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Une analyse de Pierre Khalaf
La vague colonialiste se brisera en Syrie

Les élites occidentales colonialistes se comportent comme si elles avaient repris l’initiative après l’occupation de la Libye et le lancement d’une contre-attaque avec la collaboration d’Israël, de la Turquie et des pays arabes tournant dans leur orbite, contre la Syrie et la Résistance libanaise.

3 octobre 2011

Les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne agissent avec arrogance, alors qu’ils vivent une crise financière sans précédent. Ils s’investissent en Tunisie et en Égypte dans l’espoir de cueillir les fruits des révolutions populaires, alors que rien n’indique qu’ils engrangeront les dividendes souhaités. Le concept des guerres préventives a prouvé son échec et il sera suivi, très prochainement, par celui des guerres humanitaires, sorti à la hâte des tiroirs et dépoussiéré.

En Libye, les forces du Conseil national transitoire et ses alliés de l’Otan n’arrivent toujours pas à prendre le contrôle effectif de l’ensemble du pays ; et en Syrie, Washington et ses alliés sont dans une impasse. Ils n’arrivent à arracher aucune concession à Bachar el-Assad sur les dossiers régionaux et ne parviennent pas, non plus, à déstabiliser de manière significative le pouvoir syrien, uni dans toutes ses institutions derrière son président.

De plus, l’option de l’intervention militaire contre la Syrie est une menace que les Occidentaux gardent sur le tapis sans être en mesure de la concrétiser.

Il n’y a pas à comparer entre les brigades de Mouammar Kadhafi, qui résistent encore au CNT et à l’Otan, et l’armée syrienne, beaucoup plus nombreuse, mieux équipée et certainement plus motivée à défendre la souveraineté de la Syrie et l’intégrité de son territoire.

Pourtant, les pressions exercées sur la Syrie sont immenses. Des pays comme l’Arabie saoudite et le Qatar financent les groupes extrémistes et leur assurent une généreuse couverture médiatique, tandis que la Turquie s’est chargée du soutien politique et diplomatique. Pendant ce temps, les armes affluent, surtout du Liban, pour tenter de déstabiliser le pouvoir syrien.

Les élites occidentales ne jubileront pas longtemps. Lorsque la Syrie écrasera les groupes terroristes qu’elle a déjà connus dans les années 80, et qu’elle aura fini de nettoyer les derniers foyers de l’insurrection armée, elle ressortira renforcée de cette amère expérience qui aura couté au pays des centaines de vies humaines et des centaines de millions de dollars de pertes et de dégâts. Elle pourra alors passer à la contre-attaque pour briser une fois pour toute cette nouvelle vague colonialiste dont l’objectif principal est d’assurer un filet protecteur à Israël après le retrait des troupes américaines d’Irak, à la fin de l’année.

De nouveaux rapports de force seront alors consacrés et ils ne seront certainement pas en faveur de l’Occident et de ses séides locaux et régionaux. Bien au contraire, c’est l’axe de la résistance, dans toutes ses composantes, qui se verra renforcé. C’est alors que les vrais changements commenceront. Et cette fois, la vague emportera tous ceux qui auront collaboré ou misé sur une recolonisation du Machrek arabe.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 51, 3 octobre 2011.


(*) Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.