écrits politiques

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Persécutions israéliennes
Ne pas céder, c’est rester vivant

Ce à quoi j’ai assisté aujourd’hui était très pénible à supporter, même si je n’ai pas vu une goutte de sang couler. Voir des soldats qui prendre du plaisir à humilier et à insulter des humains, sans pouvoir rien y changer, est une forme de torture dont on ne sort pas indemne.


(alencontre)

C’est le dernier jour de « l’Aïd el Fitr ». Un jour qui devrait être tout entier dédié à la douceur et à l’amour. Rien de tout cela, en ces contrées sans cesse soumises à la brutalité de l’armée israélienne.

Quand je suis arrivée au check point, des centaines de gens attendaient, les uns de pouvoir rentrer à Naplouse, les autres d’en sortir.

Voir des soldats user de leur pouvoir, garder des gens dans une telle situation d’infériorité vous met très en colère. D’autant que vous savez que les autorités au dehors savent et laissent faire ; ou alors, par lâcheté ne condamnent qu’en termes très vagues Israël. Un Etat incarné, ici, aux yeux des Palestiniens martyrisés nuit et jour, emprisonnés derrière des blocs de bétons, menacés de mort s’ils ne se plient pas aux ordres des soldats.

Aussi on se sent en colère contre tous ces gens qui par leur soutien apporté à Israël défendent l’indéfendable. Des gens qui veulent faire croire que l’Etat d’Israël est une démocratie, que les "juifs" sont menacés par les Arabes et les “antisémites”, alors qu’ici on voit tout le contraire : des colons juifs haineux venus d’ailleurs qui haïssent les non juifs.

Chacun à sa façon au-dehors, Wolfowitz, Perle, Adler, Finkielkraut, BHL - pour n’en citer qu’eux - concourent à cette imposture sur Israël. Ce sont ces amis là qui ont occulté la vérité et couvrent les crimes d’Israël.

Les Palestiniens mis face à une situation d’une telle inégalité, avaient cela d’admirable, qu’ils demeuraient stoïques, envers et contre tout. « Avez-vous peur ? » ai-je demandé à une jeune femme qui portait dans ses bras un bébé enveloppé dans une couverture. Elle a haussé l’épaule. Puis elle a dit : « Il faut vivre, il faut oublier la peur ».

J’ai aperçu, en contrebas, trois jeunes gens, tenus à distance les uns des autres, les mains attachées derrière le dos, en position accroupie. Quand l’un d’eux a fait mine de se lever, j’ai vu un soldat se précipiter sur lui, le menacer de son arme. Cette lutte sourde entre un homme menotté et un soldat lourdement armé était insupportable. Alors que le jeune homme reculait, le soldat le rudoyait.

Tout cela se passait sans que personne n’ose rien dire, dans un silence pesant. Quand j’ai fait appel à la conscience du soldat celui-ci a répondu d’un air sarcastique : « Je n’ai aucune conscience pour des gens comme vous ».

Quand ce fut mon tour de présenter mes papiers, j’ai eu la surprise de me voir refuser l’entrée à Naplouse. En quoi ma personne pouvait-elle être une menace pour leur sécurité ?

La sécurité ! C’est le prétexte qui justifie l’arbitraire et la violence contre les Palestiniens.

Avec un Palestinien possédant la nationalité américaine, nous avons décidé de tenter notre chance du côté du check point d’Awartaa situé en contrebas d’une colonie juive. Il y avait là également une longue file d’attente, composée d’hommes habillés de vêtements sombres. Ils n’avaient d’autre choix que de rester là et d’attendre qu’on daigne les laisser passer. Leurs regards parlaient d’insoumission.

Nous avons passé ce barrage et le barrage de Bourin sans problèmes. Au troisième et dernier passage, les soldats nous ont intimé de partir.

Nous avons repris la route, jusqu’à ce qu’un chauffeur de taxi nous a promis de tenter l’impossible. C’est-à-dire, d’emprunter la route destinée à l’usage des colons juifs. Après avoir longé une colonie entourée de barrières électrifiées, nous avons atteint un village arabe. Nous pensions avoir enfin réussi, quand, à un autre barrage routier, les soldats nous ont ordonné de reculer.

Quand nous sommes revenus au check-point d’Howarah chercher un taxi qui pouvait nous ramener à Ramallah, d’où nous étions partis le matin, il y avait une foule de gens encore plus considérable ; des enfants pleuraient, s’impatientaient au milieu de tout ces adultes contraints par les soldats qui voulaient les humilier, à rester là de longues heures sans manger, sans boire...

A ce moment-là j’ai compris, aussi dur que cela soit, que ne rien dire, ne rien montrer de leur agacement, bref, ne donner aucune prise à ces brutes qui les provoquaient, était leur force. Que supporter, ne pas céder, subir en silence, était pour chacun d’eux une manière de résister et... de rester vivant.

Silvia Cattori

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