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Une analyse de Pierre Khalaf
Pour Washington, le Liban devrait être l’arrière-base des opposants syriens

L’ambassadrice des Etats-Unis à Beyrouth, Maura Connelly, a donné ses instructions à la coalition du 14-Mars afin qu’elle intensifie ses actions de soutien à l’opposition syrienne au Liban.

10 octobre 2011

La diplomate est allée jusqu’à demander au ministre de la Défense, Fayez Ghosn, lors d’une rencontre officielle, que l’Armée libanaise assure la protection des opposants syriens qui agissent à partir du territoire libanais contre leur pays. La réponse de ce dernier a été sans équivoque [1].

L’attitude de Mme Connelly montre qu’il existe une décision américaine d’utiliser le Liban afin de mener des actions de subversion et de déstabilisation contre la Syrie, en transformant les bastions du Courant du futur –de Saad Hariri-, limitrophes à la frontière libano-syrienne, en principale base-arrière de l’opposition syrienne.

C’est le même schéma qui existait à l’époque où Jeffrey Feltman occupait le poste d’ambassadeur à Beyrouth. L’actuel secrétaire d’Etat adjoint pour les Affaires du Proche-Orient avait mis au point un plan visant à implanter dans les zones d’influence du Courant du futur des cellules des Frères musulmans syriens et des partisans d’Abdel Halim Khaddam, l’ancien vice-président syrien dissident, afin de tenter de déstabiliser le pouvoir syrien.

Les événements des six derniers mois en Syrie ont montré qu’il existe au Liban des équilibres et des équations qui empêchent la concrétisation du plan Feltman, quelles que soient l’intensité des pressions exercées sur le gouvernement de Najib Mikati. Les Américains ont tout essayé, y compris les tentatives d’associer le secteur bancaire libanais aux sanctions économiques et financières prises unilatéralement par les Etats-Unis et l’Europe contre la Syrie.

Le 14-Mars, toujours volontaire pour mettre en œuvre les plans américains destinés à protéger Israël en affaiblissant la Syrie, accepte encore une fois de jouer un jeu dangereux qui aura de graves répercussions sur la sécurité et l’économie du Liban. Ce que Washington exige du secteur bancaire et de l’Armée libanaise constitue une violation flagrante de l’accord de Taëf qui a mis fin à la Guerre civile. Cet accord stipule que le Liban ne peut être utilisé pour exécuter des politiques qui nuiraient à la sécurité et à la stabilité de la Syrie, et vice-versa.

Tout Libanais qui accepte de participer au plan de déstabilisation de la Syrie commet, avant tout, un crime contre son propre pays.

Le gouvernement libanais est responsable d’empêcher que le pays ne soit utilisé comme plate-forme destinée à exporter vers la Syrie les armes, l’argent et les hommes nécessaires à alimenter une contestation qui s’essouffle et qui n’a pas réussi, malgré les moyens gigantesques mis à sa disposition, à initier une dynamique de changement ou une alternative sérieuse, capable de convaincre le peuple syrien.

Seule l’Armée libanaise déploie de sérieux efforts pour lutter contre le trafic d’armes à partir du Liban et contre l’infiltration de cellules armées en direction du territoire syrien. Car elle est consciente que ce genre d’actions aura des répercussions dangereuses sur le pays. Par contre, le gouvernement et ses différents services font preuve d’un laxisme qui ne peut plus continuer sans risquer de se répercuter négativement sur les relations avec la Syrie et sur la stabilité interne.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 52, 10 octobre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.



[1Fayez Ghosn, ministre libanais de la Défense : « Mon avis diverge de celui de l’ambassadrice des Etats-Unis au Liban Maura Connelly sur la Syrie. L’Armée libanaise remplit sa mission à la frontière entre les deux pays, dans la mesure de ses capacités, pour empêcher le trafic d’armes qui seront utilisées contre le peuple syrien. Concernant l’incursion des forces syriennes dans le village d’Ersal, une enquête est en cours. »