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La politique d’Obama au Moyen-Orient
Israël, principale référence de la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient

Dans son discours prononcé le 19 mai (*), le président américain Barack Obama a fait preuve d’un ferme engagement à préserver la sécurité d’Israël et à l’aider à se faire reconnaitre comme Etat juif, bâti sur l’épuration ethnique, la ségrégation raciale et la liquidation du droit des Palestiniens à revenir sur leur terre.

23 mai 2011 | Thèmes : Etats-Unis Israël Moyen Orient

M. Obama a été très franc en réaffirmant l’attachement de son pays à son hégémonie économique au Moyen-Orient. Il faisait allusion à la domination des Etats-Unis sur les puits de pétrole et les voies d’acheminement du brut, qui occupe depuis des décennies le cœur de la stratégie américaine. De même que le président américain a été clair lorsqu’il a considéré qu’Israël restait la principale référence de la politique de Washington. Il a d’ailleurs consacré une bonne partie de son discours à la nécessité de consacrer Israël en tant qu’Etat juif, et a évoqué la naissance d’une entité palestinienne –serait-ce vraiment un Etat ?- placée sous tutelle israélo-américaine, sans souveraineté réelle, démilitarisée, qui enterrerait définitivement le droit au retour des réfugiés, pourtant consacré par la résolution 194 des Nations unies, et officialiserait le concept d’échange de territoires.

Israël est donc la référence. La preuve en est venue quelque 24 heures plus tard, lorsque Barack Obama, pendant sa rencontre avec Benyamin Netanyahu, a transformé le débat public déclenché par le Premier ministre israélien autour du discours du président, à des divergences linguistiques portant sur les termes utilisés. Cette reculade signifie que Washington cèdera une nouvelle fois aux pressions de l’Etat hébreu et videra de son sens le discours présidentiel, notamment en ce qui concerne les lignes de 1967, bien qu’Obama ait clairement parlé d’échange de territoires dans le but de placer sous souveraineté d’Israël les colonies juives, qui grignotent quelque 40% de la Cisjordanie.

La sécurité et l’hégémonie d’Israël constituent la référence de la politique des Etats-Unis et de leurs alliés arabes au Moyen-Orient. Washington, qui conduit une guerre contre la Libye et orchestre une campagne internationale pour isoler la Syrie, veut établir un nouveau Moyen-Orient entièrement soumis à l’hégémonie israélienne. Pour garantir le succès de ce plan, l’Amérique exerce des pressions économiques et politiques sur la nouvelle direction égyptienne afin d’enfermer le pays des pharaons dans le carcan des accords de Camp David, et a apporté sa protection aux Etats du Golfe pour que le pétrole continue de couler, autorisant les pétromonarchies à écraser la révolution bahreïnie.

Tant que les Etats-Unis et l’Occident définiront leurs politiques à travers le prisme israélien et feront passer en priorité les intérêts de l’Etat hébreu, le conflit se renouvellera au Moyen-Orient.

Avant d’entrer en campagne électorale pour un second mandat à l’automne prochain, Barack Obama veut apporter toutes sortes de garanties et un soutien illimité à Israël. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les tentatives d’isolement du président syrien Bachar el-Assad, car sans affaiblissement de la Syrie, il sera difficile d’imposer une « paix » qui braderait les droits fondamentaux des Palestiniens.

Le droit au retour après la chute de l’illusion des deux Etats

Israël, qui veut s’imposer comme un Etat juif, a pratiquement achevé de saper les fondements de la solution des deux Etats après avoir transformé une grande partie de la Cisjordanie en colonies juives et avalé la quasi-totalité de Jérusalem.

L’Etat palestinien auquel Barack Obama a appelé est rejeté par Israël dont la priorité actuelle est d’accélérer le nettoyage ethnique qui ne peut réussir avec l’existence d’un Etat palestinien. Et même si le président américain a voulu donner l’impression, dans son discours, que l’option des deux Etats, israélien et palestinien, reste une priorité de la diplomatie américaine, il a annoncé que son pays s’opposerait catégoriquement à toute tentative de proclamer unilatéralement un Etat palestinien qui serait reconnu par les Nations unies. Pour lui, il s’agit là d’une tentative d’isolement « symbolique » d’Israël à l’Onu, à laquelle Washington s’opposerait avec la plus grande fermeté. Les alliés des Etats-Unis ont été informés de cette décision.

Devant ces réalités, il ne reste plus aux Palestiniens, pour récupérer leurs droits spoliés, que la voie de la résistance et leur attachement au droit au retour des réfugiés.

L’intifada du 15 mai, qui a ouvert une brèche énorme dans le mur de la sécurité israélienne, a mis en évidence des facteurs qui vont avoir une influence décisive sur la lutte des Palestiniens dans la période à venir.

D’abord, la diaspora palestinienne, ignorée et mise à l’écart pendant des décennies, est bien présente dans l’équation. Elle est disposée à consentir d’immenses sacrifices pour défendre le droit au retour. La troisième génération de réfugiés a prouvé qu’elle restait attachée à sa terre et aux constantes de la lutte nationale des Palestiniens, 63 ans après l’exode et 20 ans après les accords d’Oslo. Depuis l’assassinat de Yasser Arafat, une prise de conscience a eu lieu chez les Palestiniens qui sont désormais convaincus que les lobbys sionistes contrôlent les processus de prises de décision aux Etats-Unis et en Occident, et que seule la résistance est susceptible de les aider à récupérer leurs droits.

Ensuite, cette nouvelle génération de jeunes militants, qui sont nés dans les camps de l’exode, a montré qu’elle est aussi déterminé que la génération des fédayins des années 60 et 70 du siècle dernier. Le jeune palestinien de Syrie, Hassan Hijazi, qui a déjoué la vigilance des Israéliens pour se faufiler de Majdal Chams jusqu’à Tel-Aviv, avant d’être remis à la Croix-Rouge, est devenu le symbole de cette jeunesse déterminée à revenir sur la terre des ancêtres.

La marche du retour du 15 mai est le moment fondateur d’une nouvelle phase de la lutte des Palestiniens. Elle jette les bases d’un mouvement populaire qui a fixé un autre rendez-vous avec l’histoire pour une nouvelle marche, le 5 juin, à l’occasion de la guerre des Six-jours de 1967, au cours de laquelle Israël a occupé la Cisjordanie, Jérusalem et le Golan.

New Orient News (Liban)
Tendances de l’Orient No 32, 23 mai 2011.