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Une analyse de Pierre Khalaf
Liban : Encore un échec pour la CIA

Au cours d’une émission sur la chaîne Al-Manar, le député Hassan Fadlallah a démonté le processus de recrutement des espions pour le compte de la CIA tout en divulguant, noms et documents à l’appui, le noyau composé de dix officiers de l’Agence américaine du renseignement qui gère les espions. La cellule de la CIA est installée à Aoukar, dans l’immeuble numéro 2 du complexe abritant l’ambassade américaine.

19 décembre 2011

Ces révélations, qui n’ont pas été démenties par l’ambassade, prouvent l’étendue de l’infiltration de la CIA au Liban. L’agence dispose de larges réseaux d’espions sur l’ensemble du territoire, notamment dans les zones d’influence de la Résistance, c’est-à-dire la Banlieue sud de Beyrouth, le Liban-Sud et la plaine de la Békaa.

Les enquêtes menées par le service du contre-espionnage de la Résistance montrent que la CIA et le Mossad ont le même objectif au Liban et travaillent main dans la main pour infiltrer le Hezbollah et les secrets militaires et de défense libanais. Face à ces révélations, l’État devrait réagir dans deux directions : démanteler les réseaux d’espionnage américano-israéliens, puis déposer des plaintes contre la CIA et l’administration américaine qui violent sans scrupule la souveraineté nationale et cherchent à affaiblir le Liban pour le compte de son protégé israélien.

Les chantres de la souveraineté au Liban, toujours prompts à dénoncer les armes du Hezbollah et les travaux d’installation d’un réseau de télécommunication pour la Résistance, au nom de « la protection des droits de l’État » - le plus loquace dans ce domaine étant Sami Gemayel - n’ont rien trouvé à dire sur la découverte des cellules de la CIA au Liban. C’est le silence radio total.

La Résistance a réussi un tour de force en parvenant à démanteler les réseaux d’espionnage américains. Elle a aussi révélé la coopération étroite existant entre la CIA et le Mossad, au point que travailler pour l’un signifie automatiquement collaborer avec l’autre. Le Hezbollah a ainsi enregistré des victoires sécuritaires encore plus spectaculaires que les précédentes, car il s’agit d’un coup stratégique.

D’ailleurs, un ancien agent de la CIA, Robert Baer, en poste de longues années au Liban, a qualifié le Hezbollah d’« ennemi ayant un énorme potentiel dans le contre-espionnage ». Selon l’ancien espion, « le démantèlement du réseau de la CIA au Liban et en Iran constitue un coup dur pour les services de renseignements américains, surtout en plein cœur de la guerre du renseignement menée actuellement contre l’Iran ». Il affirme que s’il était en poste à Beyrouth, il aurait fermé l’antenne de la CIA car toutes ses sources ont été grillées.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 62, 19 décembre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

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- Libanon : Noch eine Schlappe für die CIA