Chers collègues
Nous aimerions par ce message attirer votre attention sur le sort de notre collègue Adlène Hicheur. Arrivé en France à l’âge de un an, Adlène y a effectué une très bonne scolarité et a étudié la physique des particules au Master 2 de physique théorique dispensé à l’ENS de Lyon qu’il a terminé dans les premiers de sa promotion en 2000. Il a effectué une thèse au LAPP (Laboratoire d’Annecy de Physique des Particules) dans l’expérience "Babar", sous la direction conjointe de Y. Karyotakis (actuel directeur du LAPP) et de D. Boutigny (actuel directeur du Centre de Calcul-IN2P3), thèse qu’il a soutenue en 2003. Dans ce cadre, il a effectué de nombreux séjours au Stanford Linear Accelerator Center (SLAC). Il a ensuite effectué un postdoctorat dans le cadre de l’expérience du LHC ATLAS au Rutherford Appleton Laboratory (Grande Bretagne), avant de rejoindre le groupe LHCb de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne où il partageait son temps entre l’enseignement et sa recherche. Son travail de recherche au sein de la collaboration LHCb était extrêmement apprécié par ses collègues.
Voici plus d’un an, le 8 octobre 2009, Adlène était arrêté au domicile de ses parents à Vienne, dans l’Isère, puis après plusieurs jours de garde à vue était mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste [1]. Il est depuis incarcéré à Fresnes en détention provisoire. Il est à noter qu’Adlène est le seul mis en examen dans cette affaire.
Adlène a constamment clamé son innocence et se débat depuis son arrestation dans un univers digne de Kafka. Depuis près d’une année toutes les demandes de mise en liberté provisoire présentées par l’avocate d’Adlène, Maître Dominique Beyreuther, sont refusées, sans qu’aucune preuve tangible ne soit avancée pour étayer les accusations. Contre toute attente et sans qu’il soit possible d’en connaitre les raisons objectives, sa détention provisoire a de nouveau été prolongée de quatre mois fin septembre 2010. D’après les informations que nous avons pu nous procurer, les raisons justifiant l’arrestation et le maintien en détention provisoire d’Adlène depuis 13 mois semblent très minces : discussion sur des forums internet suspectés d’être en relation avec des organisations islamistes.
Ses collègues directs, beaucoup de physiciens, comme sa famille et ses amis ont naturellement été choqués par son arrestation et sont inquiets de son maintien en détention. Aucune évolution de sa situation ni perspective de procès ne semblent pour l’instant se dessiner et nous nous inquiétons de l’avenir de ce jeune physicien et de la possibilité qu’il ait, s’il était finalement innocenté des charges qui pèsent sur lui, de poursuivre sa carrière. Compte tenu de cette situation qui semble devoir perdurer (la durée de la détention provisoire peut atteindre jusqu’à deux ans dans ce genre d’affaires), certain d’entre nous ont décidé la création d’un comité de soutien dont l’existence sera rendue publique prochainement.
R.Barate, A.Bay, D.Boutigny, A.Deandrea, L.Fayard, J.M.Gaillard, Y.Karyotakis, J.P.Lees, J.Lefrançois, J.P.Merlo, M.N.Minard, T.Nakada, M.Pepe-Altarelli, V.Poireau, P.Robbe, O.Schneider, J.Steinberger, D.Treille.
Voir aussi la page du Comité international de soutien à Adlène Hicheur :
http://soutien.hicheur.pagesperso-orange.fr/
Source :
http://soutien.hicheur.pagesperso-orange.fr/Documents/communiqu%E9%20SFP-v05.pdf
Sur le même sujet, voir également :
« Adlène Hicheur ou le "terroriste" malgré lui », par le Prof. Jean-Pierre Lees, 17 octobre 2010.
[1] De nombreux rapports internationaux ont souligné l’arbitraire de la législation anti terroriste
française, dont les critères sont peu exigeants en matière de preuve lorsqu’il s’agit de décider
de l’arrestation de suspects ou de l’ouverture d’une instruction par un juge. Sur la base d’indices
minimes, voire inexistants, elle permet le maintien en détention provisoire des suspects pendant
des mois, voire dans certains cas pendant des années, tandis que les liens étroits entre les
juges d’instruction spécialisés et les services de renseignement dans les affaires de terrorisme
mettent sérieusement à mal le droit des accusés à un procès équitable. Voir par exemple le
rapport d’human rights watch, téléchargeable à l’adresse suivante :
http://www.hrw.org/french/reports/2008/france0708/