écrits politiques

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Humiliations et mauvais traitements
Une douleur d’homme

Quand je suis arrivée au « check point » d’Howarah, la tension était palpable. A cause des soldats portant des signes religieux, plus nombreux que d’habitude, et des véhicules militaires qui passaient sous votre nez à des vitesses folles.
De l’autre côté du "check point" une foule immense attendait que les soldats daignent les laisser rentrer à Naplouse.

9 décembre 2003 | - : Israël Palestine


(IMEMC)

Parmi les hommes aperçus en contrebas, j’ai reconnu Raed, étudiant à l’université d’Al-Najah le jour, employé dans un hôtel la nuit. Raed a juste eu le temps de me dire que les hommes maintenus captifs avec lui dans la fosse, étaient tous étudiants. J’en ai compté trente deux. Ils étaient au désespoir car les soldats les avaient parqués là depuis tôt le matin, alors que la plupart d’entre eux devait impérativement se présenter à des examens. J’en ai compté trente deux.

Ne pas tenter d’arracher à leurs geôliers ces jeunes gens qui n’avaient rien à se reprocher, eût été une lâcheté. Je me suis adressée à l’officier -il avait une trentaine d’années et paraissait d’origine russe- qui l’air mauvais, m’a signifié que si je ne partais pas il appelait la police. Pourquoi fallait-il détenir ces jeunes de cette façon humiliante, ai-je protesté. Il m’a rétorqué qu’il devait faire son travail de vérification de « sécurité ». Il ne vérifiait rien du tout. J’ai bien vu le tas de cartes d’identités posées sur la tablette. Tout cela n’avait strictement rien à voir avec la « sécurité ». Ce n’était que du harcèlement. Une façon d’attendre que l’un ou l’autre de ces captifs sorte de ses gonds, trouvant ainsi prétexte à réprimer ...

Ce sont des milliers de Palestiniens au-dessous de 35 ans qui sont chaque jour punis de la sorte, ici, au check-point d’Howarah.

Après six heures passées sous un soleil de plomb, debout, avec interdiction de bouger, de parler, de boire, de manger, il s’est produit ce que les soldats attendaient.

L’un des captifs s’est mis a crier que s’ils ne le laissaient pas aller à Naplouse, il voulait qu’on le laisse partir à la maison. Un soldat, s’est précipité sur lui, l’a frappé à coups de pied en hurlant et pointant son arme : "Je te tue".

Le jeune homme, grand, musclé, a serré les dents, soulevé sa chemise. Et la poitrine a découvert, il a crié à la face du soldat qui le menaçait : "Tire, tue-moi si tu en a le courage, tire, moi je n’ai plus rien à perdre".

En cette seconde où l’air s’est comme raréfié, ses compagnons le regardaient avec anxiété, avec passion. Leur camarade engagé dans cette lutte inégale, soulevait leur admiration : il était courageux, il résistait, il les défiait. On aurait dit qu’il cherchait sa liberté dans la mort que ces soldats rendaient probable. Ici six soldats ont immédiatement surgi, l’ont empoigné, qui par un bras, qui par les cheveux ; ils l’ont cogné. Après l’avoir encagoulé et menotté, ils l’ont embarqué dans une jeep.

J’ai appris par la suite qu’il s’appelait Rafa Alzafadi, qu’il avait 22 ans, qu’il se rendait à l’université d’ Al-Najah et n’était en rien une menace pour la sécurité d’Israël.

Il y avait quelque chose de fort dans la muette communication qui unissait tous ces jeunes dans leur douleur d’hommes. Quelque chose que ces brutes qui les maltraitaient et humiliaient étaient incapables de percevoir.

Silvia Cattori