écrits politiques
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L’anti-G8 sur fond de guerres et de conquêtes coloniales
Bush et Blair vont aux bains d’Évian se laver du sang versé
La place de Bellerive, à Lausanne, était noire de monde. Parmi eux, de nombreux Suisses allemands. Un appareil de sécurité impressionnant a été mis en place.
29 mai 2003 | Thèmes (S.Cattori) : Mouvements de solidarité Liberté d’expression

Déploiement policier, le 29 mai 2003 à Lausanne (switzerland.indymedia.org)

Les autorités avaient averti que ceux qui porteraient des masques allaient être arrêtés. Huit grandes têtes en carton pâte, en costard et cravate, l’exacte imitation des chefs d’État attendus à Evian, ont contredit cet ordre.

Au début de la manifestation, la pluie s’est mise à tomber à grands seaux. La rue s’est immédiatement transformée en ruisseau, les vêtements collaient à la peau des manifestants, trempés jusqu’aux os, portant des banderoles qui disaient : « Fin de l’occupation impérialiste en Irak ».

Que veulent-ils signifier à ces membres du G8 qui s’arrogent le droit de gouverner, à eux seuls, le monde ? Qu’ils n’ont aucune légalité à décider à la place des peuples. Que nul ne les a mandatés pour gouverner la planète. Qu’ils n’ont aucune légitimité à décider de la politique et de l’économie des peuples. Que le G8, qui réunit les huit États les plus arrogants du monde, est une machine destinée à asseoir l’hégémonie militaire des Etats-Unis et à enterrer le peu de légalité qui reste : l’ONU. Que cela est inadmissible. Cela est anti-démocratique.

Emportés par leur souci d’assurer la sécurité de tout rassemblement, les autorités suisses ont complètement perdu la mesure. L’impressionnant dispositif policier et militaire mis en place pour encadrer les manifestants leur a paru insuffisant. Il a fallu que l’Allemagne vienne en renfort en leur envoyant mille policiers.

Il y a des blindés partout. Des policiers qui portent des uniformes noirs et des casques bleu roi - un accoutrement agressif conçu spécialement pour ce G 8 - attendent l’arrivée des manifestants dans toutes les gares. Les quartiers bordant le lac Léman, face à Evian, ont été bouclés, encerclés par de hautes palissades métalliques et des fils de fer barbelés.

Il s’agit de protéger les chefs d’État et leurs suites, logés dans des Palaces à proximité d’Evian.

Les hélicoptères font des rondes, les voitures sont fouillées. Les soldats, casqués, portant des gilets pare-balles sont en position de tir. Les salles d’opération de tous les hôpitaux ont été réquisitionnées. Les services de sécurité états-uniens sont allés partout vérifier que les autorités suisses avaient fait les choses selon leurs directives.

Depuis la seconde guerre mondiale la Suisse n’avait pas connu une pareille militarisation. La majorité des commerçants a cédé à la panique entretenue par les médias : leurs vitrines, pourtant éloignées du parcours des manifestants, ont été recouvertes de panneaux en bois.

Il y a fort à craindre que ce quadrillage dit « sécuritaire » ne soit ressenti comme une provocation par les manifestants qui vont arriver, de toute l’Europe. Et que cette jeunesse, sac au dos, qui vient pour exprimer démocratiquement son désir d’un autre monde, ne se fasse injustement provoquer par les forces qui protègent ce « G8 » en folie.

Silvia Cattori