter son entrée dans le club des grands de ce monde. Il a également reconnu ses droits à l’exploitation pacifique de l’énergie nucléaire, sans que l’Iran ne fasse la moindre concession, même au niveau de la forme.

Nous assistons au début de l’ascension de l’Iran, qui a résisté tout ce temps à des guerres complexes lancées par des ennemis implacables, qui ont utilisé toutes leurs armes : pressions, menaces, embargo, blocus, sanctions, terrorisme d’État, assassinats de savants, attentats terroristes, guerres secrètes, guerres économiques, subversion etc...

Mais malgré les gigantesques moyens jeté dans la bataille par les États-Unis, Israël et leurs auxiliaires, ont perdu face à la détermination du peuple iranien et à son attachement à son indépendance.

Face à ces guerres, l’Iran a compté sur ses propres moyens et a considérablement développé ses capacités militaires et technologiques, parvenant même à se lancer à la conquête de l’espace. En coopération avec la Russie, la Chine, la Corée, le Brésil, le Venezuela et l’Inde, la République islamique a fait des pas de géants, ce qui la transforme en modèle pour les pays en voie de développement.

Les citoyens iraniens ont consenti d’énormes sacrifices pour sauvegarder l’indépendance de leur pays, Aujourd’hui, ils peuvent enfin voir se réaliser les objectifs imaginés par de grands chefs et stratèges dès le début de la révolution : bâtir un État indépendant, le doter des moyens de défendre son indépendance, et contraindre l’Occident colonialiste à le reconnaitre. Tous les plans et tous les efforts ont été déployés, ces 33 dernières années, dans cette direction.

La reconnaissance états-unienne de la puissance iranienne est une consécration des nouveaux équilibres au Moyen-Orient, plus particulièrement dans le Golfe. Dans cette région, la présence et le rôle iranien dans les domaines politique et économique seront décisifs.

Sur le plan stratégique, il est important de mettre l’accent sur l’importance de l’alliance syro-iranienne, qui a promu et couvert la Résistance. Cette alliance a largement aidé l’Iran à bâtir son modèle indépendantiste sur la scène mondiale. Si la résistance de la Syrie et de son président ont offert aux peuples du monde la chance de se libérer de l’hégémonie unilatérale des États-Unis, l’alliance entre Damas et Téhéran a jeté les bases de la dissuasion face à Israël.

Aujourd’hui, le chef de la révolution iranienne, l’ayatollah Ali Khamenei, peut se prévaloir devant les sceptiques —et ils sont de moins en moins nombreux en Iran— que le pari fait par son pays sur la Résistance et sur la Syrie était gagnant. C’était un précieux atout stratégique, qui a permis de faire de nombreuses réalisations.

Déclarations et prises de positions

Bachar al-Assad, président de la République arabe syrienne

« La Syrie va détruire son arsenal chimique. Notre pays s’engage généralement au respect de toutes les conventions qu’il signe. Cependant, la possibilité que les États-Unis lancent une attaque contre la Syrie est toujours réelle. Soit sous le prétexte des armes chimiques, soit pour d’autres prétextes. Si on jette un coup d’œil sur les guerres précédentes, sur la politique des États-Unis, au moins à partir de la première moitié des années cinquante, on voit qu’il s’agit d’une politique qui passe d’une agression à une autre. Cette politique n’a pas changé et je ne vois pas maintenant de raison particulière pour qu’elle change. Les États-Unis ne peuvent pas avoir recours au Conseil de sécurité comme ils le faisaient dans les années 90, il y a davantage d’équilibre en son sein. Depuis deux ans et demi, il y a une ingérence étrangère dans le conflit qui secoue la Syrie. Certains États, dont l’Arabie saoudite, fournissent des armements aux terroristes. »

Hassan Rohani, président de la République islamique d’Iran

« On ne peut régler la crise syrienne que par les moyens pacifiques. Il faut mettre le gouvernement et l’opposition à la table des négociations. Nous participerons à la conférence Genève-2 sans aucun préalable, si on nous invite. La dislocation de la Syrie est très dangereuse, les terroristes doivent quitter la Syrie, il ne doit y avoir de guerre lancée par des États étrangers. »

Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah

« Les auteurs des attentats de Bir al-Abed et de Roueiss ont été identifiés. Les services libanais ont les mêmes informations, et c’est désormais à l’État de prendre les mesures nécessaires à l’égard des auteurs, notamment les Libanais d’entre eux (...)

Les informations véhiculées par des membres de l’opposition syrienne et reprises par certains médias au sujet du transport d’une partie des armes chimiques syriennes au Liban sont ridicules et dangereuses car elles ont des conséquences graves qui mettent le Liban en danger. Oui, le régime syrien a donné des armes à la Résistance, mais il n’a jamais été question des armes chimiques, car indépendamment du danger que cela comporte d’en posséder, pour le Hezbollah, il s’agit d’une question religieuse. J’ai même refusé de laisser un flou sur cette question pour les besoins de la guerre psychologique contre Israël, comme me l’ont conseillé certains. Concernant le tollé au sujet du réseau de télécommunications de la Résistance, c’est un câble qui passe en bordure de Zahlé et qui va jusqu’à Baalbeck et au Hermel. Il y a eu des travaux d’entretien sur ce câble, ce qui ne constitue en aucun cas un moyen de contrôle des télécommunications de Zahlé. Tout spécialiste des télécommunications pourrait le confirmer (...)

Si le président Sleiman convoque à une séance de dialogue, nous serons prêts à y participer. Mais si certains ne veulent pas s’asseoir à nos côtés, c’est leur affaire. Nous autres, nous acceptons et, même plus, nous souhaitons que tous les thèmes soient discutés, y compris celui de l’intervention en Syrie. Nous verrons alors qui a commencé à intervenir en Syrie, sous quelle forme et à partir de quand. Nous souhaitons que tout cela soit mis sur la table. D’ailleurs, n’est-ce pas une forme d’intervention que de solliciter à tout prix une intervention militaire étrangère en Syrie, sachant que l’un des premiers pays qui en paiera le prix sera le Liban ? Tout cela n’est-il pas plus dangereux que d’envoyer quelques combattants dans des points précis en Syrie ?

Aujourd’hui, la Turquie est en train de connaître le même sort que le Pakistan qui paie e prix du conflit en Afghanistan. Qu’ont fait les parties qui réclament une intervention étrangère en Syrie contre cette menace takfiriste qui pèse aussi sur le Liban ? Au sujet de la formation du gouvernement, le Hezbollah ne pose qu’une condition : que les blocs parlementaires soient représentés au sein du gouvernement selon leur poids. Par contre, c’est l’autre camp qui multiplie les conditions. La déclaration ministérielle sera discutée après la formation du gouvernement. La formule des « trois huit » est en fait une formule « 6-10-8 », car le Premier ministre et le ministre qu’il choisira seront forcément du 14-Mars et ne peuvent pas être considérés comme des centristes. »

Serguei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères

« Il est de notoriété publique que les groupes armés les plus efficaces de l’opposition syrienne sont composés de jihadistes. Ils comprennent beaucoup de radicaux venus du monde entier. Ils cherchent à atteindre des objectifs qui n’ont rien à voir avec la démocratie, qui reposent sur les principes de l’intolérance et visent à anéantir les États laïques et à créer des califats. On peine à qualifier de « perspicace » la politique de ceux qui luttent contre les groupes armés dans certains pays, comme au Mali, mais aident ces mêmes groupes dans d’autres pays, comme c’est le cas en Syrie. Les mercenaires en provenance de pays occidentaux et de la Russie qui combattent actuellement en Syrie représentent une menace commune à la sécurité de la communauté internationale. Je suis convaincu qu’ils sont en train d’accumuler une expérience dont ils se serviront, une fois la crise syrienne réglée, dans d’autres pays, dans leur propre patrie avant tout. C’est de cela dont nous devons parler, et non pas de la question de savoir qui doit rester et qui doit partir. Soit nous sommes d’accord sur le fait que toute forme de terrorisme est inacceptable, soit nous continuons le jeu des doubles standards. »

Ghaleb Kandil - New Orient News (Liban)
30 septembre 2013