écrits politiques

Français    English    Italiano    Español    Deutsch    عربي    русский    Português

Une analyse de Ghaleb Kandil
La "malédiction syrienne" hante l’Europe

L’interdiction de l’entrée sur le territoire français, par Nicolas Sarkozy, du prédicateur extrémiste égypto-qatari Youssef Qardaoui, et la poursuite des efforts pour le démantèlement des cellules terroristes takfiristes sur le sol français, sont un signe que la France est frappée par ce qui est appelée "la malédiction syrienne" , surtout que Paris était le fer de lance de l’agression contre la Syrie, menée par les Frères musulmans et consorts.

Depuis le début du printemps arabe, les pays occidentaux se vantent d’héberger les mouvements terroristes qu’ils avaient déjà instrumentalisés pour mobiliser les jeunes arabes dans la guerre afghane contre l’Union soviétique.

La réutilisation de ces mouvements a provoqué un climat politique et médiatique plein de tensions et d’appels à l’extrémisme et au meurtre, et a créé un cycle infernal qu’il est difficile de briser sans procéder à une révision totale de la position vis-à-vis de la Syrie et de la grille de lecture pour l’ajuster afin qu’elle serve les intérêts de la stabilité en Europe.
Un an est passé et les différents pays occidentaux rivalisent pour accorder le meilleur accueil aux Frères musulmans, sur les flancs duquel poussent des groupes plus extrémistes les uns que les autres, qui ont provoqué des bains de sang et attiré comme un aimant Al-Qaïda et consorts.

Une fois de plus, l’Occident paye de sa propre sécurité le prix de ce partenariat, de cette malédiction. L’Arabie saoudite et le Qatar, les deux "alliés intimes" de Nicolas Sarkozy, accordent abri et soutien au commandement des Frères musulmans, qui jouissent de l’appui de l’institution religieuse.

Il y a 20 ans, des voix sages sont apparues en Europe, appelant à faire la distinction entre les mouvements islamistes nationaux qui résistent à Israël et les groupes terroristes et takfiristes, basés sur le principe de l’élimination de l’autre en l’assassinant. Toutefois, les élites dirigeantes européennes, soumises à l’hégémonie états-unienne, ont fait taire ces voix et leur ont tourné le dos sous la pression des lobbys sionistes. Ces mouvements de résistance anti-israéliens ont été encerclés, traqués, interdits en Europe, leurs associations dissoutes, leurs sympathisants harcelés.

En contrepartie, le commandement des Frères musulmans et d’autres groupes extrémistes ont trouvé les portes des capitales européennes grandes ouvertes et ont pu endoctriner et recruter dans les rangs des communautés musulmanes du Vieux continent.

L’année dernière, les gouvernements européens ont considérablement augmenté les facilités accordées à ces mouvements sous couvert dudit printemps arabe, et grâce aux "services" offerts par ces mouvements pour l’occupation et le pillage de la Libye, pour protéger Camp David et pour normaliser les relations entre la Tunisie et l’État hébreu. Le soutien européen en général, franco-britannique en particulier, s’est concentré sur tous ces groupes extrémistes et sanglants qui ont mis la Syrie à feu et à sang pour tenter de démanteler l’État national laïque syrien.

Les Européens autorisent la diffusion dans leurs pays de chaînes satellitaires prônant la haine, le racisme, l’exclusion religieuse, les appels au meurtre et les incitation aux massacres à caractère sectaire, comme la chaine Al-Wissal, qui héberge le cheikh extrémiste Adnane Arour, qui a appelé au meurtre du tiers des Syriens. En revanche, les chaines Al-Manar du Hezbollah, Al-Aqsa du Hamas et d’autres télévisions appartenant à des mouvements anti-israéliens, sont interdites, car elles prônent la résistance, comme le faisait Charles de Gaulle via Radio Londres, en 1942.

La "malédiction syrienne" va hanter tous les gouvernements européens qui ont choisi de se compromettre avec les extrémistes au prix de torrents de sang versé en Syrie.

Ghaleb Kandil
New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf
Tendances de l’Orient No 77, 2 avril 2012.