écrits politiques
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L’armée israélienne terrorise des populations sans défense
Violences israéliennes gratuites à Balata
Les soldats sont à nouveau entrés dans le petit camp de Balata, avec un bataillon de chars et de jeeps, le 16 décembre à deux heures du matin. Ils n’en sont sortis que ce matin à l’aube.

Balata (IMEMC)

Ils ont bouclé toutes les sorties, occupé les maisons situées à des carrefours "stratégiques", pour y poster leurs tueurs, enfermé des familles entières dans une unique pièce.

C’est encore plus effrayant la nuit. Les soldats vont de maison à maison. On les entend mais on ne les voit pas. Ils font sauter les parois pour pénétrer dans les foyers, grimés, accompagnés de chiens.

Ne trouvant pas les hommes qu’ils recherchent, ils séquestrent des enfants, qui n’ont parfois pas plus de cinq ans, pour les effrayer et obtenir des renseignements sur leur père, leur grand frère, leurs voisins.

C’est l’incertitude ! Viendront-ils chez nous aussi ? Chacun demeure suspendu aux bruits, cherche à les interpréter. Quand les coups de feu éclatent, les enfants sont capables de discerner avec quel type d’arme on a tiré, quelle est la distance qui vous sépare des soldats dont ils mesurent les pas. Des enfants traumatisés, sans cesse empêchés d’aller à l’école, qui ne pensent qu’à une chose : aller se jeter au-devant des chars avec des lances pierres, une fois le jour venu.

On se demande comment ces gens parviennent à supporter, depuis si longtemps, un tel degré de violence ? Tout cela est impressionnant.

Leur vie est folle. Ils passent d’un état à l’autre. Ils vivent terrés, dans l’effroi ; puis quand l’armée –après avoir tout dévasté- se retire enfin, ils se sentent néanmoins follement heureux.

Aucune plainte ! On guette les bruits dans le silence. Seuls les animaux domestiques –mulets, ânes, chèvres, poules- se manifestent par intermittence. Le braiement des ânes, comme des pleurs, prennent une coloration humaine, dans cet univers angoissant où tout peut basculer d’un moment à l’autre, où le temps s’écoule différemment.

Dès l’aube, j’ai profité d’une accalmie pour aller à l’hôpital Rafidia à Naplouse, visiter les enfants que les soldats ont blessés ces deux dernières semaines.

Nour Emran, 12 ans, que les soldats avaient délibérément visé en pleine tête, était plongé dans le coma, sans espoir d’en sortir (nous avons appris qu’il s’était éteint peu de temps après). Deux autres enfants de Balata étaient également dans un état désespéré.

Revenus à Balata, nous avons appris que le camp était à nouveau quadrillé de soldats et de véhicules. Le journaliste britannique a dit à son cameraman "On y va". Je les ai regardés avancer sans flancher, sans se laisser intimider quand les soldats, qui ne voulaient pas que l’on filme, sont devenus menaçants. Ces journalistes risquaient leur vie, pour filmer la sauvagerie de soldats tirant sur des mômes. Tout en sachant que leurs images ne seraient pas vues en Occident.

Il y a avait là, très courageux, Marcin, un photographe polonais, qui voulait lui aussi filmer ces soldats qui riaient à l’intérieur de leur jeeps, à croire qu’ils s’amusaient et qu’ils étaient contents de tirer sur des enfants.

Ils tiraient sur des enfants à balles réelles ! Ils tiraient des grenades asphyxiantes qui provoquent des convulsions nécessitant une hospitalisation.

Il n’y avait pas de combattants en face. Pourquoi donc se servir de mitrailleuses qui peuvent déverser 500 balles à la seconde ? (commentait Marcin)

Il n’y avait ni Amnesty, ni aucune ONG internationale, pour faire état des crimes de l’armée et protéger les civils. Hormis ces quelques volontaires sans pouvoir de l’International Solidarity Movement (ISM), certes capables de se dépasser en générosité, par conscience morale, par amour des autres, par compassion envers les victimes.

Plus tard, alors que je cherchais à me rendre dans un cybercafé, j’ai aperçu un soldat en position de tir. Apeurée, j’ai suivi un volontaire de l’ISM. Nous avons bifurqué et sommes entrés dans une étroite ruelle. Mais, à chaque intersection, il y avait un soldat prêt à tirer. Nous n’avions plus d’autre choix que de continuer tout droit. Quand nous avons débouché sur Market Street, nous avons vu un char et une jeep. "Plus personne ne bouge ou on tire" avertissait un soldat par haut parleur.

Revenant passablement secouée de l’hôpital pour avoir vu des enfants gravement blessés (plusieurs dizaines d’enfants avaient été touchés par balles depuis deux semaines), j’étais encore sous le coup et je n’avais pas le courage de franchir les cent mètres qui nous séparaient des bureaux de l’ISM. D’autant que je voyais des garçons en attente, postés dans des encoignures, hors de la vue des soldats, prêts à lancer des pierres contre leurs véhicules.

J’ai frappé à une porte. Une femme m’a tout de suite ouvert. Et ce geste là, cette Palestinienne-là, auprès de laquelle j’ai trouvé chaleur et protection, je ne pourrai jamais l’oublier. C’était une grande maison, propre, bien tenue. Habitée par plusieurs familles. A 21 heures, nous étions couchés. Plus de vingt personnes, serrées les unes contres les autres, sur des matelas à même le sol, dans une unique pièce. Mères et grand-mères attentionnées et silencieuses, et une ribambelle d’enfants.

Nous entendions les bruits comme si nous étions dans la rue, nous pouvions voir les toits des jeeps et des ambulances passer à toute allure. Il n’y avait pas d’hommes au delà de douze ans. Il y avait des mères et des enfants qui parlaient de pères assassinés, d’enfants tués devant leur porte, ou emprisonnés en Israël, pour avoir lancé des pierres contre des chars.

Ces nuits sont effrayantes. A cause des soldats qui s’activent à aller d’une maison à l’autre. Ce sont des moments où tout devient opaque. Qu’ils tirent ou qu’ils ne tirent pas, la peur est la même. Mais on se dit que c’est un devoir humain d’être présent, une façon de rappeler aux soldats qu’il y a une justice, et que, même en guerre, il y a des règles qui doivent être respectées.

A six heures, nous avons appris que les soldats avaient quitté le camp. Mais qu’entre temps l’armée israélienne avait envahi Naplouse. Et la tristesse a suivi de peu le soulagement.

Silvia Cattori