écrits politiques

Français    English    Italiano    Español    Deutsch    عربي    русский    Português

Une analyse de Pierre Khalaf
Liban : L’État dans l’État de Samir Geagea

Un homme d’affaires libanais, Jacques Obeid, a révélé, lors d’une conférence de presse, les détails de son enlèvement par des partisans de l’ancien seigneur de guerre Samir Geagea, portant des uniformes de la police libanaise et détachés à la protection de sa résidence à Maarab, au cœur du Mont-Liban. Cette affaire montre que M. Geagea, qui accuse le Hezbollah d’avoir une « armée parallèle », utilise les institutions sécuritaires étatiques pour exécuter des missions partisanes.

3 octobre 2011

Les informations dévoilées par M. Obeid sont d’une gravité extrême, car elles prouvent que Geagea et d’autres chefs du 14-Mars pro-américain, noyautent les institutions officielles qu’ils utilisent comme bon leur semble.

Tout le monde sait que lors des gouvernements successifs de Fouad Siniora et Saad Hariri, M. Geagea avait fait intégrer au sein des Forces de sécurité intérieure (Gendarmerie) quelque 2000 de ses partisans lors de campagnes de recrutement taillées sur mesure.

Ce rapt ne doit pas rester impuni. Les services étatiques compétents doivent diligenter une enquête et prendre les sanctions qui s’imposent contre ces policiers-miliciens et contre M. Geagea en personne, qui ne dispose d’aucune immunité n’étant ni député ni ministre.

Le rapt de Jacques Obeid, proche du Parti syrien national social (PSNS, un parti laïc libanais connu pour son hostilité à Israël) a coïncidé avec un autre incident survenu dans la ville syrienne de Hama. Hassan Wehbé, ancien cadre du PSNS reconverti dans le commerce, a été attaqué par des extrémistes islamistes partisans du cheikh wahhabiste-salafiste Adnane Arhour. La chaîne de télévision libanaise, MTV, proche des Forces libanaises (FL) de Geagea, a été la première à annoncer la nouvelle de cette agression. Y’a-t-il un lien entre ces deux incidents. Cela ne démontre-t-il pas l’existence d’une coordination entre les FL de Geagea et les extrémistes syriens ?

Pendant ce temps au Liban, le patriarche maronite Béchara Raï poursuit ses tournées pastorales dans toutes les régions, avant de se rendre aux États-Unis à la rencontre des communautés libanaises dans ce pays. Après la Békaa, Kesrouan et le Metn, il a passé trois jours au Liban-Sud et il compte se rendre prochainement dans le Akkar et à Tripoli au Nord.

À chacune de ses étapes, le patriarche Raï a répété ses appels à l’unité et au dialogue, ainsi que son souci de préserver la présence chrétienne dans la région. À chacune de ses initiatives, il apparaît de plus en plus clairement que le patriarche maronite est porteur d’une grande mission celle d’appliquer les recommandations du synode des Églises d’Orient, organisé par le Vatican à l’automne dernier et qui conseillait aux chrétiens de la région de rester sur place et de se rapprocher de leur environnement musulman pour rester ensemble solidaires face aux plans d’effritement de la région.

Au Sud, comme en France, le patriarche Raï tient le même discours rassembleur. Ni les critiques directes et voilées des instances internationales, ni les tentatives de pression en menaçant d’annuler sa visite aux États-Unis, ni encore les discours de certaines personnalités chrétiennes du 14-Mars n’y changeront rien. Mgr Raï a pris parti pour une vision globale de la situation des chrétiens et nul ne le poussera à ne voir que les intérêts particuliers d’un camp précis.

Au Liban-Sud, le patriarche maronite a salué les résistants tombés sur ce sol ainsi que la ténacité et la détermination des habitants qui n’ont jamais voulu quitter leurs villages, en dépit des menaces israéliennes.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 51, 3 octobre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.