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Syrie : Les meurtres confessionnels ensanglantent Homs

A l’hôpital al-Ahli dans le quartier alaouite de Zahra, gît Adnane, tué à la hache. A l’hôpital général, des femmes lavent le corps de la sunnite Nafla, abattue à Bayada. A Homs, les assassinats se multiplient et revêtent un caractère confessionnel.

26 novembre 2011

Dans la troisième ville de Syrie, où vivent 1,6 million d’habitants, les tensions confessionnelles sont exacerbées par les meurtres commis par des hommes armés, financés par des pays arabes et occidentaux, comme le prouvent les aveux des terroristes arrêtés par les forces de l’ordre.

"Mon père Adnane al-Ali circulait à bord de son camion jeudi, quand des hommes armés et masqués l’ont kidnappé. Trois heures plus tard, son corps a été jeté dans la rue. Il avait une balle dans la nuque et était défiguré par une hache", raconte son aîné Ali, 24 ans.
Dans une rue avoisinante, sous une tente, une famille reçoit les condoléances pour la mort de Hassan al-Hussein, 46 ans, un militaire chiite tué en allant en mobylette acheter une bouteille de gaz.

Dans l’assistance, Chaadi Halabi, 25 ans, aussi chiite, est sans nouvelles depuis quatre mois de son père Jamal, un ingénieur de 52 ans. "Il a disparu en se rendant à son travail", dit-il.

Les vieux quartiers de Homs (centre) sont majoritairement sunnites alors que les nouveaux, comme Zahra ou Nizha, érigés il y a une quarantaine d’années, sont alaouites. "La confession ne figure pas sur la carte d’identité, mais les tueurs la détermine à partir du quartier", explique Mohammed Joubaili, ingénieur alaouite de 48 ans.

A l’hôpital général de la ville, le mari de Nafla al-Darwish, 37 ans, tuée alors qu’elle était enceinte de sept mois, ne veut pas parler. Une fois les préparatifs de deuil terminés, il s’effondre sur la dépouille de sa femme recouverte d’un linceul vert. Un médecin assure qu’elle a péri par une balle dans la tête tirée d’une voiture.
A l’extérieur, dans trois camions frigorifiques utilisés comme morgue, près de 80 cadavres sont entassés sans que personne ne les réclame. Selon la loi, l’hôpital doit les garder un mois avant de les enterrer.

Selon le médecin légiste, qui ne veut pas être identifié par peur d’être abattu, l’hôpital a reçu en novembre 250 victimes d’assassinat contre 200 en octobre. "La majorité ont les mains et pieds liés. Certains ont été tués par strangulation, d’autres exécutés d’une balle ou à coups de couteau. Il y a aussi des corps mutilés et certains ont la tête coupée", dit-il en feuilletant son registre. "C’est devenu la ville la plus dangereuse" du pays, lâche-t-il.

Un membre de l’administration assure "qu’au vu des noms de famille et du quartier, la majorité des victimes sont des alaouites et des chiites".

"A Homs, quand un sunnite est tué par des alaouites, les sunnites répliquent et quand un sunnite est enlevé, c’est la même chose", constate un militant des droits de l’Homme.

Dès que le soleil se couche, la ville se terre dans sa peur. La nuit est déchirée par le bruit de rafales d’armes automatiques, de RPG, de mitrailleuses lourdes. Les policiers et agents des services de sécurité se protègent derrière des sacs et barils de sable.

Si, dans la journée, les trois quarts de Homs ont un aspect normal, le vide se fait dès qu’on s’approche des quartiers sunnites de Bab Amro, Bab Sebaa, Khaldiyé et Bayada. Les ordures jonchent les rues et des pierres sont posées sur la chaussée pour éviter de s’y aventurer par mégarde.

"Je ne peux pas vous y faire entrer car si les hommes armés m’attrapent, ils m’exécutent sur le champ et vous avec", assure l’officier qui accompagne l’équipe de l’AFP. D’ailleurs, aucune des forces de sécurité, selon lui, ne se trouve à l’intérieur. Elles se contentent de les encercler.

AFP- 26 novembre 2011.