écrits politiques

Français    English    Italiano    Español    Deutsch    عربي    русский    Português

Une analyse de Pierre Khalaf
Bruit de bottes en Turquie et subversion des pro-américains au Liban et en Syrie

Après avoir observé un silence d’un mois au sujet de la Syrie, la Turquie commence de nouveau à hausser le ton contre Damas, preuve d’un projet occidental dont les grandes lignes commencent à se préciser. Selon des informations dignes de foi, la Turquie a commencé à fournir une assistance financière, militaire et logistique à l’opposition syrienne, à la demande des Etats-Unis et avec le concours de certains pays du Golfe, qui jouent le rôle de bailleurs de fonds.

9 novembre 2011

Par ailleurs, la Turquie aurait établi sur son sol des camps d’entraînement pour l’opposition syrienne, à proximité des frontières sud du pays, en prélude à l’établissement d’une zone tampon sur le sol syrien. Le projet prévoit une incursion des forces turques de l’autre côté des frontières afin d’entraîner une décision syrienne d’envoyer sur place des unités de l’armée pour contrer cette agression contre le territoire national. La Turquie pourra alors, conformément à la convention de l’Otan, appeler l’Alliance atlantique à la rescousse. Parallèlement, l’opposition syrienne s’en prendra à des postes de l’armée et des services de renseignement, et les manifestants réclameront l’intervention de l’Otan.

Les États-Unis espèrent aussi mettre le Liban à contribution dans ce complot. Si le gouvernement et la majorité de la classe politique et de la population refusent catégoriquement de se laisser entrainer dans ce sale jeu, une partie des Libanais n’y voient pas d’inconvénients. Il s’agit notamment du Courant du Futur de Saad Hariri, allié pour la circonstance aux mouvements salafistes et extrémistes. Tout ce beau monde a transformé les zones frontalières allant de l’Akkar, au Nord du Liban, à Kaa, à l’Est, en passant par Wadi Khaled, en une base-arrière pour les opposants syriens. Ceux-ci reçoivent armes et argent, mais aussi assistance logistique. Les extrémistes blessés lors des attaques contre l’armée syrienne sont transportés dans des hôpitaux du Liban-Nord pour y être soignés. Toutes ces opérations coûteuses sont financées par de l’argent provenant des pétromonarchies.

Mais il existe au Liban un fort mouvement politique et populaire qui s’oppose à ce que le Liban serve de rampe et de plateforme pour déstabiliser la Syrie.

Aussi bien le projet d’une intervention turque que celui d’une subversion menée à partir du Liban seront voués à l’échec. Car ceux qui ont imaginé ces plans n’ont pas pris en compte la réaction de l’armée syrienne et des alliés de Damas qui ont la capacité de se défendre –et même d’attaquer- sur un front long de plusieurs milliers de kilomètres.

En Syrie, l’Amérique et ses amis torpillent le plan de paix de la Ligue arabe

La crise en Syrie a permis de faire tomber la dernière feuille de vigne qui cachait encore le peu de virilité dont peut se vanter la Ligue arabe, qui était naguère incontournable dans le paysage politique international. Cette institution, ou ce qu’il en reste, n’est plus qu’un instrument que les États-Unis manipulent pour servir leurs propres intérêts.

C’est ainsi que l’initiative arabe a été concoctée par le Qatar dans l’espoir qu’elle soit rejetée par le leadership syrien. De la sorte, le dossier de la crise syrienne serait renvoyé au Conseil de sécurité avec une couverture arabe, selon le même processus observé dans le dossier libyen.

Consciente de la nature du complot dont elle est victime, la Syrie n’est pas tombée dans le piège et a accepté le plan arabe, son principal souci étant de trouver une issue pacifique à la crise et de ne pas embarrasser ses amis des brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

Lorsque le Qatar a senti que Damas allait accepter l’initiative, son ministre des Affaires étrangères, Hamad Ben Jassem, a tenu des propos peu diplomatiques, frôlant l’insolence, à l’adresse de la direction syrienne, dans le but de la provoquer et de la pousser à rejeter le plan. Mais c’était mal connaître les dirigeants syriens qui savent garder leur sang froid en période de crise. Aussi, ont-ils accepté le plan et annoncé qu’ils en appliqueraient toutes les clauses. Ils ont libéré quelque 700 détenu et annoncé le retrait imminent de l’armée des villes.

La réaction de Washington, des pays européens et de la Turquie, illustre parfaitement leurs intentions. Au lieu d’encourager toutes les parties à faire preuve de bonne volonté et de sagesse, ils ont mis en doute les intentions de Damas, comme pour encourager l’opposition syrienne à ne pas coopérer. Les États-Unis sont allés beaucoup plus loin en conseillant aux groupes armés en Syrie de ne pas remettre les armes et de ne pas accepter l’offre d’amnistie immédiate présentée par les autorités syriennes. Ensuite, le président du Conseil national syrien (CNS), Burhane Ghalioun, a annoncé du Caire le refus de tout dialogue avec le régime de Bachar el-Assad. Cela signifie, en clair, que l’opposition, appuyée par Washington, torpillait l’initiative arabe.

Au lieu de faire pression sur le CNS, le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi, a multiplié les critiques à l’adresse de Damas. Et avant même que le délai de deux semaines accordée à la Syrie pour mettre en œuvre les clauses du plan ne soit écoulé, la Ligue a accusé la Syrie de ne pas honorer ses engagements et à décidé de convoquer une réunion ministérielle urgente pour débattre de la situation dans le pays.

La collusion entre certains pays membres de la Ligue et les groupes armés en Syrie ne fait plus aucun doute. La convocation de la réunion est intervenue après la défaite cuisante des extrémistes armés qui ont perdu leur bastion de Baba Amr, à Homs, d’où ils terrorisaient la population et harcelaient les troupes régulières.

Selon des sources bien informées, l’Armée syrienne a découvert dans ce quartier un hôpital de campagne souterrain, des dépôts d’armes de tous calibres et une infrastructure insurrectionnelle sophistiquée. Une centaine d’extrémistes armés se sont rendus ou ont été capturés dans les opérations militaires qui ont duré une semaine.

Situé à l’ouest de Homs, Baba Amr avait une profondeur géographique qui le reliait directement au Liban, loin de 22 kilomètres seulement. Armes, argent, matériels et renforts en hommes étaient acheminés via le Liban aux insurgés à travers le village syrien de Kousseir. Sa chute constitue un coup dur aux extrémistes et à leurs soutiens occidentaux. C’est ce qui explique la réaction hystérique de la Ligue arabe.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 56, 9 novembre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.