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Un article de David Cronin
La mission européenne de police complice de l’occupation israélienne

Un exercice bizarre de relations publiques est actuellement en cours en Cisjordanie. Sans doute inspiré par la popularité de la série télévisée TV CSI : Crime Scene Investigation, l’Union européenne a cherché à enjoliver un cours de sciences médico-légales, à destination de la police palestinienne depuis la mi-septembre.


Officiers le la police palestinienne au cours de formation organisé à Qalqiliya par des policier de l’UE, octobre 2009. . (Khaleel Reash/MaanImages)

En plus d’être instruits sur les techniques d’empreintes digitales et l’utilisation de produits chimiques dans les affaires de vol à main armée ou de meurtre, les agents qui terminent le programme de six semaines se verront accorder un véhicule personnel.

Il n’est pas difficile de voir pourquoi les fonctionnaires européens sont désireux d’obtenir une publicité favorable pour leur « mission » de soutien à la police, dont le siège est à Ramallah. Pour l’ensemble des cinq ans qu’elle dure, la mission est une sorte de parent pauvre de l’autre initiative majeure de la police internationale dans le territoire occupé de Cisjordanie : celle gérée par le coordinateur étasunien de la sécurité, le lieutenant-général de l’armée américaine Keith Dayton (remplacé par le général Michael Moeller de l’US Air Force un peu plus tôt ce mois-ci). À une époque où les 27 gouvernements de l’UE s’efforcent d’avoir un impact collectif plus important sur la scène mondiale, il est logique qu’ils promeuvent un travail de politique étrangère qui, à première vue semble louable.

La réalité est loin d’être enchanteresse. Plutôt que d’aider à enrichir l’expérience d’institutions qui pourraient s’avérer essentielles pour un futur État palestinien, l’Union européenne et les États-Unis agissent en tant que mandataires de l’occupation israélienne. En outre, ils consentent à des atteintes aux droits humains perpétrées par les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP) contre le peuple palestinien.

Contrairement à l’impression souvent produite par les nouvelles, l’AP n’a pas de force de police qui puisse à juste titre être considérée comme indépendante d’Israël. En vertu des accords d’Oslo des années 1990, l’Autorité palestinienne a reçu l’entière responsabilité de la sécurité dans la région appelée « Zone A ». Elle comprend six villes de Cisjordanie - Jénine, Naplouse, Qalqilya, Ramallah, Tulkarem et Bethléem - et une partie d’Hébron. En zone B - les autres villes et villages, où vivent 68 % des habitants palestiniens en Cisjordanie - l’autorité a été chargée de maintenir l’ordre public, mais Israël a gardé la haute main sur la sécurité. Et dans la zone C - 62 % de la Cisjordanie, comprenant les colonies exclusivement juives et d’autres zones réputées d ‘« importance stratégique » par Israël - le contrôle total sur la sécurité est resté dans les mains israéliennes. En outre, en vertu des accords d’Oslo, les forces de police de l’AP n’ont juridiction que sur la population palestinienne et non pas sur le territoire ; ils n’ont pas le pouvoir d’arrêter, ou d’intervenir contre des colons israéliens ou d’autres citoyens israéliens, même quand ils sont présents dans les zones apparemment sous contrôle de l’AP.

Pour les Palestiniens, il s’est avéré impossible de faire fonctionner un service de police qui soit conforme aux normes internationales. Les incursions régulières des troupes israéliennes en Cisjordanie ont empêché que des patrouilles de policiers palestiniens soient mises en œuvre dans les villes, en dehors de Ramallah, entre minuit et six heures du matin.

La réponse de la mission de l’UE (son nom exact est le Bureau de coordination de l’appui de la police palestinienne ou COPPS [Coordinating Office for Palestinian Police Support]) aux actes quotidiens d’agression et d’intimidation d’Israël a été timide, pour dire le moins. Les mots les plus forts que Hendrik Malmquist, l’officier suédois à la tête de la mission, a eu, en matière de critique des incursions israéliennes a été de les appeler un « embarras public » pour l’Autorité palestinienne.

Peut-être sa nonchalance s’explique-t-elle mieux par la façon dont le COPPS fait partie de ce que le militant des droits humains israélien Jeff Halper appelle la « matrice de contrôle » imposée par Israël sur la Cisjordanie occupée et la bande de Gaza. En visite à Bruxelles en mai, Malmquist a déclaré qu’Israël est « heureux que nous soyons là afin de contribuer à une meilleure sécurité dans les territoires [occupés] ». Il est probable que la raison principale de la satisfaction d’Israël à l’égard de son travail, est que son équipe, forte de 80 personnes, a aidé les forces d’occupation à renforcer leur emprise sur la plupart des aspects de la vie palestinienne.

Quand j’ai récemment contacté les responsables de l’UE à Ramallah, ils ont cherché à minimiser l’importance de leur rôle dans la promotion de la coopération entre les forces de sécurité israéliennes et de l’Autorité palestinienne. Les fonctionnaires ont souligné, par exemple, la façon dont ils ont organisé des séminaires conjoints, de formation israélo-palestinienne, sur des questions apparemment en dehors de toute controverse, comme la gestion du trafic. « Nous ne sommes pas dans le jeu politique » a insisté un fonctionnaire.

Un document publié par le ministère israélien des Affaires étrangères en avril indique toutefois que la coopération est plus profonde. Intitulé « Mesures prises par Israël à l’appui du développement de l’économie palestinienne », il dit que le COPPS a joué un « rôle central » pour encourager et mettre en œuvre « le renforcement du potentiel » en Cisjordanie. Le but de ce « renforcement du potentiel », le document l’indique clairement à tous ceux qui lisent entre les lignes, est l’inféodation à Israël des forces de l’Autorité palestinienne. L’année dernière, et le ministère jubile, a été une année record pour les « actions coordonnées » entre Israël et les forces de sécurité de l’AP, avec près de 1.300 actions, une augmentation de 72% par rapport à 2008.

Dans ses bulletins d’information mensuels, le COPPS met l’accent sur la formation offerte à la police palestinienne par sa spécialiste des droits de l’Homme, Diane Halley. Cette propagande ne peut masquer la façon dont l’UE a permis le développement d’une situation où des violations flagrantes se produisent dans le cadre d’une culture de l’impunité. Alors que le mandat originel du COPPS lui permettait de soutenir la police en Cisjordanie et à Gaza, le refus de l’Union européenne de s’engager avec l’administration de facto du Hamas à Gaza a été un encouragement à la désunion des Palestiniens.

Pire encore, l’UE a fermé les yeux sur la création de ce qu’un cercle de groupes palestiniens des droits de l’homme a récemment appelé « un État policier » dans les territoires occupés. Bien que ces groupes - y compris le Palestinian Centre for Human Rights, Al-Haq (Centre palestinien pour les droits de l’homme, Al-Haq) et le Women’s Center for Legal Aid and Counselling (Centre des femmes pour l’aide juridique et le conseil) – ont insisté sur le fait que la plupart des violations commises par l’Autorité palestinienne sont un « résultat direct » des tensions entre le Fatah et le Hamas, l’UE est restée largement silencieuse au sujet de ces abus.

Au cours d’une conférence de presse en mai, Malmquist a déclaré que le COPPS souhaite « exporter des valeurs de base de l’Union européenne » telles que le respect des droits fondamentaux. Quelques minutes plus tard, le porte-parole de la police palestinienne Yossef Ozreil insistait sur le fait qu’il n’y avait « plus d’actes de torture » de la part ses collègues contre des rivaux politiques.

Malmquist n’a pas contredit cette assertion, bien que des preuves accumulées par l’Arab Organization for Human Rights (Organisation arabe des droits de l’homme) suggèrent qu’Ozreil était malhonnête. Mohammed Jamil, porte-parole de l’organisation, a dit qu’il y avait en moyenne sept arrestations chaque jour en Cisjordanie, avec entre 700 et 800 personnes arrêtées dans la région d’Hébron le mois dernier après que des tireurs du Hamas aient tué quatre colons israéliens. La torture des détenus est très répandue, a-t-il ajouté. Parmi les méthodes utilisées, attacher les gens au plafond et les suspendre, des simulacres de crucifixions consistant à attacher des détenus aux portes, bras et les jambes tendues, avant de les frapper à coups de bâtons. Un homme a été torturé en plaçant sur son dos des œufs brûlants, m’a dit Jamil. « Ils [les forces de sécurité] ont fait des blagues sur lui en disant qu’il était comme un poulet qui pondait des œufs ».

Sur le papier, la principale distinction entre le COPPS et le coordonnateur étasunien de la sécurité en Cisjordanie, c’est que le premier est en relation avec la police civile de l’Autorité palestinienne et le second avec la Force de sécurité nationale plus militarisée. Dans la pratique, il y a un chevauchement important entre les deux opérations internationales ; Dayton a dit que l’un de ses objectifs était d’éliminer toute duplication des efforts parmi les donneurs d’aide à l’Autorité palestinienne. Outre le fait qu’il emploie plusieurs Britanniques dans son équipe, Dayton a bénéficié de contacts étroits avec les deux Britanniques qui ont dirigé COPPS avant que Malmquist ne prenne ses fonctions en janvier de cette année : Colin Smith et Paul Kernaghan.

La mesure dans laquelle Dayton pourrait avoir conseillé aux forces fidèles au Fatah de recourir à des moyens brutaux pour s’attaquer aux partisans du Hamas n’a pas encore été révélée. Une chose est claire cependant, c’est que Dayton a compris que son travail consistait à insister sur la subordination de l’Autorité palestinienne à Israël. « Nous ne fournissons rien aux Palestiniens qui n’ait été soigneusement coordonné avec l’Etat d’Israël et qui n’ait obtenu son consentement », a-t-il dit.

Daud Abdullah, directeur du Middle East Monitor, un institut de recherche installé à Londres, affirme qu’il est inconcevable que Dayton n’ait pas été au courant des abus commis par les forces de sécurité palestiniennes. « Il n’y a pas eu de pause concernant les abus d’après ce que nous savons », a ajouté Abdullah. « Le fait que l’argent circule toujours et que des fonctionnaires [internationaux] sont encore sur le terrain les rend coupables de ce qui se passe. »

Le COPPS dispose d’un budget de près de 7 millions d’euros (9,7 millions de dollars) pour cette année. Cette somme semble bien faible. Pourtant, on ne peut la dissocier du plus large soutien que l’UE fournit à l’Autorité palestinienne et qui s’élève à 947 millions d’euros depuis 2008.

Les représentants de l’Europe manquent rarement une occasion de vanter leur générosité envers les Palestiniens. Bien que les donateurs financent sans aucun doute la fourniture de nombreux services essentiels dans les territoires occupés, de sèches questions doivent être posées sur une grande partie de cette aide et sur la manière dont elle est adaptée pour servir les intérêts d’Israël. Peu de contribuables seraient heureux de savoir que leurs euros durement gagnés servent à subventionner une occupation illégale et les violations systématiques des droits humains qui l’accompagnent.

David Cronin
The Electronic Intifada, 12 octobre 2010.


Le livre de David Cronin “Europe’s Alliance With Israel : Aiding the Occupation” (“L’Alliance de l’Europe avec Israël : Aider l’occupation”), qui sortira le 20 novembre, peut être pré-commandé sur www.plutobooks.com.