écrits politiques

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Appel de Sant’Egidio mis en débat
L’opposition "démocratique" syrienne et l’appel de Sant’Egidio

Nous avons diffusé l’ "Appel de Sant’Egidio" qui nous avait été proposé par diverses sources. Nous n’étions pas convaincus par son argumentation. Mais nous avions finalement pris le parti de le publier dans le cadre de cette guerre atroce livrée contre tout un peuple par quelques milliers d’opposants militarisés, soutenus sans notre consentement par nos "démocraties". Il a suscité comme on pouvait s’y attendre une douzaine de critiques très négatives.

14 août 2012

Nous portons à la connaissance de nos lecteurs une de ces critiques, parmi les plus pertinentes et circonstanciées. Elle émane d’un lecteur qui souhaite rester anonyme ; ce que nous respectons. Lire cette critique à la fin de l’article. - Silvia Cattori


Appel des groupes de l’opposition démocratique syrienne

1. La Syrie traverse la crise la plus dramatique de son histoire. Le choix de la solution militaire, qui ne tient pas compte des demandes portées par la révolte pour la liberté et la dignité du peuple syrien, a conduit à la diffusion de la violence, à la perte d’un trop grand nombre de vies humaines et à des destructions généralisées.

2. Réunis à Rome au siège de la Communauté de Sant’Egidio, nous, qui appartenons à différents groupes de l’opposition démocratique syrienne, active tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, nous adressons cet appel au peuple syrien, à toutes les parties impliquées ainsi qu’à la communauté internationale.

3. Nous sommes différents de par nos opinions et expériences. Nous avons lutté et nous luttons pour la liberté, la dignité, la démocratie, les droits humains et pour la construction d’une Syrie démocratique, civile, garantissant la sécurité de tous, libre de la peur et de l’oppression. Nous aimons la Syrie. Nous savons que la Syrie, lieu de coexistence de religions et de peuples différents, court aujourd’hui un risque fatal qui porte atteinte à l’unité du peuple, à ses droits et à la souveraineté de l’État.

4. Nous ne sommes pas neutres. Nous faisons partie du peuple syrien qui souffre de l’oppression de la dictature et de sa corruption. Nous sommes fermement opposés à toute forme de discrimination sur la base confessionnelle ou ethnique, de quelque partie qu’elle provienne. Nous sommes pour une Syrie de citoyens égaux. Nous voulons qu’à l’avenir la Syrie soit une patrie pour tous, capable de respecter la vie et la dignité humaine dans la justice.

5. La solution militaire tient le peuple syrien en otage et n’offre pas de solution politique à même d’entendre ses aspirations profondes. La violence porte à croire qu’il n’y a pas d’alternative aux armes. Mais les victimes, les martyrs, les blessés, les détenus, les disparus, la masse des réfugiés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, nous demandent de prendre la responsabilité d’arrêter cette spirale de violence. Nous nous engageons à soutenir toutes les formes de lutte politique pacifique et de résistance civile, et de favoriser une nouvelle phase de rencontres et de conférences à l’intérieur du pays.

6. Il n’est pas trop tard pour sauver notre pays ! Tout en reconnaissant le droit des citoyens à la légitime défense, nous réaffirmons que les armes ne sont pas la solution. Il faut refuser la violence et le glissement vers la guerre civile, car elles mettent en danger l’État, l’identité et la souveraineté nationale.

7. Il faut, aujourd’hui plus que jamais, une sortie politique à la situation dramatique dans laquelle nous nous trouvons. C’est la meilleure façon de défendre les idéaux et de réaliser les objectifs de ceux qui mettent leur vie en danger pour la liberté et la dignité. Nous invitons nos concitoyens de l’Armée Syrienne Libre et tous ceux qui portent les armes à participer à un processus politique qui permettra de parvenir à une Syrie pacifique, sûre et démocratique.

8. Nous ne pouvons pas accepter que la Syrie se transforme en un théâtre d’affrontements régionaux et internationaux. Nous pensons que la communauté internationale a la force et les capacités nécessaires pour trouver un consensus qui constitue la base d’une sortie politique de la crise dramatique actuelle, fondée sur l’imposition d’un cessez-le-feu, le retrait des appareils militaires, la libération des détenus et des personnes enlevées, le retour des réfugiés, les aides d’urgence aux victimes, une véritable négociation globale sans exclusions, qui se verra complétée d’une véritable réconciliation nationale fondée sur la justice.

9. Nous demandons que l’ONU soit la seule instance internationale tenue pour responsable de la coordination des aides humanitaires pour soutenir les Syriens en difficulté tant dans leur patrie qu’à l’étranger.

10. Nous nous adressons par cet appel à tous les Syriens et plus particulièrement aux jeunes : notre avenir, nous le construirons de nos mains. Ensemble, nous pouvons construire une Syrie démocratique, civile, pacifiée, pluraliste. Nous nous adressons à toutes celles et à tous ceux qui luttent pour le changement démocratique en Syrie, quelle que soit leur appartenance : engageons un dialogue et un effort de coordination entre nous qui fasse entrer rapidement la Syrie dans une phase transitoire vers la démocratie, sur la base du pacte national commun.

11. Nous remercions la Communauté de Sant’Egidio pour son travail et son soutien dans la recherche d’une solution à la crise nationale syrienne, et nous lui demandons de continuer d’accompagner les efforts et les travaux qui nous attendent.

Sant’Egidio
Rome, 26 juillet 2012


Courrier de lecteur en réaction à l’Appel de Sant’Egidio

Je suis très critique à l’égard de l’Appel de Sant’Egidio, dont vous avez publié le texte aussi bien en raison des signataires - peu crédibles, menteurs pour certains, naïfs pour d’autres - que de son contenu. Il y a de nombreuses critiques à faire. Je ne vais pas pouvoir tout dire ici. Je relève quelques citations de l’appel de Sant’Egidio qui témoignent selon moi de l’hypocrisie, de la manipulation et de l’illégitimité d’une telle initiative.

- "Le choix de la solution militaire, qui ne tient pas compte des demandes portées par la révolte pour la liberté et la dignité du peuple syrien".

Mais de quelle révolte parlent-ils ? Nous avons vu en Syrie des millions de personnes descendre dans la rue durant des mois pour défendre le gouvernement d’El-Assad et des terroristes s’attaquer aux forces de l’ordre et menacer la sécurité de la population ! C’est l’appel de Sant Egidio qui ne prend pas en compte les demandes du peuple qui en sa majorité refuse l’opposition militarisée, pas l’inverse.

- "Nous faisons partie du peuple syrien qui souffre de l’oppression de la dictature et de sa corruption."

Étrange manière de favoriser le dialogue ! Disqualifier le gouvernement soutenu par la majorité des Syriens (et donc par toutes les confessions) n’est pas une manière d’unir le peuple comme cet appel le prétend ! Comment peut-on aller s’assoir à la table du dialogue si une des parties traite l’autre partie de terroriste ? Parmi les signataires, Haytham Manna par exemple semble en tout cas n’avoir aucun problème à passer sur la chaîne de l’État dictatorial du Qatar ; une chaine totalement asservie à la propagande des milices armées qui tirent sur le peuple syrien. Par conséquent, qualifier le gouvernement de Syrie de « dictature » est malvenu. Pourquoi les souffrances du peuple syrien découlant des sanctions internationales sont-elles systématiquement passées sous silence ? Pourquoi ceux qui sont si prompts à critiquer explicitement cette "dictature" n’écrivent-ils pas un seul mot pour dénoncer de l’autre côté le "terrorisme" de l’ASL ? Ces signataires n’ont pas l’air de bien se rendre compte de ce que sont les souffrances du "vrai" peuple syrien en sa majorité.

- "La violence porte à croire qu’il n’y a pas d’alternative aux armes. Tout en reconnaissant le droit des citoyens à la légitime défense, nous réaffirmons que les armes ne sont pas la solution."

L’armée et les forces du gouvernement el-Assad ont-elles droit à la légitime défense comme n’importe quelle armée du monde ? Si elles ne l’avaient pas fait qui aurait protégé le peuple exposé aux agressions des bandes armées ? Qui aurait fait barrage aux milices islamistes qui terrorisent et massacrent des familles entières pour ensuite le revendiquer sur Youtube ou les attribuer à l’armée régulière ?

- « Nous invitons nos concitoyens de l’Armée Syrienne Libre et tous ceux qui portent les armes »

Aveux très révélateur ! À aucun moment cet appel n’invite explicitement le gouvernement syrien et les forces de sécurité à participer à ce débat. "Ceux qui portent les armes" peut très bien être compris comme les milices pro-Assad ou l’inverse. Mais leurs "concitoyens de l’Armée Syrienne Libre" sont eux officiellement mentionnés alors que quelques milliers de combattants de l’ASL ne sont pas "leurs concitoyens" du fait qu’ils sont en grande partie Libyens, Indonésiens, Pakistanais, Soudanais, Turcs, etc... Un deux poids deux mesures très étrange de la part des initiateurs et des signataires de cet appel qui se veut bien intentionné. Or tous les membres de l’Armée Arabe Syrienne sont quant à eux Syriens ; Armée tout de même composée de 500’000 hommes.

- Le retrait des appareils militaires, la libération des détenus et des personnes enlevées

Quel peuple peut accepter qu’on demande à son armée le « retrait des appareils militaires » alors que des milliers de miliciens étrangers menacent la souveraineté du pays ? Quel peuple peut accepter la libération des détenus qui ont massacré femmes et enfants, militaires ou civils ?

Les Syriens en ont plus qu’assez de ces gens qui sèment la confusion alors que la Syrie est mise à feu et à sang par des groupes terroristes qui n’ont rien à voir avec une opposition démocratique pacifique. L’armée patriotique syrienne n’a pas la tâche facile pour en venir à bout. Ce n’est ni l’appel de Sant Egidio ni ses signataires qui vont protéger les gens de l’horreur que fait régner l’ASL, mais bel et bien l’Armée Arabe Syrienne qu’ils ignorent.
C’est l’Armée Arabe Syrienne qui, tous les jours, verse son sang pour défendre la population et la souveraineté du pays.

L’opposition pacifique a obtenu de nombreuses mesures suite à ses revendications dès les premières semaines de la crise en 2011. Cette opposition s’est très vite et majoritairement comportée dignement en laissant au gouvernement le temps de gérer cela tout en lui laissant prioritairement la mission d’assurer la sécurité des citoyens. Voila ce que la majorité des Syriens entendent par « opposition ». Ils appellent en général ceux qui sortent de ce consensus non pas "l’opposition" mais "le complot étranger", car ces différents groupes semblent beaucoup moins intéressés par les réformes démocratiques, les droits de l’homme ou le dialogue que par la chute pure et simple d’el-Assad. Ils cherchent par tous les moyens à diviser le peuple et à le couper de son leader. Droits de l’homme, démocratie, tout çà ne sont que des prétextes pour arriver à leur réel objectif.

En mars 2011, on pouvait dire qu’on était pour la souveraineté de la Syrie, que ce soit el-Assad au pouvoir ou un autre. Aujourd’hui, sur le terrain, la souveraineté de la Syrie, c’est el-Assad et son peuple, rien d’autre ! Et le peuple syrien souffre de cette situation dans sa chair et de bien trop près pour l’ignorer.

Voila pourquoi malgré votre bonne intention, beaucoup de Syriens ont dû s’étonner en lisant l’appel de Sant’Egidio sur votre site. J’espère que cette analyse vous aura aidé à comprendre leurs réactions.

En tout cas merci encore pour tous vos efforts dans cette cause.

Un lecteur qui souhaite rester anonyme
14 août 2012