Les enfants en voyant cette armada pénétrer dans l’intimité de leur ruelle, et voulant les en empêcher, ont riposté en leur jetant des pierres. Les soldats ont répondu en tirant à la mitrailleuse au dessus de leurs têtes, et en lançant des grenades assourdissantes. Cela a duré durant deux heures environ.
Vers midi, quand nous avons vu les chars et les jeeps s’éloigner, nous étions soulagés. Ils ont laissé derrière eux une rue en pleine désolation.
A notre surprise, ce n’était qu’une fausse retraite. Ils sont revenus peu après. Nous avons vu un membre de l’ISM, Michael, un britannique de 22 ans, aller se placer au devant d’un tank pour tenter de dissuader les soldats qui le conduisait d’avancer et d’aller en direction des enfants.
Ils sont partis, revenus maintes fois. Ils ont blessé une vingtaine d’enfants. Trois d’entre eux gisent maintenant à l’hôpital de Rafidia. L’un d’eux, touché près de l’oeil, est dans un état critique. Il était âgé de 12 ans.
Sans la présence généreuse de ces rares internationaux de l’ISM qui ont à coeur d’assurer une présence permanente, en ces lieux où l’armée opère quotidiennement, il y aurait eu, sans doute, plus de victimes parmi les enfants.
Cela est très impressionnant. Sont-ils devenus fous ? Sont-ils encore des humains ? Il n’y a pas l’ombre d’un combattant armé en face !
Dans quel monde a-t-on jamais vu une armée partir en guerre avec des armes conçues pour combattre des colonnes de chars, contre des enfants qui ont entre 2 et 14 ans ?
Dans quel pays a-t-on jamais envoyé des soldats au coeur des villages, pour semer la panique, s’amuser à tirer à balles réelles contre des nuées d’enfants, ou encore lancer des grenades lacrimogènes contre des petites filles qui reviennent gentiment de l’école ?
Il y avait là, des vieillards hagards qui se tenaient à peine sur leurs cannes. De pauvres épaves qui ont survécu à tant de malheurs, et qui ont sûrement souffert toute leur vie de cette cruelle situation.
Ils regardaient les soldats faire la guerre à leurs pupilles, les forces vives du camp, avec une infinie tristesse.
Silvia Cattori