écrits politiques
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Une analyse de Pierre Khalaf
Les Frères musulmans se doivent de divulguer leurs vraies positions
Les questions adressées par l’ancien chef du gouvernement libanais, Salim Hoss, à la direction des Frères musulmans d’Égypte sur la cause palestinienne, Jérusalem et les souffrances permanentes du peuple palestinien, sont des préoccupations premières dans le monde arabe, surtout depuis la multiplication des rapports sur un deal conclu entre les Américains et la Confrérie islamiste sous le parrainage de la Turquie.
16 janvier 2012

L’ancien Premier ministre libanais Salim El-Hoss demande aux Frères musulmans de clarifier leurs positions.

Dans ce registre, une longue dépêche de l’Agence France presse fait état d’un dialogue entre les États-Unis et les Frères musulmans. « C’est sûr qu’aujourd’hui les Frères musulmans sont les seuls interlocuteurs valables » et que les responsables américains n’ont pas d’autre choix que de dialoguer avec eux, résume Marina Ottoway, de la Fondation Carnegie.

Le 30 juin, la secrétaire d’État Hillary Clinton avait déclaré que les États-Unis « continuaient leur approche de contacts limités » avec les Ikhwan dans le cadre de la transition en Égypte, une pratique, selon elle, « adoptée par moments depuis cinq ou six ans », poursuit l’AFP. « Pour les États-Unis, reprendre le dialogue, c’est une étape importante, c’est même une étape qui aurait dû être franchie il y a longtemps, mais ils s’y étaient refusés », pointe Mme Ottoway, ajoutant que « cela représente un grand changement, adopté par nécessité ».

Pour Nathan Brown, professeur à l’université George-Washington, les Frères musulmans ont « envoyé juste assez de signaux rassurants pour accroître légèrement le confort des États-Unis à l’idée de dialoguer avec eux ». Mais même si les Frères musulmans ont conscience que les États-Unis sont un acteur majeur sur le plan diplomatique avec lequel il faut travailler, « il n’y a aucun doute sur le fait qu’il s’agit d’un mouvement socialement et politiquement très conservateur », dont les positions à l’égard des femmes ou de la minorité chrétienne d’Égypte peuvent susciter l’inquiétude.

Toutes ces informations ont renforcées les récits sur le coup d’État qui a conduit au renversement de l’ancien guide des Frères d’Égypte, Mehdi Akef, et plusieurs de ses compagnons, en raison de son soutien au chef du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, contre la campagne menée par le régime de Hosni Moubarak. Le changement à la tête des Frères aurait été encouragé par l’ancien raïs.

Lorsqu’un homme de la trempe de Salim Hoss se pose des questions sur les réelles positions des Frères musulmans, la direction suprême de la confrérie se doit de fournir des explications et de lever les zones d’ombre.

Au Liban : Pressions et ingérences contre la Syrie et la Résistance

De fortes pressions régionales et internationales sont exercées sur le Liban dans le but de mettre en œuvre le plan du secrétaire d’État adjoint américain pour le Proche-Orient, Jeffrey Feltman, qui consiste à transformer le pays du cèdre en plateforme pour intervenir en Syrie, en y installant des camps d’entrainement et en transférant combattants, armes et argent du côté syrien.

Ce n’est pas un hasard si trois acteurs essentiels de ce plan se trouvaient à Beyrouth presque en même temps, la semaine dernière : le secrétaire général des Nations unies, le ministre turc des Affaires étrangères et le chef du commandement central américain. Les entretiens de ces trois personnalités avec les responsables libanais ont porté sur les moyens de protéger et d’activer les réseaux de subversion mis en place avec la contribution du leader des Forces libanaises Samir Geagea et du chef du Courant du futur, l’ancien Premier ministre, Saad Hariri. L’autre but des entretiens est l’habituelle campagne contre les armes de la Résistance.

Lors de ses entretiens à Beyrouth, Ban Ki-moon a incité les responsables libanais à couvrir les ingérences dans les affaires syriennes à travers le mensonge des réfugiés au Liban-Nord, dont le nombre est sciemment gonflé par la coalition pro-américaine du 14-Mars. Alors que la vérité vient par la plume de journalistes occidentaux, avec les récentes révélations du Washington Times sur la présence de 500 miliciens de l’opposition syrienne dans la partie septentrionale du pays.

Toujours prêt à s’ingérer dans les affaires intérieures de la Syrie dans ses nombreuses déclarations et interviews, le secrétaire général des Nations Unies n’a rien trouvé à dire sur les violations répétées par Israël de la souveraineté libanaise. Et les plaintes des responsables libanais sont restées sans échos. Ban Ki-moon a appelé à la reprise du dialogue interlibanais dans le but d’avancer sur le registre du « désarmement des milices », alors que le dialogue national, du point de vue libanais, devrait servir à élaborer une stratégie de défense nationale basée sur la formule armée-peuple-résistance.
D’ailleurs, le leader du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, a répondu en réaffirmant que la Résistance n’abandonnera jamais ses armes et s’est dit « heureux » d’apprendre que Ban Ki-moon, donc « les Américains et les Israéliens sont inquiets à l’égard de l’armement du Hezbollah ».

Quant à Ahmet Davutoglu, sa visite ne peut être comprise que dans le cadre des efforts de Jeffrey Feltman visant à entrainer le 14-Mars et Walid Joumblatt dans la création de foyers de terroristes libanais et syriens au Liban-Nord afin de commettre des actes de sabotage et des tueries en Syrie. Dans un second temps, après la défaite des extrémistes en Syrie, l’idée serait de démanteler ces camps terroristes en contrepartie du désarmement de la Résistance. Feltman et ses disciples sont assez naïfs –ou désespérés- pour croire qu’un tel marché à une chance de réussir.

Il existe au sein de l’État et des institutions libanaises des pôles d’influences de l’époque haririenne qui soutiennent et assurent une protection à ces groupes d’extrémistes. Le gouvernement et les forces nationales et patriotiques libanaises ne peuvent en aucun cas laisser ces saboteurs commettre leurs méfaits en toute impunité. Il est temps de réagir.

Déclarations de Bachar al-Assad à la télévision syrienne [10 janvier 2012]

« Il n’est plus possible pour les parties régionales et internationales qui ont voulu déstabiliser la Syrie de falsifier les faits et les réalités. Les masques sont tombés. Aujourd’hui, plus de 60 chaînes de télévision dans le monde sont mobilisées contre la Syrie, certaines travaillaient contre l’intérieur syrien et d’autres à la déformation de l’image de la Syrie à l’extérieur, auxquels s’ajoutent des dizaines de sites Internet, de journaux et d’autres médias. Nous parlons donc de centaines de médias qui œuvrent pour nous pousser à l’autodestruction. Ils ont échoué mais ils ne désespèrent pas.
Je leur dis que je ne suis pas de ceux qui abandonnent leurs responsabilités. En l’an 2000, j’ai dit que je ne cherchais pas un poste, mais aussi que je ne me dérobais pas aux responsabilités. Je suis à ce poste par le soutien du peuple et si je le quitte ce sera également par la volonté du peuple. Cette question est tranchée.
Nous avons fait preuve de patience et d’endurance dans un combat sans précédent dans l’historie moderne de la Syrie. Ceci nous a rendus plus solide et bien que cette lutte comporte de grands risques et des défis vitaux, la victoire est proche, tant que nous sommes capables de résister, d’exploiter nos points forts qui sont nombreux, et de connaître les points faibles de nos adversaires, qui sont encore plus nombreux. Le peuple s’est lancé dès les premiers jours contre eux. Et lorsque votre unité les a indisposés, ils ont essayé de vous diviser par l’arme odieuse du confessionnalisme. Et lorsqu’ils ont désespéré, ils sont passés aux actes de sabotage et aux meurtres. Ils ont commencé par commettre des assassinats, tenté d’isoler les villes, ont volé, pillé et détruit les établissements publics et privés.
Et malgré un immense soutien médiatique et politique, régional et international, ils ont réalisé que leur révolution ne peut avoir lieu ici. Leurs tentatives tombées, c’était au tour de l’extérieur à intervenir. Cet extérieur est devenu un mixte de l’étranger et de l’Arabe et le plus regrettable encore c’est que parfois l’Arabe paraît plus hostile que l’étranger (…)

C’est le summum de la décadence arabe… mais de la décadence rejaillit la renaissance. C’est moi qui avais proposé l’initiative et les observateurs arabes lors de mes deux rencontres, il y a quelques mois, avec une délégation de la Ligue arabe (…)

Beaucoup d’Arabes reconnaissent que l’Arabité pour la Syrie n’est pas un slogan mais une pratique. Si certains croyaient pouvoir faire sortir la Syrie de la Ligue arabe, ils ne peuvent pas la faire sortir de l’arabité. L’arabité n’est pas une décision politique mais un patrimoine et une histoire. Si vous croyez acheter la géographie et importer une partie de l’histoire, vous vous trompez car l’argent ne crée pas les nations et n’invente pas des civilisations (…)

Ce qui se passe en Syrie fait partie d’un complot planifié depuis des dizaines d’années, car le rêve du démembrement persistait chez les descendants de Sykes-Picot. Leur objectif est de faire de la Syrie un pays occupé par des questions marginales et isolés à l’intérieur de ses frontières. Il ne faut pas être tolérant avec ceux qui ont recours aux armes pour provoquer le chaos et la division dans le pays. La guerre contre le terrorisme ne sera pas seulement celle de l’État et de ses institutions, mais ce sera notre guerre à tous. C’est un combat national. Nous frapperons les terroristes d’une main de fer. »

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 66, 16 janvier 2012.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth