Marie-Ange Patrizio, Etats généraux du Manifesto
Lettre ouverte à Marie-Ange Patrizio **
En vous lisant attentivement, on comprend que vous êtes aujourd’hui dans le désarroi de constater que, également dans les médias alternatifs, sous la plume de journalistes en qui vous aviez pleine confiance, il y a des analyses biaisées, une censure, une espèce de « ligne rouge » qu’il est interdit de franchir, et qui empêche d’atteindre ce pourquoi vous luttez : la justice.
Ce qui est grave, et qui vous fait réagir, comprenons-nous, est le constat que nombre d’intervenants qui prétendent défendre les droits des Palestiniens, soutiennent, en fait, des forces ou des initiatives qui contribuent à consolider encore davantage les conquêtes de l’oppresseur israélien.
Et cette posture -qui n’est pas uniquement propre à l’Italie- vous est devenue d’autant plus insupportable que le soutien que ces prétendus défenseurs de la justice ont toujours accordé, par exemple à ceux qui sont au pouvoir à Ramallah, a bien montré à quel désastre conduit une solidarité qui se trompe d’alliés.
Un universitaire français, outré par ces dérives, m’a écrit ce petit mot qui arrive à la même conclusion amère que vous : « Je suis particulièrement inquiet pour Gaza qui risque de connaître le sort de la Commune de Paris, c’est à dire un écrasement par des « Versaillais » sous l’oeil bienveillant des forces d’occupation (jadis prussiennes, aujourd’hui israéliennes) »
C’est exactement ce qui est en train de se passer. Cela est terrible ! Cela pose question quant à la position de ces partis et associations qui, depuis des décennies, se sont refusés à revendiquer clairement la seule chose qui vaille : le droit des Palestiniens à résister y compris par les armes à l’occupation armée d’Israël.
Durant toutes ces années perdues en faux processus de paix, au lieu de blâmer les dérives de l’Autorité palestinienne, toutes les forces progressistes -syndicalistes, féministes, responsables du mouvement de solidarité- nous ont au contraire vanté et imposé des « laïcs » du Fatah et de l’OLP - qui aidaient en fait Israël à écraser la cause nationale palestinienne - comme étant « les bons », parce que -et cela ils ne le disaient pas ouvertement- avec eux l’on pouvait faire barrage aux résistants du Hamas, aux femmes voilées, aux « barbus ».
Ce qui est gravissime, et à nos yeux incompréhensibles, est que c’est avec ces autorités du Fatah et de l’OLP asservies à la politique des Etats-Unis et collaborant avec les services de répression israéliens, que les responsables de la solidarité internationale ont généralement travaillé. C’est à des ONG et à des syndicats le plus souvent liés à ces autorités palestiniennes corrompues qu’ils ont donné crédit et versé l’argent obtenu par des collectes. Argent que l’on savait n’aller que rarement dans les « bonnes poches », et que l’on refusait aux associations caritatives gérées par des mouvements religieux qui, seules, distribuaient les dons de manière équitable et ne les détournaient pas à leur profit.
Vous avez mille fois raison, Marie-Ange, de vous insurger et de rendre leur humanité à ces femmes « voilées » et à ces « barbus » du Hamas qu’Israël persécute et déshumanise, parce que résistants, et que la gauche - comme la droite - n’aime pas trop.
Lors de mon premier voyage en Palestine, en 2002, il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre l’étendue des souffrances générées par cette solidarité à l’envers. Quand j’ai rencontré des dirigeants politiques du Djihad et du Hamas, dont M. Rantissi, qu’Israël a par la suite assassiné, j’ai compris combien avaient souffert ces gens du Hamas, massacrés par Israël, persécutés par le Fatah, et exclus du débat par la solidarité internationale. Et combien ils étaient amers de voir qu’aucune association internationale, aucun syndicat n’allait jamais à leur rencontre. Alors qu’ils voyaient leurs représentants passer, et ces « missions civiles » aller de villes en villages, toujours encadrés par les mêmes notables du Fatah, sans jamais daigner aller les voir.
Vous avez raison de vous interroger quant à la loyauté de ceux qui ont soutenu ces responsables palestiniens dont on savait qu’ils acceptaient l’argent et les armes d’Israël et de la CIA pour fomenter des troubles entre Palestiniens.
Pourquoi ont-ils soutenu des forces que l’on savait corrompues et compromises ? Parce que cela était tout bénéfice pour Israël qui voulait gagner du temps dans le cadre de sa politique de faits accomplis !
Une solidarité digne de ce nom n’aurait-elle pas dû travailler qu’avec ceux des Palestiniens qui luttaient en patriotes pour défendre la dignité bafouée de leur peuple ?
Toute cette mascarade doit cesser si l’on prétend servir la justice et les droits du peuple palestinien, foulés aux pieds par Israël.
Quant au camp de la paix israélien, il a, lui, des intérêts propres qui ne sont pas nécessairement ceux des patriotes palestiniens. C’est pourquoi il est temps que les mouvements de solidarité prennent des distances par rapport à ce « camp de la paix » qui ne peut apporter la paix : car il n’est pro Palestinien que dans la mesure où les Palestiniens ne remettent pas en cause les acquis illégaux d’Israël.
Il ne reste plus qu’à espérer, qu’après tant de dérives, et tant de souffrances pour les Palestiniens mal accompagnés par cette solidarité à l’envers, on entende enfin la parole des honnêtes gens, que certains professionnels de la solidarité ont fort bien réussi à étouffer en se servant des accusations « d’antisémitisme » comme d’une arme ; et que l’on puisse remettre la solidarité à l’endroit, c’est-à -dire au service des Palestiniens qui résistent contre l’occupant, pour la défense de leurs pleins droits.
Ce sont toutes ces interrogations, qui demandent réponse urgente, que votre texte a le mérite de soulever.
Silvia Cattori
** « Votre Palestine » ?
Lettre adressée par Marie-Ange Patrizio à l’auteur de l’article « Nostra Palestina », du samedi 23 juin 2007, à la direction de « Il manifesto » qui assume cet éditorial et aux journalistes.
Cet article est tendancieux et mensonger par omission : il fait un étalage subjectif d’éléments non factuels, empreint de jugements idéologiques faciles, à la place d’une argumentation qui obligerait à reconnaître ce que même la presse de droite admet maintenant : les affrontements qui ont mis en déroute les forces du Fatah à Gaza, en moins de 48 heures, ne sont pas que la conséquence du désespoir de gens affamés, de luttes fratricides, etc. La Palestine ne se tue pas « toute seule », non.
Stefano Chiarini avait été l’un des premiers à annoncer que ce n’étaient pas tous des « frères » ceux qui n’avaient pas « introjecté » des « valeurs », mais encaissé des dizaines de millions de dollars offerts par « l’ennemi » : l’administration étasunienne, à l’époque, officiellement. Maintenant Israël également et ouvertement.
A vous lire, les Palestiniens ont voté très majoritairement en faveur d’un parti qui allait ensuite les prendre au piège d’une « société répressive, obscure, où règnerait la loi de l’intégrisme et du fanatisme islamique » ? On notera au passage le mépris : mépris à l’égard des Palestiniens qui seraient à ce point dépourvus de lucidité politique. Mépris pour votre propre confrère qui vous avait alertés en mettant en évidence les conséquences gravissimes d’une politique que vous ne dénonciez pas, quant aux trahisons des gens liés à l’Autorité Palestinienne, la dangerosité de Dahlan, l’homme fort du Fatah, lié à la CIA, pour ne parler que de lui.
Mépris à l’égard des lecteurs. Que ce genre de désinformation vienne de ceux que vous appelez « les ennemis » (sans les nommer) est compréhensible, mais de la part d’un quotidiano comunista, c’est inacceptable et, là oui, suicidaire.
Suicidaire votre ligne politique : vous ne donnez aucun élément pour analyser comment il se fait que « la Palestine n’a jamais obtenu de devenir un état ». Au lieu de pleurer sans fin sur la « tragédie » vous feriez mieux d’exposer clairement les raisons de cette situation, à commencer par celles qui nous impliquent nous, ici
Inadmissible votre position sur la résistance qui est un droit légitime des peuples sous occupation. Suicidaire pour votre journal, avec cette psychologisation à la petite semaine sur la haine réciproque des frères : tu parles d’une fraternité !
Vous savez ce qui est bon pour les Palestiniens, pas eux. Est-ce de n’être pas affamés qui donnerait cette lucidité ? Peut-être, oui, que quand on a faim on essaie d’abord d’avoir à manger, après on verra ce qu’on fait du voile.
Vous avez des projets, vagues, pour votre Palestine, celle « des hommes et des femmes en chair et en os -mais sans barbe et sans voile ?- pris entre deux options mortifères », la première option étant celle qu’ils sont allés se chercher, et la deuxième, en une moitié de phrase : « Al Fatah et ses sommets corrompus qui répondent par la même logique armée ». Nous avons bien lu : le Fatah répond. C’est eux (les terroristes barbus) qui ont commencé. Argumentation fausse et de petit niveau à laquelle on ne peut répondre que : même pas vrai.
Devant l’horreur de cette situation que nous, européens, progressistes, laïcs, (et féministes bien sûr !), avons laissée s’installer, c’est tout ce que vous trouvez à dire en première page ? Ces pleurnicheries démobilisatrices, moralisatrices et arrogantes ? « Une gauche dissoute, une société laïque anéantie par la guerre ». La guerre avec qui ? Et ici ?
Puisque vous savez quels bénéfices les Palestiniens auront ou n’auront pas selon pour qui ils votent, dites-nous aussi, déjà , quels bénéfices vous tirez, vous, de ce genre d’articles ? Question aussi aux amis et camarades à qui j’adresse d’habitude mes traductions de Il manifesto. Parce que nous ici, nous devons réfléchir au moins à ça : les nôtres de projets dans notre « milieu » du business de la tragédie palestinienne.
Bon courage à ceux des qui continuent la lutte à Via Tomacelli (siège du Il manifesto à Rome)