écrits politiques
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Arrestations et détentions arbitraires
Israël emprisonne les enfants palestiniens et le monde se tait.
Hier soir en rentrant chez moi j’ai trouvé ce message de Fayrouz : « Mon frère Mahmoud a été arrêté avec un autre garçon de Balata ». J’en ai eu le cÅ“ur brisé. Je l’ai jointe par téléphone. Elle m’a raconté quel choc ce fut, hier, pour toute sa famille, quand, alors qu’elle regardait la télévision Al Arabya, elle a vu sur l’écran son frère emmené par des soldats, brutalisé, apeuré, en même temps qu’un autre garçon de Balata.

Arrestation de Mahmoud Aboudra (Alaa Badarneh)

« Quand Omar, le petit frère a aperçu Mahmoud entre les mains des soldats il s’est mis à crier, à se taper la tête contre le mur, puis à courir dans les rues. Il est devenu fou. Il nous inquiète, ma mère qui tient à peine debout veut aller l’amener à l’hôpital ».

Mahmoud Aboudra est le quatrième enfant de Leila. Il a à peine quatorze ans. Je connais cette famille à laquelle je dois de m’avoir accueillie en décembre 2003 le jour où j’ai aperçu des soldats israéliens en position de tir et, me sentant en danger, j’ai frappé à leur porte.

Auprès de cette famille palestinienne si spontanément généreuse, j’ai trouvé le plus tendre et chaleureux des refuges.

La nuit, réunis dans une seule pièce, nous restions de longues heures, suspendus, à écouter, à identifier d’où venaient les bruits de moteurs, de tirs, de bottes, les cris des mères à qui on enlevait un fils, un mari, dans l’angoisse éprouvante à l’idée que les soldats fassent sauter la serrure, abattent la mince paroi, selon cette méthode qui leur est habituelle, appelée « houses to houses », et ne viennent interrompre, brutalement, cette petite intimité apeurée qui nous attachait de manière si intense les uns aux autres.

Durant ces heures mortelles, les enfants me racontaient, à voix basse, des épisodes de leur triste vécu, en riant nerveusement : comment les soldats israéliens avaient assassiné leur père sur le devant de sa maison ; comment une année plus tôt les soldats étaient arrivés avec chars et bulldozers, les avaient sommés de sortir, et avaient détruit leur maison et tout ce qu’ils possédaient, sans aucune justification ; comment ils se sont retrouvés sans abri, jetés à la rue, sans un crayon ni rien, d’une minute à l’autre.

Mahmoud, avait alors 12 ans. Il savait reconnaître les bruits des balles et me dire avec précision avec quelles armes les soldats venaient de tirer, dans quelles maisons et à quelel distance ils se trouvaient. Il disait, sans doute pour se montrer plus fort qu’il nétait et rassurer ses frères, ne pas avoir peur.

En 2004 j’ai appris que Mohammed, l’aîné, âgé de 16 ans, avait été arrêté sans raison.  [1] Il est détenu depuis lors, à la prison israélienne de Megiddio. Condamné à huit années d’enfermement.

Aujourd’hui Mahmoud est emprisonné à son tour. Il y a tout à craindre que l’enfant que j’ai connu, si tendre et enjoué, ne soit pas rendu avant longtemps à la tendresse de sa famille.

Cet exemple illustre les vicissitudes d’une famille palestinienne en ces lieux où, de manière tout à fait illégale, la prétendue « seule démocratie du Moyen-Orient » soumet un peuple entier à l’arbitraire et à la violence.

Comment nos élus peuvent-ils continuer de laisser Israël agir de la sorte ?

Pourquoi le monde continue-t-il à se taire ?

Silvia Cattori



[1] Voir article