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Cidinfo : Un blog où les falsifications sont reines

Si vous êtes en quête de vérité, méfiez-vous des blogs qui font allégeance à Israël ; ils ont généralement pour vocation de travestir les faits, de déshumaniser les Arabes, et de jeter de la boue sur ceux qui dénoncent les abus de l’Etat juif. Méfiez-vous également de la sincérité de ceux qui accusent tel ou telle d’« antisémitisme », « nazisme », « négationnisme ».


Photo de l’enfant Nour Emran, 12 ans, dans le coma, prise par le photographe Marcin Suder qui accompagnait Silvia Cattori à Balata et Naplouse

La Palestine est entièrement occupée par Israël. Les Palestiniens vivent sous occupation militaire. L’occupant se sert d’un arsenal militaire impressionnant pour opprimer et expulser progressivement les Palestiniens hors de leurs terres et tuer tout espoir de paix.

À l’extérieur, Israël peut compter sur tout un « réseau » de « sayanim » [1] – ex-soldats de Tsahal de toutes nationalité, membres d’associations juives, etc... - pour tuer la vérité dans l’œuf. Des sayanim qui, d’une façon ou d’une autre, participent du projet d’expansion illégal d’Israël.

Des gens peu scrupuleux qui, sous des appellations trompeuses, ne reculent devant rien. Il est intéressant de voir, au travers d’un cas précis, comment la machinerie de « l’antisémitisme » se met en place pour ruiner la réputation de toute personne dont la parole libre brise certains tabous au sujet d’Israël. Les accusations « antisémite », « anti-israélien notoire », « nazi »,« négationniste nauséabond », peuvent émaner de militants agissant dans les milieux progressistes tout comme de personnes marquées politiquement à droite.

Voici par quel procédé les propagandistes au service d’Israël - comme on le voit dans le cas d’espèce au travers du blog Cidinfo, (Collectif pour l’Information et Contre la désinformation au Proche-Orient) - s’emploient pour faire passer pour affabulateurs les témoins directs affirmant que les soldats israéliens tirent délibérément sur les civils en Palestine.

Témoins d’un massacre d’enfants à Balata, nous avons rendu visite à l’un des enfants les plus gravement blessés par les tirs des soldats israéliens. Il s’appelait Nour Emran. Nous l’avons trouvé dans un état de coma profond. [Voir la photo prise par Marcin Suder qui nous accompagnait.] Il mourra le lendemain.

La stratégie du mensonge est toujours la même. Elle consiste à distiller le doute par des questions-réponses faussement naïves :« Sylvia Cattori ne serait-elle pas une affabulatrice, qui invente des histoires et des scènes à partir d’histoires entendues de ci de là ? A-t-elle vraiment comme elle le prétend (…) assisté à la mort de l’enfant comme elle le dit (..) » Et d’insinuer ensuite qu’elle a «  simplement rencontré (Nour Emran) à l’hôpital, et a décidé, trois mois après cette rencontre, d’inventer de toutes pièces la scène de la mort de l’enfant et sa présence sur les lieux au même moment, et à quelques mètres de là !!!... » [2]

Plus grave. Les « dés-informateurs » de Cidinfo tentent de renverser la donne en transformant les enfants palestiniens, victimes des abus de l’armée israélienne, en coupables. Ainsi Nour Emran - le garçon palestinien tombé sous les tirs d’un soldat israélien, dont nous avions décrit la tragique fin au moment des faits - est présenté par Cidinfo comme ayant été «  envoyé à la mort (…) par ses parents dans l’espoir qu’il devienne un martyr » ! Ainsi, par une combinaison d’insinuations, le témoin et la victime deviennent les coupables. Et l’auteur du crime - l’armée d’occupation israélienne en l’occurrence - disparaît.

Là bas, en Palestine ce sont les mitrailleuses de l’armée israélienne qui tuent. Ici ce sont les mensonges, les amalgames et la malhonnêteté intellectuelle de ses soutiens et défenseurs. La finalité est la même : intimider, calomnier, faire taire, anéantir tout témoignage, toute résistance.

Des falsificateurs au service de l’oppression israélienne

Ces gens qui n’osent pas signer de leur nom leurs innommables torchons, savent pourquoi. En s’employant à déconstruire un témoignage qui décrit comment des soldats israéliens, en zone occupée, s’ « amusent » à tirer sur des enfants palestiniens comme sur des pigeons, les scribouillards de Cidinfo cherchent à jeter le soupçon sur le messager. Partant de là, le coupable n’est pas le criminel mais celui qui apporte la preuve de ses crimes.

Cidinfo n’est pas un cas isolé.

Nous ne pouvons laisser dénaturer des faits, qui innocentent les criminels, sans réagir. Il s’agit ici du meurtre d’enfants.

La photo de l’enfant en état de coma profond, prise par le photographe Marcin Suder qui nous accompagnait, en apporte la preuve. Il s’agit d’un crime de guerre commis par les troupes d’une armée d’occupation dont nous sommes les témoins directs !

Nour Emran n’était pas un combattant. Nour Emran, était un enfant qui n’a pas eu droit à la vie comme des milliers d’enfants palestiniens assassinés froidement par les soldats israéliens. Pour disculper les meurtriers, après avoir mis en doute notre témoignage, Cidinfo n’a aucun problème à aller jusqu’a affirmer que ce sont les parents de Nour qui l’ont « envoyé à la mort » !

Transformer - comme le fait Cidinfo - la victime en coupable ; et en «  affabulatrice » qui « cherche à faire du sensationnel » la journaliste qui témoigne de l’assassinat d’un enfant, est un procédé ignoble ! Il s’agit bien évidemment ici de sauvegarder l’image de « victime » dont Israël, l’oppresseur, a longtemps su se parer. C’est à l’aide de ceux qui cherchent à camoufler ses incessants abus que l’Etat hébreu a pu - depuis 1948 - poursuivre l’épuration ethnique, s’annexer toujours plus de terres, massacrer les Palestiniens par milliers, échapper, jusqu’ici, aux sanctions qui ont en son temps frappé le régime d’apartheid sud-africain et conduit à sa chute.

Revenons à Cidinfo dont les insinuations présentées plus haut n’étaient que la première salve.

Nour Emran n’avait pas 15 ans, comme cela avait été rapporté par une agence palestinienne tout de suite après les incidents ; ni 13 ans, comme rapporté par la BBC, mais 12 ans. Cidinfo s’est servi du fait qu’il y avait eu erreur sur l’âge de l’enfant (de la part d’un journaliste palestinien) pour accréditer l’idée que notre présence sur les lieux n’était «  qu’affabulation ».

Ainsi, ce qui était de notre part une volonté de précision - nous nous sommes souciés de rectifier l’âge de l’enfant (12 ans) contrairement aux autres médias - a servi de prétexte à Cidinfo pour discréditer notre témoignage en tout points véridique ! L’agence de presse Reuters, que Cidinfo donne comme exemple de professionnalisme, et qui s’est également trompée sur l’âge de l’enfant, les manipulateurs de Cidinfo ne l’ont bien sûr pas mise en cause. Pourquoi ? Parce que son compte rendu lisse n’incriminait pas Israël.

Les scribouillards de Cidinfo ont fait tout un montage pour semer la confusion dans l’esprit du lecteur et l’amener à douter du témoignage de la journaliste en disant : « Sylvia Cattori a-t-elle vu le frère du petit Nour se faire tirer dans le dos par les soldats israéliens ? Est-elle certaine que Nour a été tué d’une balle de mitrailleuse lourde qui crache plus de 500 balles à la seconde ? Comment peut-elle omettre de dire que l’enfant est mort d’un tir de balle...en caoutchouc, alors qu’elle le savait ? Pourquoi dit-elle que l’enfant a 12 ans alors que dans deux autres de ses textes, il a 15 puis 14 ans ? Pourquoi, alors qu’elle a rencontré Nour à l’Hôpital le jour de sa mort, et a écrit un article le lendemain disant qu’elle l’avait vu à l’hôpital, ne disait-elle pas dans cet article qu’elle avait vu mourir l’enfant dont elle parlait ? »

Tout en sachant que les désinformateurs en question ne prendraient pas notre réponse en considération, mais par égard pour la souffrance et l’injustice qui frappe les Palestiniens, nous leur avons adressé la mise au point suivante :

« Les soldats israéliens vont chaque jour à Balata pour tuer des enfants. Il me paraît assez étrange que votre préoccupation soit de savoir si l’enfant avait 12 ou 15 ans et quelle sorte de balle l’a tué.
Votre principale préoccupation ne serait-elle pas tout simplement de décrédibiliser les témoignages de ceux qui prennent la peine et le risque d’aller voir sur place les violences que l’armée israélienne fait subir à la population civile palestinienne, notamment aux enfants ?

Par égard pour ceux qui pourraient être induits en erreur par vos insinuations - qui ont pour objectif évident de répandre l’idée que je ne suis jamais allée à Balata, et surtout que les violences des soldats israéliens contre les enfants, que je dénonce, n’existent pas - je précise ce qui suit.

J’ai écrit plusieurs textes en décembre 2003. Dans « Violences israéliennes gratuites au camp de Balata » j’ai décrit la situation en général et le niveau de violence dont j’avais été témoin. Dans un paragraphe, j’ai indiqué que j’avais profité d’une accalmie pour rendre visite aux enfants blessés, parmi lesquels Nour Emran, touché en pleine tête et dans le coma, et j’ai donné l’âge de 15 ans tel qu’il m’a été rapporté au moment de l’accident. Je n’avais pas développé les circonstances dans lesquelles cet enfant avait été touché, ni l’heure, ni la date, n’ayant ni le temps, ni surtout le cœur à écrire des faits aussi difficiles à assumer en ces jours de guerre où nous courions d’un endroit terrifiant à un autre.

Vous vous étonnez que je n’aie pas écrit davantage ? Connaissez-vous des journalistes qui ont autant parlé de ce qui se passait à Balata et Naplouse durant l’opération israélienne « Eau stagnantes » ? Je n’ai vu aucun journaliste international sur place. Ils étaient à Tel Aviv ou à Jérusalem, peu intéressés à présenter les scènes de sauvagerie de l’armée israélienne.

Pourquoi suis-je revenue sur ces faits trois mois plus tard ? Je suis revenue sur ces épisodes traumatisants sur lesquels j’avais déjà beaucoup écrit sur le vif, au moment où je m’en suis senti la force. Il m’a fallu des mois avant de pouvoir reparler de ce que j’avais vu d’atrocités commises contre des enfants. C’est ce que je souligne au début du texte que vous incriminez « Les enfants de Market Street », où je ne décris du reste qu’un épisode de cette longue et pénible journée. Témoignages écrits dans un contexte de guerre épouvantable - où il était difficile de se déplacer – et que Cidinfo cherche à mettre en doute !?

Nour Emran a été pris pour cible vers 16 heures de l’après midi. J’ai raconté dans ce texte « Les enfants de Market Street » certains aspects que je n’avais pas développés dans les textes écrits en décembre 2003 depuis Balata : l’attitude des soldats qui provoquent les Palestiniens en proférant des injures grossières, la tragédie de ces deux frères jumeaux. Comme j’avais un doute sur l’âge précis de Nour j’ai demandé confirmation. Nour avait 12 ans (il faisait plus âgé que son âge comme vous pouvez voir sur la photo faite par le photographe qui m’accompagnait).

En outre, je n’ai jamais mentionné avec quelle balle Nour a été tué. Je ne me livre pas à ce genre d’expertise. Les soldats israéliens utilisent toutes sortes d’armes et de balles : balles en acier recouvertes de caoutchouc, gaz toxiques, etc. Ce qui m’importe et me révolte, et qui devrait vous révolter vous aussi, est que toutes ces armes tuent des enfants.

L’armée israélienne se sert d’armes de guerres, quand elle va tirer sur des enfants en Palestine. Des armes qui n’ont pas été conçues pour tuer des enfants mais pour combattre des armées. Et cela est inacceptable.

Tirer sur des innocents, les mutiler, les assassiner, est devenue une routine pour l’armée israélienne. Mais cela n’a pas l’air de vous émouvoir : vous préférez, protéger l’armée israélienne, répandre le doute sur la réalité des crimes qu’elle commet »

En résumé : dans l’unique souci de protéger l’armée israélienne de toute critique pour ses opérations meurtrières contre des enfants, Cidinfo s’emploie à décrédibiliser successivement, la journaliste, puis l’authenticité de son témoignage, enfin – et c’était le but principal– les faits dénoncés.

Nour Emran n’a pas eu droit à la vie. Il n’a connu que violence et humiliation. C’est de cela que Cidinfo devrait parler : de la souffrance des Palestiniens à cause des exactions que leur fait subir cette soldatesque qu’ils veulent glorifier.

Quant à dire que la mère de Nour Emran a envoyé à la mort son fils, comme l’insinue Cidinfo c’en est trop : c’est colporter la propagande militaire israélienne pour nier ses crimes.

Une mère palestinienne n’est pas différente de toutes les mères du monde. Aucune mère palestinienne ne peut envoyer à la mort l’enfant qu’elle a mis au monde.

Il faut le dire. Le « Collectif pour l’Information et Contre la désinformation au Proche-Orient », n’est qu’un instrument de désinformation et de propagande déguisée au service d’une seule cause : la défense de l’armée de l’occupation la plus longue et la plus brutale du monde.

Silvia Cattori

Ce texte a été revu dans sa forme en 2006



[1Les sayanim (sayan au singulier) sont des israéliens établis en dehors d’Israël, et qui par affinité tribale, par sentiment de patriotisme envers Israël, collaborent avec ses autorités les aidant à asseoir leur domination et à embellir leur image. Ce terme peut désigner également les juifs de la diaspora (sionistes ou antisionistes) dont l’action cherche à innocenter les crimes d’Israël, un Etat construit sur une terre volée aux arabes. L’ancien agent du Mossad Victor Ostrovsky, en fuite, évoque l’existence et le rôle inquiétant des « sayanim » dans ses mémoires.

[2Texte publié non signé sur le blog Cidinfo en 2004