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Un article de Jane Merrick et James Hanning
L’ami intime du ministre de la Défense britannique était un agent du Mossad

Une enquête de The Independent révèle le côté obscur d’Adam Werritty. En effet ce pseudo conseiller de Liam fox, ancien ministre de la Défense britannique, ‘avait des liens avec le Mossad.’

18 octobre 2011

Liam Fox le jour de son mariage,
avec Adam Werritty, à droite

Adam Werritty, l’homme au centre du scandale « argent contre entrées » qui éclabousse Liam Fox, a été impliqué dans un complot audacieux pour renverser le président Iranien Mahmoud Ahmadinejad, a-t-on affirmé hier soir.

Le pseudo conseiller de M. Fox, dont l’amitié intime avec l’ancien ministre de la Défense a conduit à la chute de M. Fox, s’est rendu en Iran à plusieurs reprises et a rencontré des organisations d’opposition à Londres et à Washington ces dernières années, a appris The Independent on Sunday (IoS).

M. Werritty, 33 ans, a été débriefé par le MI6 au sujet de ses voyages et est si bien apprécié par le Mossad, le service de renseignement israélien - qui pensait qu’il était le chef de cabinet de Liam Fox - qu’il a été en mesure d’avoir des réunions avec les échelons les plus élevés du gouvernement israélien, ont indiqué diverses sources à l’IoS.

M. Fox a démissionné vendredi après toute une série de révélations autour de ses affaires avec son conseiller, notamment sur ses 18 réunions à l’étranger où M. Werritty était présent, dont une à Dubaï, au Sri Lanka et en Israël ainsi que 22 réunions au ministère de la Défense. Après avoir promis de contrer ces divulgations la semaine dernière, M. Fox a quitté le gouvernement ce vendredi quand des précisions ont été apportées sur le rôle en matière de renseignement des soutiens financiers de M. Werritty.

Le ministre a reconnu avoir laissé la séparation entre ses intérêts privés et ses activités gouvernementales devenir « floue ». Mais l’IoS a appris que les voyages de M. Werritty ne se limitaient pas à des séjours dans des hôtels de luxe à Dubaï et à Colombo : il se servait de sa carte de visite marquée du blason du parlement, qui mentionnait sa fonction de conseiller de M. Fox, pour faire avancer ses affaires commerciales dans le sud Soudan ravagé par la guerre, dans d’autres pays africains en développement et en Irak. Le conseiller a aussi eu tout récemment des discussions à Londres avec des représentants du nouveau gouvernement libyen. On ne sait pas si M. Fox y participait.

Ces nouvelles révélations vont sans doute être prises en compte par l’enquête de Sir Gus O’donnell sur M. Fox et M. Werritty qui a été lancée la semaine dernière avec l’éclatement du scandale. La révélation du fait que cet homme qui avait ses entrées à volonté auprès de M. Fox alors que ce dernier travaillait dans le cabinet de David Cameron tentait en même temps de renverser le président iranien va alimenter l’alarme au ministère des Affaires étrangères quant à sa conduite d’une politique étrangère parallèle et à son action en tant qu’agent « trouble » [rogue operator : agent, opérateur pourri, voyou].

Au plus fort de la tempête autour de M. Fox la semaine dernière, des « amis » de ce dernier ont essayé de minimiser sa proximité avec M. Werritty en le présentant comme un personnage dans le genre « Walter Mitty », à la fureur de M. Fox.

Pourtant, les entrées dont jouissait M. Werritty auprès d’importantes personnalités politiques dans le monde suggèrent tout autre chose. M. Werritty, affirme une source, collaborait étroitement avec des néoconservateurs appuyés par les États-Unis qui pensaient être en mesure de « renverser Ahmadinejad. »

Même si un tel projet aurait été extrêmement ambitieux, voire impossible, les activités de M. Werritty sont un camouflet pour les efforts du gouvernement britannique en vue d’une solution diplomatique aux ambitions nucléaires de l’Iran.

M. Werritty s’était joint à M. Fox, alors que ce dernier était ministre de la Défense du cabinet fantôme, pour une visite en Iran pendant l’été 2007. L’IoS croit savoir que le conseiller a également visité des pays à plusieurs reprises avant et après, mais on ne sait pas combien de temps il y a séjourné ni qui il a rencontré.

M. Fox est un atlantiste enthousiaste et a de la sympathie pour le mouvement néoconservateur aux États-Unis qui prend des positions agressives sur les ambitions nucléaires iraniennes, quoique lors de sa visite de 2007 dans ce pays, il avait affirmé espérer une « solution diplomatique » au problème. Un de ses associés dit que M. Werritty qui est capable de s’exprimer en persan, a pu servir de « facilitateur » et « transmettre des messages » entre diverses personnalités d’opposition, quoique notre source souligne qu’il n’agissait pas comme « espion freelance. » Une source diplomatique laisse entendre que M. Werritty, à son retour à Londres, était débriefé par le MI6 sur ses séjours en Iran. On ne sait pas si M. Fox était au courant de l’ensemble des activités de M. Werritty, où s’il avait été tout simplement autorisé à les poursuivre et à donner des informations aux autorités britanniques à titre non officiel.

Notre journal a essayé à plusieurs reprises de contacter M. Werritty mais en vain.

Une source à Whitehall parle de M. Werritty sur un ton cinglant. Cette source déclare : « Demandez-vous ce qu’il faisait là bas. C’est un changement de régime mais seulement dans sa tête. Je ne peux pas m’imaginer quelque chose de plus stupide, tourner autour de l’Iran en agitant le drapeau britannique. Pense-t-il vraiment que la réponse aux ambitions nucléaires iraniennes - que nous voulons toujours résoudre - est d’avoir une bande de types qui encouragent de cette manière l’opposition dans ce pays ? Nous avons une responsabilité envers ces gens, et toutes les actions de ce genre doivent avoir l’approbation du gouvernement, ce qu’il ne semble pas avoir eu. C’est ridicule. Vous invitez des gens à croire que vous avez les moyens du gouvernement pour les soutenir, et en fait l’opposition a toutes chances d’être écrasée brutalement.

« Ce qui ne veut pas dire que s’il rentrait à Londres et proposait de parler au MI6 de ce qu’il avait vu pendant son séjour en Iran, ils n’auraient pas dit ‘oui, merci’. Mais qu’ils cherchent à recueillir autant d’informations que possible n’est pas tout à fait la même chose qu’être mandaté par eux. »

L’IoS a appris qu’un officier supérieur d’un pays en développement, que ce journal ne nommera pas pour protéger son identité, a le sentiment d’avoir été berné par M. Werritty. Hier soir, le député travailliste John Mann a appelé Scotland Yard à lancer une enquête pour fraude sur M. Werritty et pour son utilisation d’une carte de visite mensongère le présentant comme étant un conseiller de l’ex-ministre de la Défense.

En mai 2009, M. Werritty avait arrangé une rencontre à Portcullis House entre M. Werritty et un lobbyiste iranien proche du régime du président Ahmadinejad. En février de cette années, M. Werritty a arrangé un dîner entre M. Fox, Matthew Gould, ambassadeur britannique en Israël et des personnalités politiques de haut niveau - qui comprenaient semble-t-il des agents des services secrets israéliens - pendant une conférence sur la sécurité israélienne, dîner au cours duquel avaient été évoquées des sanctions contre l’Iran. Malgré l’inexistence d’un rôle officiel de M. Werritty au ministère de la défense, une source israélienne affirme qu’il était « hors de doute » que M. Werritty était considéré comme personne d’autre que le chef de cabinet de M. Fox, capable d’arranger des rencontres au plus haut niveau, et qu’il était considéré comme un « expert sur l’Iran. »

Le ministère des Affaires étrangères a refusé de s’exprimer hier soir sur quelque aspect des activités de M. Werritty.

Jane Merrick et James Hanning
The Independent on Sunday, 16 octobre 2011.

Toutes les versions de cet article :
- Fox’s "best man" and his ties to Iran’s opposition