écrits politiques
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Tsahal tue des volontaires internationaux
Tom Hurndall n’est pas mort en vain si nous savons nous inspirer de son sacrifice
Tom Hurndall, s’est définitivement éteint le 13 janvier 2004. Il avait à peine 22 ans. De fait, Tom avait déjà cessé de vivre sa vie de jeune homme entreprenant et passionné, en ce 11 avril 2003, où un soldat israélien l’a visé en pleine tête avec la franche intention de le tuer, sans quoi il aurait ajusté le tir sur le bas de son corps.

Tom Hurndall

Son assassinat s’est produit à Jebna, un quartier miséreux du camp de réfugiés de Rafah -l’endroit le plus martyrisé de la Palestine- alors qu’il voulait protéger, en compagnie de ses camarades du Mouvement international de solidarité (ISM), les enfants victimes des tirs de l’armée israélienne.

Tom, était un être de droiture. Photographe, il voulait, par ses reportages, attirer l’attention du monde sur cet univers apocalyptique où la folie d’Israël a plongé ces damnés.

C’est ainsi que nous aimons nous souvenir de Tom. En ce geste, où il s’oublie, où il se met de côté, où il se tourne vers les victimes de cette barbarie israélienne programmée que le monde veut ignorer.

Quand je suis arrivée dans les bureaux de l’ISM, le 12 avril 2003, il y avait là une quinzaine d’internationaux, abattus, repliés sur eux-mêmes. Personne n’osait briser le silence. Le corps ensanglanté de Tom - que ses camarades avaient baptisé depuis son arrivée à Rafah, Thomas, pour éviter de le confondre avec un autre Tom, britannique comme lui - était dans tous les regards.

Le drame de la veille, les avait dévastés. Tom gisait sur un lit d’hôpital. Il respirait encore. Mais tous savaient, dans le secret de leur cœur, que Tom était condamné : qu’il ne sortirait plus de son profond sommeil.

Depuis leur arrivée à Rafah, sans cesse pillonnée par l’armée israélienne, les situations critiques où des vies sont en jeu, avaient déjà fortement marqué leurs jeunes visages. Comment contenir la révolte et calmer le sentiment d’impuissance ? Il fallait du temps et du recul pour surmonter l’incompréhensible.

Chacun se remémorait ces moments partagés avec Tom, où des soldats totalement fous, venus d’Israël, tiraient sur les enfants et des adolescents palestiniens, sans raison autre que de s’amuser à tuer.

Chacun savait qu’il n’y avait aucune place pour la vie, ici à Jebna. Mais chacun avait déjà plus ou moins décidé, en son for intérieur, qu’il ne partirait pas. Qu’il était impossible de laisser ces pauvres gens, seuls.

Chacun savait surtout, qu’il était impératif pour Israël - qui voulait s’annexer encore plus de terres qu’il en avait déjà annexées - de continuer de « nettoyer » Jebna, coûte que coûte.

Quand il a fallu répondre aux questions des journalistes, pour se laver de ses responsabilités, le commandement militaire israélien a menti. Il a dit en substance que "Tom était armé, qu’il tirait sur eux, qu’il était engagé dans des échanges de coups de feux".

Tom le doux ! Ils ont tiré sur lui !

Il a fallu six mois d’âpre lutte à la famille de Tom, pour obtenir l’ouverture d’une enquête publique. Une famille qui se bat aujourd’hui également en défense du peuple palestinien, dont elle a découvert, au travers des blessures mortelles de Tom, la politique de totale déshumanisation par Israël. « Nous ne pouvons rester silencieux et permettre que des gens comme Tom et Rachel, Brian Avery, Ian Hook et James Miller, deviennent de si tragiques victimes. Si nous ne nous dressons pas pour que le gouvernement israélien rende compte de ses actions, alors il n’y aura pas de fin à ces terribles pertes en Palestine » affirmait avec indignation la sœur de Tom.

Ce furent de vrais meurtres. Les soldats israéliens savaient qui ils étaient. Rachel et Tom portaient des vestes oranges de secours ; James Miller une veste où était écrit « Presse ».

Pour quel motifs, en 2003, décision a-t-elle été prise, par l’état Major militaire israélien, d’aller jusqu’à tirer sur les internationaux ?

Tout cela dépasse tout entendement !

Il faut se referer à la stratégie meurtrière des militaires israéliens pour trouver des éléments de réponse. Israël mène une guerre de destruction et d’épuration ethnique. Une guerre accompagnée de massacres répétés qu’il s’agit de cacher au monde. Les internationaux qui se trouvent dans ces zones où Israël a programmé de mener des opérations meurtrières, gênent l’armée.

Le photographe Tom - comme le cameramen James Miller et la militante Rachel Corrie - voulait simplement protéger des enfants palestiniens, et témoigner de l’inimaginable : Tom voulait faire savoir au monde que les soldats d’Israël n’étaient pas envoyés chaque jour à Rafah pour tuer "des terroristes" ; mais qu’ ils venaient ici pour tuer chaque jour un certain nombre d’enfants, et forcer - en les terrorisants - les parents, dont ils n’avaient pas encore rasé la maison, à décamper. [1]

Israël, a été freiné par l’endurance des habitants de Jebna, qui persistent à vouloir rester sur leur lopin, à défier les bombardements continus.

Tom dénonçait la barbarie de ces soldats envoyés là, avec des chars d’assaut et des avions de guerre F 16, pour faucher des enfants qui résistent avec des pierres.

Tom faisait partie de ces témoins qui comprenaient que, dans la logique des occupants israéliens, un enfant palestinien est une bombe à retardement. Et que tuer des enfants, en tuer quelques dizaines par jours, fait partie d’un projet commencé en 1948.

Tom a été tué parce que, comme tout témoin, il dérangeait les militaires israéliens dans l’exécution de leurs crimes. Les témoins gênent les criminels. Ces internationaux -qui veulent protéger les Palestiniens, et les voient comme des êtres humains- sont considérés par Israël comme des ennemis, des gens abattre.

Israël a tué Tom, Rachel, James, pour effrayer et faire fuir ces internationaux qui venaient ici. C’est le contraire qui s’est produit. Ne pouvant les tuer tous, Israël a multiplié les restrictions, de manière à les empêcher d’entrer à Gaza.

Le monde n’a jamais pris conscience de la gravité des mesures pour rendre la vie impossible aux Palestiniens. Nos autorités continuent d’être sourds et aveugles !

Jenin, Balata, Naplouse, Rafah, Tulkarem, sont des villes martyrs, où tuer est facile, où des soldats aux comportements inhumains, et qui n’ont aucun problème de conscience, exécutent sans états d’âme des enfants, poursuivant ainsi, avec désinvolture, par la terreur le « nettoyage ethnique » commencé en 1948.

Et nous, qui avons la chance de vivre en toute sécurité, nous n’avons pas le droit de garder ce privilège pour nous. Nous devons réagir...

Silvia Cattori

Voir aussi :
ISM : Israeli soldier shoots British ISM activist Tom Hurndall in Gaza Press Release, International Solidarity Movement, 11 April 2003
http://electronicintifada.net/v2/article1358.shtml


[1] Rachel Corrie, Tom Hurndall et le journaliste britannique James Miller, ont été tués ici à Rafah en 2003 sur une période de six semaines. L’armée israélienne voulait vider cette zone de ses habitants. Ces meurtres étaient des messages pour faire comprendre aux internationaux qui s’obstinaient à rester là, ce qui leur arriverait à eux aussi.