La mise au point de Rony Brauman au sujet du nombre de victimes constatées avant l’intervention de l’OTAN a sonné aux oreilles de Brice Couturier comme l’apologie du crime. Cette insupportable remise en question de la vérité officielle a suscité l’indignation de ce journaliste connu depuis belle lurette pour son parti-pris atlantiste.
Loin de se laisser intimider, Rony Brauman a dénoncé avec calme et détermination « cette force de la propagande qui nous amène à accepter la guerre la plus terrible, celle qui se passe avant même que la motivation ait pu la justifier ».
Rony Brauman : Oui, enfin c’était plus par rapport à la question des massacres, enfin c’était pour revenir à la Libye et ne pas laisser la fin de l’émission arriver sans avoir ... oui, oui, je vois qu’elle arrive. Je tenais absolument à soulever la question de la réhabilitation de la guerre sous forme de la guerre préventive, c’est à dire peut-être la pire des justifications de la guerre, celle qui s’appuie sur ce qui n’est pas encore arrivé pour réagir et comme sans y prendre garde, à coup de propagande, d’approximations, d’allégations plus ou moins vérifiées par exemple l’existence de milliers de personnes déjà tuées avant l’intervention, allégations qui se sont révélées sans fondement lorsque on suit les enquêtes d’Amnesty International et de Human Right Watch et d’un certain nombre d’autres choses, on en vient à anoblir la guerre ...
Brice Couturier : De quel pays parlez-vous ?
Rony Brauman : Je parle de la Libye et de la France.
Brice Couturier : Vous pensez que l’attaque contre Benghazi n’a fait aucun mort ?
Rony Brauman : On a parlé de 6 à 15 mille morts. Je me rappelle avoir participé à des débats notamment avec des parlementaires et des gens haut placés dans la commission de la défense qui disaient « il y a eu 6 à 15 mille morts, est-ce que vous voulez attendre qu’il y en ait plus pour intervenir ? »
Brice Couturier : Vous pensez qu’il n’y en avait pas ?
Rony Brauman : Non, je ne pense pas, je le sais ! Des enquêtes ont eu lieu : entre 100 et 300 morts, d’ailleurs des deux côtés -et pour un certain nombre d’entre eux morts au combat- ont été constatés et pas plus. Donc je vois la force de la propagande dans l’indignation que vous manifestez, Brice Couturier ; c’est précisément de cela qu’il s’agit. Cette force de la propagande qui nous amène à réhabiliter la guerre la plus terrible ; qui est la guerre qui se passe avant même que la motivation ait pu la justifier. La question de la protection des populations civiles et de la gâchette humanitaire, celle sur laquelle on appuie pour tuer précisément au nom de la préservation de la vie, sont aujourd’hui des problèmes vraiment difficiles à gérer parce qu’ils fonctionnent sur le mode de l’intimidation morale.
Cet extrait de l’intervention de Rony Brauman au « Matins de France-Culture » le 21 octobre 2011, à 8h45, a été retranscrite par les soins de Marc-Antoine Coppo