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Un article de Rebecca Evans
Un reporter britannique otage d’un groupe djihadiste en Syrie

John Cantlie, le photographe maintenu en otage durant sept jours par un groupe "rebelle", affirme que parmi ses ravisseurs il y avait un employé du service hospitalier de santé publique britannique.- (SC)


28 août 2012


Le photographe John Cantlie

Les services de renseignements tentaient hier de pister un médecin du National Health Service (NHS) appartenant à une cellule terroriste qui a kidnappé et tiré sur un photographe Britannique en Syrie.

Le médecin portant un AK-47 [fusil d’assault Kalashnikov] fait partie d’une bande d’extrémistes qui a retenu en otages pendant une semaine John Cantlie, un photographe de guerre chevronné, et un de ses collègues de la presse occidentale.

Ce fanatique islamique à la barbe fournie a indiqué à ses prisonniers qu’il avait pris un congé sabbatique de son emploi au NHS pour faire la "guerre sainte" en Syrie. Il leur a dit aussi qu’il prévoyait de retourner à son poste de haut niveau dans un service hospitalier de Londres Sud.

Hier soir, le General Medical Council a annoncé qu’il allait enquêter sur le récit de M. Cantlie. Un porte parole a déclaré : "Protéger les patients est notre priorité. Nous examinons de très près ces allégations."

M. Cantlie, 41 ans, avait été capturé le mois dernier avec son collègue Hollandais Jeroen Oerlemans alors qu’ils couvraient la guerre civile entre l’armée du président Assad et les combattants rebelles.

Pendant une tentative d’évasion ratée, M. Cantlie avait reçu une balle dans le bras mais avait été ensuite soigné par le docteur qui utilisait un kit médical frappé d’un écusson du NHS bien en évidence.

Quand ils lui ont demandé son nom, il a répondu aux captifs : “Appelez-moi simplement docteur, je suis le seul ici.”

Le médecin, qui a dit avoir 28 ans et avoir une femme et un enfant en Grande Bretagne faisait partie des chefs du groupe qui envisageait de décapiter des “espions” et avait été furieux quand l’exécution de deux Syriens considérés comme des espions avait été interrompue.

Cette information intervient à peine quelques jours après que les services de renseignements aient prévenu que des dizaines de Britanniques, dont beaucoup seraient d’origine pakistanaise, se rendaient en Syrie pour participer au djihad, ou guerre sainte. On s’inquiète de les voir revenir en Grande Bretagne radicalisés, posant ainsi un problème de sécurité.

Au sujet de son ravisseur, M. Cantlie a déclaré au Daily Mail : “Quand il m’a dit qu’il était médecin du service de santé publique j’ai trouvé cela bizarre. J’ai pensé, voilà un homme qui a fait le serment de sauver les gens et de les aider, et ici, il se balade avec un Kalachnikov et prêche la charia. Je ne connais aucun docteur qui fait ça”.

“Et glissant vers le macabre, le médecin qui parlait avec un accent du sud de Londres et dissimulait constamment son visage avec des lunettes de soleil et un foulard ; il a expliqué qu’il était content de son expérience en Syrie parce qu’à son retour en Grande Bretagne il souhaitait se spécialiser en traumatologie.”

M. Cantlie a ajouté : “Il disait que soigner les djihadistes blessés au combat était un bon entraînement et qu’il avait un pack de soins avec de la gaze, des médicaments, des perfusions et du matériel médical.”

“Quand il soignait ma blessure par balle dans le bras, on voyait bien qu’il savait ce qu’il faisait. Il était très bien formé.”

M. Cantlie et son collègue avaient été capturés quand ils s’étaient rendus dans un camp qu’ils avaient précédemment visité, ignorant que des terroristes en avaient entretemps pris le contrôle. Il a ajouté au sujet du médecin : “Comme nous étions tous deux de Londres, je lui ai demandé de l’aide mais il a refusé ne serait-ce que d’envoyer un texto à ma petite amie pour lui faire savoir que j’étais en vie. Il a dit qu’il serait décapité s’il le faisait.”

Il m’a dit : “Je ne peux pas rester ici [avec vous] trop longtemps parce que les autres gars disent que je suis trop sympa avec vous.”

Le médecin, dont on suppose qu’il est d’origine pakistanaise, faisait partie de la quinzaine de ressortissants Britanniques du camp terroriste, en territoire syrien tout près de la frontière, dont la plupart avaient des accents de Londres. Ils faisaient partie d’une cellule forte de 40 hommes appelée Al Absi qui veut convertir les Syriens à la charia.

Quand M. Cantlie avait essayé de s’échapper, le deuxième jour d’une captivité qui en a duré sept, un de ceux qui avaient ouvert le feu sur lui, le blessant au coude tandis que son ami Hollandais était touché à la jambe, était un Britannique. Il a déclaré : “Le médecin était le gars qui nous a soigné par la suite.”

“Il a stabilisé Jeroen [le collègue Hollandais] avec des perfusions de solution saline qui portaient des logos du NHS, il lui a donné des antibiotiques et a suturé sa blessure. Son assistant, un autre Londonien, a bandé mes blessures. Ce type avait tiré sur moi quant j’avais essayé de fuir...Il m’avait aussi donné un coup sur la tête avec la crosse de son fusil après que nous ayons été repris. Certains des Britanniques étaient vindicatifs. Ils nous voulaient morts.”

John Cantlie affirme “qu’après ça, le docteur est venu dans notre tente où nous étions menottés et les yeux bandés. Les militants m’avaient tapé parce qu’ils prétendaient que j’étais l’instigateur de la tentative d’évasion.”

“Le docteur m’a dit : Vous m’avez beaucoup déçu, John. Avant [l’évasion] vous alliez être échangés contre une rançon, mais maintenant je ne sais pas. Je vous avais dit d’être patient, que ça irait bien. Maintenant, ça va mal aller.”

“Ce n’était pas très amusant d’être entre les mains d’extrémistes – dont l’un soignait des Londoniens comme moi quelques mois auparavant - et d’attendre de finir sur une vidéo filmant sa propre exécution”.

Le lendemain, M. Cantlie horrifié, avait vu qu’on installait une table à tréteaux et il avait entendu le bruit de couteaux qu’on aiguise, mais il avait ensuite appris que ces préparatifs étaient pour les deux Syriens qui seront finalement épargnés après s’être repentis et avoir promis de suivre la charia. Il a ajouté : “Le médecin était ennuyé. Il disait qu’ils auraient dû être décapités parce que c’étaient des espions Syriens.”

Tout au long de son calvaire, M. Cantlie avait été maintenu menotté dans une tente. En une occasion, il avait entendu le docteur téléphoner à sa famille. Il disait : “Hello mes chéris, comment va le petit ? Place-le près du téléphone que je puisse l’entendre. A un autre moment, il s’était même plaint devant ses otages de l’état du NHS.”

“Il nous disait que le NHS était bon quand on a un accident grave mais que c’était terrible d’être sur une liste d’attente pour une prothèse de la hanche” poursuit M. Cantlie.

M. Cantlie qui a subi des lésions nerveuses sur son bras gauche et dont la motricité des doigts est maintenant réduite, a déclaré hier qu’il était toujours impatient de retourner en Syrie pour couvrir cette guerre malgré son expérience traumatisante. Il a dit “Je suis pressé de retourner là-bas. La seule chose qui m’en empêche, ce sont mes appareils photos, je les ai perdus là-bas et il faut que j’en achète d’autres.”

Vous connaissez ce docteur ? Appelez tout de suite le bureau de l’information du Daily Mail : 02079386059

Rebecca Evans
The Daily Mail (UK), 26 août 2012.