écrits politiques

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Usage de l’antisémitisme à des fins politiques
L’accusation d’antisémitisme ne fait pas toujours recette

Bernard Ravenel, responsable de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) et Richard Wagman, membre de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) ont été condamnés, le 15 janvier 2008, par la XVIIème chambre du tribunal correctionnel de Paris pour avoir qualifié d’ « antisémite notoire » et de « négationniste notoire », le journaliste et écrivain Jean-Paul Cruse. (*)

Cette condamnation, n’a apparemment pas fait la une des médias : c’est généralement quand quelqu’un est accusé d’ « antisémitisme » que l’on parle de lui, et pas quand il est absous. Elle doit néanmoins être ressentie comme une grande délivrance par toutes les personnes qui se sont trouvées injustement diffamées par ce genre d’accusations. Mais également par toutes les personnes qui ont, aujourd’hui, peur de s’exprimer, à l’idée se voir faussement accusées par des gens malveillants, d’un délit sanctionné par la loi et passible de prison.

À noter que les accusations d’ « antisémitisme » s’intensifient quand les opérations meurtrières de l’armée israélienne contre les voisins arabes augmentent en intensité ; on pourrait en déduire qu’elles contribuent très utilement à détourner l’attention du monde des atrocités commises par les soldats de l’armée israélienne, curieusement qualifiée, armée "la plus morale du monde".

En 2003 déjà, Bernard Ravenel, avait accusé publiquement « d’antisémitisme » Marcel Charbonnier, qui traduisait des articles à charge contre la politique d’apartheid de l’Etat d’Israël. Cette accusation, avait été relayé sans aucune vérification par les quotidiens Le Monde et Libération. Ce qui avait valu à Marcel Charbonnier un interdit professionnel et un procès, heureusement remporté, conjointement avec Pierre-Alexandre Orsoni, à Marseille [1].

L’accusation d’ « antisémitisme », est une arme très efficace quand on veut faire taire des voix qui dérangent. Que cette arme soit utilisée à cet effet par des organisations juives dont la vocation est de faire la promotion de l’Etat d’Israël comme le CRIF, l’UPJF, l’UEJF [2] n’est guère étonnant. Mais qu’elle le soit aussi par des associations de solidarité avec le peuple palestinien comme l’UJFP et l’AFPS, est beaucoup plus intrigant. Or, Ravenel et Wagman - et leurs associations - en ont largement usé [3].

Alors que l’Etat d’Israël peut se permettre de pratiquer ouvertement l’apartheid et le nettoyage ethnique, sans susciter de réactions de la part de la « communauté internationale », jamais les Palestiniens n’ont été dans une situation plus effroyable. Les gens qui continuent de soutenir le droit des Palestiniens à revenir à vivre librement sur leur terre occcupée par l’Etat d’Israël - sont révoltés par les trahisons de ces responsables de l’AFPS, qui sont censés défendre ce droit au retour et dont la priorité est d’accuser d’antisémitisme ceux qui le revendiquent ce droit.

Dans le débat autour de la Palestine, de plus en plus de gens, préoccupés par l’aggravation de la situation et les réponses inadéquates apportées, se sont sentis désorientés, par les positions biaisées de responsables d’associations, de journalistes et de sites réputés « progressistes », dont l’action consiste à garder le contrôle de l’information sur Israël, donc à censurer, à contenir ou à contrer en les diffamants les voix dissidentes.

Mais pourquoi certains responsables au sein du mouvement de solidarité agissent-ils à fin contraires ? Est-ce parce que leur loyauté va davantage à la préservation de l’« l’Etat juif d’Israël » - qui interdit le droit de retour aux Palestiniens déportés hors de leurs terres – raison pour laquelle ils cherchent à orienter le mouvement de solidarité vers des actions "de paix", et des narrations le moins dommageables pour Israël ? Chacun peut trouver la réponse.

Reste à espérer que cette condamnation par le Tribunal correctionnel de Paris, mette un terme aux manoeuvres déloyales de celles et ceux qui, comme Ravenel et Wagman, n’ont jamais eu aucun scrupule à jeter la suspicion et l’anathème sur des honnêtes gens parce qu’ils portent un regard lucide et sans concession sur les crimes de l’Etat d’Israël depuis sa création ; un Etat violent et raciste qui nie aux Palestiniens leur droit légitime à revenir sur leur terres.

Silvia Cattori

(*) Journaliste et délégué syndical depuis la fondation de Libération, M. Cruse avait négocié, fin 1994, son départ contre une importante indemnité de la part de ce journal. Nous n’entrons pas ici dans la substance des campagnes médiatiques lancées contre lui à cette époque, et qui n’ont pas de lien direct avec l’affaire qui vient d’être jugée.
Nous ne connaissons personnellement ni Jean-Paul Cruse, ni ses accusateurs Ravenel et Wagman. Mais nous connaissons le cas de nombreuses personnes qui, comme Cruse, ont vu leur réputation salie ou leur carrière détruite par de fausses accusations d’ « antisémitisme » ou de « négationnisme ».



[1Ces deux personnes traduisaient et diffusaient des articles, ignorés par les associations AFPS, UJFP, etc., car ils ne pouvaient que déranger leur ligne politique. La prise de position de Ravenel dans Le Monde avait suscité des protestations même au sein de son association, voir :
« Lettre de Sabine Gherrak, membre de l’AFPS à l’Association France Palestine Solidarité », 12 avril 2003.

[2CRIF : Conseil Représentatif des Institutions Juives de France.
UPJF : Union des Patrons et des professionnels Juifs de France.
UEJF : Union des Etudiants Juifs de France.

[3Sur ces pratiques de l’UJFP, voir :
- « Palestine : l’ampleur de la tragédie exige un soutien sans faille », par Silvia Cattori, 30 janvier 2005.