Gaza : victimes du massacre israélien le 15 janvier 2008 (Zeina Biladi)
Après novembre 2007, le sort des habitants de Gaza et de Cisjordanie, est devenu encore plus terrible. En effet, leur sort s’est dramatiquement aggravé depuis que la collusion - contre nature - entre les services secrets israéliens et les services de sécurité palestiniens s’est intensifiée.
Les opposants palestiniens sont surveillés par les espions de M. Mahmoud Abbas ; leurs déplacements signalés aux militaires israéliens ; ces derniers n’ont plus qu’a aller les arrêter pour ensuite les jeter dans des prisons israéliennes.
Autre collusion contre nature entre l’occupant israélien et les policiers d’Abbas : les carnages et les mesures d’enfermement de la population de Gaza ont le plein soutien du régime de Mahmoud Abbas et des services secrets égyptiens.
Les gouvernements européens, en apportant leur appui politique et financier à l’Autorité illégitime et corrompue de Ramallah, contribuent à aggraver le sort des Palestiniens.
Après quoi, que faut-il penser de ces représentants de l’Autorité palestinienne - comme Leila Shahid et Hind Khoury – qui sont célébrés à l’extérieur, lors de meetings de soutien à la cause palestinienne, alors qu’ils se taisent quand cette même Autorité aide les forces occupantes à pourchasser et à liquider les Palestiniens qui résistent et défendent leurs droits nationaux ?
Sur les quelques 2000 membres ou simples sympathisants du Hamas, arrêtés depuis mi juin 2007 en Cisjordanie, plus de 800 ont été enlevés par les policiers de Mahmoud Abbas. Environ 200 Palestiniens ont été hospitalisés ces derniers mois, suite aux tortures infligées par les policiers de M. Abbas. Des détenus ont aussi été livrés aux soldats israéliens, après leur libération.
Ces policiers palestiniens, formés et armés par la CIA, ont le plein soutien de la France. Il s’agit pour le gouvernement français de Nicolas Sarkozy d’aider l’Etat colonial israélien à vaincre ceux des Palestiniens qui résistent. En coordination avec l’armée israélienne, ces policiers se livrent à des chasses de Palestiniens soupçonnés de sympathie avec le Hamas ; ils leur font subir des « interrogatoires » cruels, pour tenter de leur extorquer des informations. L’objectif de ces chasses à l’homme : se débarrasser des forces politiques du Hamas pour parvenir à liquider la résistance.
L’intensification de la collaboration répressive, de MM. Fayyad et Abbas, avec l’occupant israélien, est le résultat de la conférence d’Annapolis et des dons qu’ils ont reçus en contrepartie de leur soumission aux diktats de l’Occident. Pour satisfaire aux demandes pressantes de MM. Bush, Olmert, Sarkozy et Kouchner, Salam Fayyad a également procédé, dès novembre 2007, à la fermeture de toutes les associations caritatives appartenant aux mouvements religieux en Cisjordanie.
« Les pays donateurs qui ont participé à la conférence de Paris (…) ont promis d’apporter à l’Autorité Palestinienne des aides financières qui s’élèvent à sept milliards et demi de dollars. Soit deux milliards de plus que celle réclamée. Cet élan de générosité suscite beaucoup de doutes et bien des interrogations quant au prix qu’aura à payer le peuple palestinien en échange » écrivait Abdel Bari Atwan dans un article intitulé : « Des milliards pour liquider la résistance » [1]
Des images d’enfants déchiquetés nous parviennent, jour après jour. Mais, dans les principaux médias - asservis à la propagande israélienne -ces carnages sont, soit passés sous silence, soit présentés comme des actions visant des dangereux « terroristes » contre lesquels Israël a le « droit de se défendre ». Ce qui a pour effet de conforter Israël.
Or, qui sont les « terroristes » ? Les centaines de cadavres et de blessés affreusement mutilés qui gisent à la morgue ou sur des lits d’hôpital, femmes et enfants confondus, ou les pilotes israéliens qui larguent des missiles sur une population emprisonnée et sans défense ?
Voilà ce que nous confiait, début janvier le témoin d’un massacre à Khan Younes. [2]
C’était affreux. Les victimes étaient tous des civils. Il y avait parmi les tués cinq membres de la famille de Karima Fayyad (sans lien de parenté avec le Ministre du même nom). Il n’y avait aucune raison de bombarder des familles. C’était un massacre gratuit. Les avions et les chars (israéliens) visent des gens sans discontinuer. Ils arrivent, attaquent indistinctement. Un jour c’est Rafah, puis Beit Hanoun, Magazi, Betlayia. Ils envahissent un quartier après l’autre.
Depuis plusieurs mois leur tactique est de rentrer quelques kilomètres à l’intérieur de Gaza avec des unités de chars et bulldozers, de s’approcher des habitations pour contraindre les forces de police du Hamas à sortir, à aller vers eux. Il est ensuite facile aux drones et aux hélicoptères militaires, qui les appuient, de massacrer tous les combattants.
Silvia Cattori : Après ces massacres dans quel état les gens sont-ils ?
Les gens n’ont plus de nerfs. La seule chose qui leur reste est d’attendre leur tour. Chaque Palestinien de Gaza est une cible.
Silvia Cattori : Les avions israéliens survolent-ils souvent votre ciel ?
C’est quotidien ; les gens vivent dans la peur de ce qui peut leur tomber sur la tête. On ne sait jamais où les drones et les hélicoptères vont attaquer. Les gens sont terrorisés ; ils prient Dieu de ne pas être la prochaine cible.
Silvia Cattori : Il y a parmi eux des résistants qui sont visés. Y a-t-il des espions qui indiquent aux pilotes où ils se trouvent ?
Oui, bien sûr.
Silvia Cattori : Les chefs de la résistance ont demandé récemment à leurs militants, de ne pas avoir de portable sur eux, d’enlever les piles, sinon ils se trahissent eux-mêmes. Fermer le portable n’est-il donc pas suffisant ?
Ici tout le monde sait que les pilotes et leurs services d’interception peuvent contrôler les mouvements des gens par les téléphones portables, même quand ils sont fermés. Avec les portables ou pas, pour bien viser et attaquer avec précision leur cible, les pilotes ont besoin de s’appuyer sur les espions qui vivent parmi nous ici à Gaza.
Silvia Cattori : Les gens de Gaza savent-ils identifier ces Palestiniens qui espionnent ?
Ils ne le savent pas forcément avec certitude, mais il y a nombre de Palestiniens suspectés de collaboration avec l’ennemi. Mais soupçonner n’est pas une preuve suffisante.
Silvia Cattori : Quel sens cela a-t-il de répondre aux tirs israéliens en lançant des roquettes artisanales, qui ne pèsent d’aucun poids militairement, contre des missiles ? Israël peut tous vous massacrer, sans perte. N’est-il pas absurde de se battre à ce niveau d’inégalité ?
Je désapprouve le lancement de ces roquettes. On parle de 3’500 roquettes lancées sur Sderot après de nombreuses années, qui n’ont blessé que quelques personnes et tué une femme qui est morte de peur. Ces roquettes ne servent qu’à faire peur. Mais pour chaque lancement de roquette le prix à payer pour les gens de Gaza est catastrophique.
L’armée israélienne en a profité pour raser toutes nos cultures, nos citronniers, nos derniers oliviers et pour démolir encore plus de maisons, tuer. Bien sûr elle en profite pour justifier ses massacres et dire que nous sommes des terroristes, que nous sommes une menace. Et ensuite nous avons le monde contre nous.
Silvia Cattori : C’est ce que pensent les gens à Gaza au sujet de ces tirs de roquettes ?
Ce sont des sentiments mêlés. Parfois, après tant de massacres et de vexations, atteints dans leur dignité, les gens ressentent le besoin de quelque chose ; et ils attendent des réactions de la part de la résistance ; l’expression d’une simple revanche pour racheter leur peine, leurs morts.
Que peut faire la résistance pour montrer qu’elle ne laisse pas massacrer et humilier son peuple à l’infini sans réagir ? Elle répond par ces tirs de roquettes. Ceux qui tirent savent qu’ils ne font pas le poids, que tout cela ne sert à rien. Mais leur seul moyen de réagir face à celui qui nous écrase, est de répondre aux massacres en lançant des roquettes ; ou d’aller aux devant des chars pour les empêcher d’avancer.
Silvia Cattori : Depuis quelques semaines, Israël affirme que les militants ont une plus grande capacité défensive, qu’ils ont une grande quantité d’explosifs et d’armes. Vrai ou faux ?
Les gens ici n’ont rien. Leur force n’est pas dans les armes. Elle est dans la volonté qui anime les militants pour libérer nos territoires, pour reconquérir nos droits. C’est quelque chose que les soldats israéliens n’ont pas, malgré leur supériorité militaire écrasante : la volonté de libérer leur peuple ; c’est cela qui donne aux résistants leur courage, leur force. Même si leurs armes, c’est zéro.
Silvia Cattori : Alors votre force, peut se mesurer au nombre de gens qui se sont massivement rassemblés récemment pour exprimer leur fidélité au Hamas ? C’est donc tout le peuple enfermé dans ce ghetto qui incarne la résistance !?
Exactement. Notre peuple, en sa majorité, résiste par son attitude d’insoumission face à l’oppression qui s’intensifie. C’est ce que les autorités israéliennes ne comprennent pas. Jamais les Palestiniens ne se mettront à genoux ; quitte à devoir mourir.
L’occupant ne pourra pas nous empêcher de nous battre pour notre survie ; Ils peuvent toujours nous couper l’eau, la contaminer, ne nous laisser que de l’eau salée, priver nos enfants de nourriture, nous n’allons pas flancher.
En tant qu’êtres humains nous n’avons pas d’autre choix que de nous battre pour notre survie. Nous n’allons pas nous rendre et permettre à nos agresseurs d’atteindre leurs buts inacceptables.
Depuis deux ans, Gaza a montré que la résistance, c’est toute la population, les collaborateurs mis à part. Toute la population est prête à mourir pour ses droits légitimes.
Silvia Cattori : Quand, en décembre 2007, vous avez vu une foule énorme aller célébrer les vingt ans d’existence du mouvement Hamas, étiez-vous surpris [3] ?
Déjà , lors de la conférence d’Annapolis, j’étais surpris par la foule immense qui s’était réunie pour condamner cette conférence et soutenir la position d’insoumission du Hamas. Quand, j’ai vu plus de 400’000 manifestants aller fêter l’anniversaire de ce mouvement je me suis dit que, malgré toutes les difficultés et privations que l’on avait fait subir à Gaza, le Hamas et son gouvernement n’avaient rien perdu de leur popularité.
Silvia Cattori
[1] http://www.ism-france.org/news/article.php ?id=8014&type=analyse&lesujet=Initiatives%20de%20Paix
[2] http://www.imemc.org/article/52191
[3] http://www.ism-suisse.org/news/article.php ?id=8000&type=analyse&lesujet=Résistances