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La direction de l’OLP aide l’occupant israélien à "éradiquer" la résistance
Chaque Palestinien est une cible pour l’armée israélienne

Le nombre de Palestiniens victimes d’arrestations et d’exécutions sommaires, à Gaza mais aussi en Cisjordanie, ne cesse d’augmenter. Gaza en manque de médicaments, d’eau, au bord de la famine, demeure cadenassée. Cela est intolérable.

19 janvier 2008 | - : Gaza Israël Palestine


Gaza : victimes du massacre israélien le 15 janvier 2008 (Zeina Biladi)

Israël peut massacrer hommes, femmes, enfants, qu’il a préalablement bouclés, en toute tranquillité. Il peut empêcher les camions de l’ONU d’aller leur livrer les produits alimentaires, maintenir toute une population en situation de famine. Israël peut malheureusement compter sur la collaboration, contre nature, de l’Autorité de Ramallah.

C’est ainsi que le sort des habitants de Gaza et de Cisjordanie, s’est encore dramatiquement aggravé depuis novembre 2007, quand la collusion, entre les services secrets israéliens et les services de l’Autorité palestinienne, est devenue totale.

Les opposants palestiniens sont étroitement surveillés, persécutés, et leurs déplacements signalés aux militaires israéliens par les espions du régime de Mahmoud Abbas. Les soldats israéliens n’ont plus qu’à aller les kidnapper chez eux pour ensuite les déporter dans des prisons en Israël où ils vont être soumis à des tortures spécialement conçues pour briser leur esprit de résistance.

Pour ces palestiniens du Fatah que le peuple a rejeté par les urnes en 2006, l’objectif de ces « chasses à l’homme » est d’affaiblir le mouvement Hamas, de l’empêcher de gouverner et de reprendre le pouvoir à Gaza.

Autre collusion contre nature avec les forces militaires et les services secrets israéliens difficile à accepter pour la résistance, est le plein soutien apporté par Mahmoud Abbas et Hosni Moubarak, aux mesures d’enfermement destinées à asphyxier la population de Gaza.

Les gouvernements européens portent une lourde responsabilité dans l’aggravation de la situation. En continuant d’apporter leur appui politique et financier à Mahmoud Abbas et à Salam Fayyad, qui n’ont aucune légitimité politique - en contrepartie de leur collaboration avec Israël - ils encouragent et légitiment l’écrasement d’un peuple auquel Israël refuse le droit à exister sur sa terre.

Après quoi, que faut-il penser de sa représentation diplomatique, curieusement célébrée par les associations de soutien à la Palestine, qui ne dit rien quand des opposants à l’occupation sont arrêtés et torturés par les forces spéciales de Mahmoud Abbas et de Salam Fayyad, parce soupçonnés de sympathie avec les autorités élues du Hamas ?

Que peut-on penser de ces responsables d’associations – en France notamment l’AFPS et l’UJFP – qui n’ont jamais cessé de travailler avec les représentantes palestiniennes Leila Shahid et Hind Khoury, alors qu’elles incarnent cette direction de l’OLP qui collabore avec l’occupant israélien pour « éradiquer le Hamas », c’est-à-dire, les résistants palestiniens qui défendent - et c’est leur dignité - leurs droits nationaux !?

Sur les quelques 2’000 Palestiniens arrêtés depuis juin 2007 en Cisjordanie - soupçonnés de soutenir le Hamas- plus de 800 ont été enlevés par les « Forces de Sécurité préventive » de Mahmoud Abbas. Sa politique a le plein soutien de l’Union européenne et notamment de la France depuis l’arrivée de Sarkozy et Kouchner au pouvoir.

En coordination avec l’armée israélienne, ces « Forces préventives » -des brutes choisies et entraînées à cet effet, dressées à haïr leurs frères- se livrent à des chasses de Palestiniens. Les personnes arrêtées, enfermées dans les centres de détentions de la police secrète, sont soumises à des « interrogatoires » cruels. Sauvagement torturés, plusieurs centaines de détenus ont été hospitalisés, d’autres sont décédés.

L’intensification de la collaboration de Fayyad et Abbas avec l’occupant israélien est le résultat de la conférence d’Annapolis et des dons reçus en contrepartie de leur collaboration contre nature avec Israël.

Pour satisfaire aux demandes pressantes de Bush, Olmert, Sarkozy et Kouchner, le régime de Salam Fayyad a également procédé, dès novembre 2007, à la fermeture en Cisjordanie de toutes les associations caritatives appartenant aux mouvements religieux.

« Les pays donateurs qui ont participé à la conférence de Paris (…) ont promis d’apporter à l’Autorité Palestinienne des aides financières qui s’élèvent à sept milliards et demi de dollars. Soit deux milliards de plus que celle réclamée. Cet élan de générosité suscite beaucoup de doutes et bien des interrogations quant au prix à payer par le peuple palestinien » écrivait Abdel Bari Atwan dans un article intitulé : « Des milliards pour liquider la résistance » [1]

Des images d’enfants déchiquetés nous parviennent, jour après jour. Mais, dans les principaux médias ces carnages à répétition sont, soit passés sous silence, soit présentés sans aucune empathie pour les victimes, comme des actions visant de dangereux « terroristes » contre lesquels Israël a le « droit de se défendre ». Ce qui a pour effet de conforter l’agresseur : Israël.

Or, qui sont les « terroristes » ? Les centaines de cadavres et de blessés affreusement mutilés qui gisent à la morgue ou agonisent sur des lits d’hôpital, femmes et enfants confondus, ou les pilotes israéliens qui larguent des missiles sur une population emprisonnée et sans défense ?

- Voilà ce que nous confiait, début janvier le témoin d’un massacre à Khan Younes. [2]

C’était affreux. Les victimes étaient tous des civils. Il y avait parmi les tués cinq membres de la famille de Karima Fayyad (sans lien de parenté avec le Ministre du même nom). Il n’y avait aucune raison de bombarder des familles. C’était un massacre gratuit. Les avions et les chars (israéliens) visent des gens sans discontinuer. Ils arrivent, attaquent indistinctement. Un jour c’est Rafah, puis Beit Hanoun, Magazi, Betlayia. Ils envahissent un quartier après l’autre.

Depuis plusieurs mois leur tactique est de rentrer quelques kilomètres à l’intérieur de Gaza avec des unités de chars et bulldozers, de s’approcher des habitations pour contraindre les forces de police du Hamas à sortir, à aller vers eux. Il est ensuite facile aux drones et aux hélicoptères militaires, qui les appuient, de massacrer tous les combattants.

- Silvia Cattori : Après ces massacres dans quel état les gens sont-ils ?

Les gens n’ont plus de nerfs. La seule chose qui leur reste est d’attendre leur tour. Chaque Palestinien de Gaza est une cible.

- Silvia Cattori : Les avions israéliens survolent-ils souvent votre ciel ?

C’est quotidien ; les gens vivent dans la peur de ce qui peut leur tomber sur la tête. On ne sait jamais où les drones et les hélicoptères vont attaquer. Les gens sont terrorisés ; ils prient Dieu de ne pas être la prochaine cible.

- Silvia Cattori : Il y a parmi eux des résistants qui sont visés. Y a-t-il des espions qui indiquent aux pilotes où ils se trouvent ?

Oui, bien sûr.

- Silvia Cattori : Les chefs de la résistance ont demandé récemment à leurs militants, de ne pas avoir de portable sur eux, d’enlever les piles, sinon ils se trahissent eux-mêmes. Fermer le portable n’est-il donc pas suffisant ?

Ici tout le monde sait que les pilotes et leurs services d’interception peuvent contrôler les mouvements des gens par les téléphones portables, même quand ils sont fermés. Avec les portables ou pas, pour bien viser et attaquer avec précision leur cible, les pilotes ont besoin de s’appuyer sur les espions qui vivent parmi nous ici à Gaza.

- Silvia Cattori : Les gens de Gaza savent-ils identifier ces Palestiniens qui espionnent ?

Ils ne le savent pas forcément avec certitude, mais il y a nombre de Palestiniens suspectés de collaboration avec l’ennemi. Mais soupçonner n’est pas une preuve suffisante.

- Silvia Cattori : Quel sens cela a-t-il de répondre aux tirs israéliens en lançant des roquettes artisanales, qui ne pèsent d’aucun poids militairement, contre des missiles ? Israël peut tous vous massacrer, sans perte. N’est-il pas absurde de se battre à ce niveau d’inégalité ?

Je désapprouve le lancement de ces roquettes. On parle de 3’500 roquettes lancées sur Sderot après de nombreuses années, qui n’ont blessé que quelques personnes et tué une femme qui est morte de peur. Ces roquettes ne servent qu’à faire peur. Mais pour chaque lancement de roquette le prix à payer pour les gens de Gaza est catastrophique.

L’armée israélienne en a profité pour raser toutes nos cultures, nos citronniers, nos derniers oliviers et pour démolir encore plus de maisons, tuer. Bien sûr elle en profite pour justifier ses massacres et dire que nous sommes des terroristes, que nous sommes une menace. Et ensuite nous avons le monde contre nous.

- Silvia Cattori : C’est ce que pensent les gens à Gaza au sujet de ces tirs de roquettes ?

Ce sont des sentiments mêlés. Parfois, après tant de massacres et de vexations, atteints dans leur dignité, les gens ressentent le besoin de quelque chose ; et ils attendent des réactions de la part de la résistance ; l’expression d’une simple revanche pour racheter leur peine, leurs morts.

Que peut faire la résistance pour montrer qu’elle ne laisse pas massacrer et humilier son peuple à l’infini sans réagir ? Elle répond par ces tirs de roquettes. Ceux qui tirent savent qu’ils ne font pas le poids, que tout cela ne sert à rien. Mais leur seul moyen de réagir face à celui qui nous écrase, est de répondre aux massacres en lançant des roquettes ; ou d’aller aux devant des chars pour les empêcher d’avancer.

- Silvia Cattori : Depuis quelques semaines, Israël affirme que les militants ont une plus grande capacité défensive, qu’ils ont une grande quantité d’explosifs et d’armes. Vrai ou faux ?

Les gens ici n’ont rien. Leur force n’est pas dans les armes. Elle est dans la volonté qui anime les militants pour libérer nos territoires, pour reconquérir nos droits. C’est quelque chose que les soldats israéliens n’ont pas, malgré leur supériorité militaire écrasante : la volonté de libérer leur peuple ; c’est cela qui donne aux résistants leur courage, leur force. Même si leurs armes, c’est zéro.

- Silvia Cattori : Alors votre force, peut se mesurer au nombre de gens qui se sont massivement rassemblés récemment pour exprimer leur fidélité au Hamas ? C’est donc tout le peuple enfermé dans ce ghetto qui incarne la résistance !?

Exactement. Notre peuple, en sa majorité, résiste par son attitude d’insoumission face à l’oppression qui s’intensifie. C’est ce que les autorités israéliennes ne comprennent pas. Jamais les Palestiniens ne se mettront à genoux ; quitte à devoir mourir.

L’occupant ne pourra pas nous empêcher de nous battre pour notre survie ; Ils peuvent toujours nous couper l’eau, la contaminer, ne nous laisser que de l’eau salée, priver nos enfants de nourriture, nous n’allons pas flancher.

En tant qu’êtres humains nous n’avons pas d’autre choix que de nous battre pour notre survie. Nous n’allons pas nous rendre et permettre à nos agresseurs d’atteindre leurs buts inacceptables.

Depuis deux ans, Gaza a montré que la résistance, c’est toute la population, les collaborateurs mis à part. Toute la population est prête à mourir pour ses droits légitimes.

- Silvia Cattori : Quand, en décembre 2007, vous avez vu une foule énorme aller célébrer les vingt ans d’existence du mouvement Hamas, étiez-vous surpris ?

Déjà, lors de la conférence d’Annapolis, j’étais surpris par la foule immense qui s’était réunie pour condamner cette conférence et soutenir la position d’insoumission du Hamas. Quand, j’ai vu plus de 400’000 manifestants aller fêter l’anniversaire de ce mouvement je me suis dit que, malgré toutes les difficultés et privations que l’on avait fait subir à Gaza, le Hamas et son gouvernement n’avaient rien perdu de leur popularité.

Silvia Cattori