écrits politiques

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Un article de Djazaïri
Le film islamophobe « L’innocence des musulmans » et le cinéaste porno Alan Roberts

À propos des évènements qui secouent un certain nombre de pays musulmans en relation avec la bande-annonce du film « L’innocence des musulmans », je ne vais pas discuter de la part qui revient à une colère spontanée et celle qui revient à son exploitation par des forces organisées dont le rôle a été évident à Benghazi.

15 septembre 2012

J’aimerais cependant à nouveau attirer l’attention sur ce que Benghazi nous dit de la situation en Libye à partir de ces constats simples que 1) l’ambassadeur des États-Unis siégeait toujours dans cette ville et non à Tripoli qui est pourtant la capitale libyenne et 2) que les hommes qui ont attaqué l’ambassade étaient bien armés, au point même de déclencher hier des tirs intenses d’artillerie anti-aérienne contre les drones dont Obama a ordonné le déploiement au-dessus de la deuxième ville libyenne. Si on s’intéresse au film lui-même, on commence à en savoir plus sur les conditions de sa réalisation. On apprend en effet que :

Le film aurait été réalisé par Alan Roberts, 65 ans, spécialisé dans les films pornographiques et d’action à petit budget comme “La jeune Lady Chatterley II” ou “Karaté Cop”, selon le site web Gawker. D’après Gawker qui a interrogé des membres de l’équipe de tournage du film “Innocence of Muslims”, les acteurs affirment avoir été trompés, croyant jouer dans un film de fiction épique, et découvrant ensuite qu’un doublage avait transformé leurs répliques en propagande anti-musulmane. Initialement, les rôles principaux attribués par Alan Roberts à ses acteurs s’appelaient George, Condalisa et Hillary, mais la version finale du script les faisaient interpréter le prophète Mahommet et d’autres personnages du Coran. Le film a été ensuite promotionné par des coptes par des chrétiens évangéliques antimusulmans de droite, tel Morris Sadek, Egypto-américain, et le pasteur de Floride Terry Jones, connu pour avoir brûlé publiquement des exemplaires du Coran.

Alan Roberts est donc plutôt spécialisé dans le cinéma pornographique, ce qui en soi ne le disqualifie pas pour tourner un film insultant une religion, que ce soit l’Islam ou une autre confession.

Apparemment, ni Alan Roberts, ni les comédiens engagés sur le tournage n’avaient conscience de la destination du film dont l’objet initial diffère complètement de ce qui est présenté sur la bande-annonce grossièrement doublée.

Comme Alan Roberts, certains comédiens venaient du milieu du cinéma pornographique comme Tim Dax et Amina Noir, ce qui a dû rendre plus simple le tournage des scènes de sexe qui figurent dans le film.

J’allais dire, puisqu’il s’agissait de dénigrer une religion, pourquoi pas ?

Mais, au delà de l’insulte faite à la religion musulmane et à ses adeptes, voire même à tous ceux qui ont du respect pour les croyances religieuses des uns et des autres, ce qui ne va pas c’est que la société chargée de produire le film s’appelle Media For Christ.

Le président de cette association, dédiée à “faire briller la lumière de Jésus” sur le monde, est l’Égyptien de religion copte Joseph Nassrallah Abdelmasih.

En effet, même en admettant qu’une organisation religieuse ait eu l’intention de produire un film portant atteinte à la religion musulmane, ce qui semble par contre inconcevable, c’est qu’elle fasse appel à un réalisateur et à des comédiens venus de l’univers de la pornographie. Parce que j’ai de la peine à comprendre Joseph Nasrallah, un proche de l’extrême droite chrétienne, a pu recruter un réalisateur de pornographie pour “faire briller la lumière de jésus”.

Le milieu du cinéma aux États-Unis est un vaste monde et il y a fort peu de chances qu’on tombe par hasard sur un réalisateur de films pornographiques sauf si on l’a choisi délibérément, ce que n’aurait bien entendu jamais fait un véritable croyant, chrétien ou autre, surtout s’il vit sa foi de manière militante. D’autant que nous avons en fait deux films : un film épique contenant des scènes explicites de sexe et une bande-annonce réalisée en doublant certaines scènes du film.

On a vu que ces prétendus militants du christianisme sont en fait bien encadrés par des gens qui tout en étant des fanatiques extrémistes gardent la tête froide. Si vous voulez comprendre un peu mieux ce qui se passe et qui manque à l’appel, posez-vous cette question toute simple :

Qui contrôle l’industrie du porno aux États-Unis ?

Djazaïri, 15 septembre 2012.