écrits politiques

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Pouvoir des médias et mensonges par omission

Nos démocraties sont menacées par la désinformation des « grands »médias, télévisuels surtout. Ce sont les principaux vecteurs de la propagande des pouvoirs économiques, politiques, militaires. La preuve que quelque chose ne tourne pas rond dans l’exercice de nos démocraties.

Depuis le 11 septembre 2001, la désinformation a atteint des sommets. Les gouvernements ont cédé, les uns après les autres, aux injonctions des « va-t-en guerre ». Mais les peuples du monde, dans un grand sursaut de dignité, ont pris, eux, le parti de l’humanité : ils ont fait corps pour clamer leur total refus de la guerre.

Nous sommes à la veille d’une guerre qui s’annonce terrifiante et qui détruira l’Irak et fera de nombreuses victimes. Une guerre que le peuple irakien redoute mais que la presse internationale présente comme nécessaire.

Les journalistes, comme les politiciens, tirent leur pouvoir de l’ignorance des citoyens. Ils ont par conséquent tout intérêt à occulter ce qui peut éveiller les consciences, pour ne traiter que de faits divers, de faits de divertissement, de faits sans importance. Ce qui conduit nos sociétés à ce que des personnages aussi peu fiables que Berlusconi et Bush, par exemple, sont malencontreusement portés au pouvoir.

Tout citoyen a le droit de revendiquer une information digne de ce nom ; le droit de savoir dans quel monde il vit et de connaître ce qui en fait sa complexité. Cela dit nous ne mettons pas tous les journalistes politiques dans le même sac. Chacun peut aisément reconnaître ceux qui résistent à la banalisation et à la propagande.

Le rôle des journalistes n’est pas de s’identifier avec une partie plutôt qu’une autre ; il n’y a pas de véritable démocratie sans pluralité de l’information.

Les souffrances des victimes occultées

Les journalistes en général, tout comme les politiciens qui dirigent le monde, ne prennent pas en compte les souffrances humaines. L’humain est le grand perdant : il a totalement disparu du paysage médiatique au profit des hordes en uniformes.

Les conséquences terribles de la guerre sont cyniquement occultées par les pouvoirs. Interrogée sur les retombées de l’embargo contre l’Irak - qui a causé la mort d’un million d’enfants - Mme Albright, a répondu sans l’ombre d’une hésitation : « C’est le prix à payer ».

Le prix de quoi ? Le prix de la barbarie bien entendu. Et de la haine raciale grandissante.

Or, en minimisant la terreur exercée sur des faibles par des puissances surarmées, les journalistes piétinent les victimes. La dignité de l’être humain est de s’attacher à sa sauvegarde et non d’exalter la suprématie des armées qui la détruisent.

En ce qui concerne l’Irak, le temps est maintenant compté.

On demeure épouvanté devant l’incroyable légèreté avec laquelle des journalistes bâclent des enquêtes sur des guerres aux conséquences terrifiantes pour l’humanité. Ou peuvent décider de l’espace à accorder à un événement donné, selon qu’ils veulent le médiatiser ou l’étouffer.

Le rôle des grands moyens d’information dans la guerre et ses conséquences désastreuses pour les peuples doit être exposé.

Ne pas faire connaitre la violence étatique dans toute sa pleine et tragique dimension, ne pas alerter l’opinion sur les conséquences terribles de la guerre que l’Occident s’apprête à lancer contre le peuple irakien revient à la cautionner. Voilà pourquoi il est impératif de boycotter cette presse dont l’orientation et « l’unilatéralisme » viole l’éthique professionnelle, falsifie les faits.

Usons de nos droits. Notre parole solidaire qui peut, comme un cri, faire émerger des vérités occultées, conduire à une vision plus juste et humaine du monde, est un formidable outil. A nous de faire entendre haut et fort cette parole par des protestations qui désignent les falsificateurs.

Il est temps de réagir. Il est temps de dire que cela suffit.

« Ouvrons notre gueule », disait Bourdieu. « Ouvrons notre gueule » pour exiger l’indépendance, l’impartialité, l’honnêteté des médias publics, pour commencer.

Silvia Cattori