Attaque de tanks israéliens à Rafah, le 17 mai 2003
Israël ne respecte rien. À commencer par les Conventions de Genève qui font référence aux traitements des civils sous occupation et à l’autorisation d’observateurs à témoigner.
La Suisse, dépositaire de ces Conventions, a maintes fois rappelé Israël à la raison. Elle n’a pas manqué de lui signifier la violation de toutes les Conventions ; l’implantation des colonies juives en territoire occupé ; l’exécution sommaire de « présumés terroristes » ; les punitions collectives ; les bouclages, etc.
Israël, qui n’entend aucune critique, campe sur ses positions ; il n’a de cesse de réaffirmer de manière spécieuse que la Cisjordanie et la bande de Gaza ne sont pas des territoires occupés mais des « territoires disputés », et que par conséquent la Convention de Genève ne s’y applique pas.
On parle au nom des Palestiniens. On négocie en leur nom. On nomme des ministres en leur nom. On fait des conférences en leur nom. Les Palestiniens aimeraient y croire ; mais le cœur n’y est plus.
Les autorités israéliennes n’ont aucune intention de lâcher du lest. Chaque fois qu’Israël, fait mine de retirer quelques implantations de colons, d’autres caravanes de colons font leur rapide apparition. Rien de neuf sous le soleil d’Ariel Sharon.
Pendant que les Palestiniens, le couteau sous la gorge, se plient une énième fois aux exigences de ce piège que leur tend la « feuille de route » -la promesse d’établir leur Etat en 2005 - et en respectent le calendrier, le gouvernement israélien, lui, continue de se montrer intraitable et d’envoyer ses réservistes multiplier rafles, assassinats, destructions de maisons, de cultures, et de tout ce qui fait qu’une vie est une vie.
Les Palestiniens, usés par des décennies de lutte et de privations, veulent la paix de toutes leurs forces. C’est leur intérêt. Les Israéliens, eux, ont pour objectif caché de gagner du temps, de grignoter toujours plus de terres.
Israël, veut leurs terres et leur peau. Il exige de Mahmoud Abbas ce qu’il a exigé de Yasser Arafat hier, l’impossible. Le désarmement du peuple palestinien qui vit sous occupation, et qui, il faut le préciser, se bat contre des tanks et des avions, avec de vieilles pétoires. Par ce biais, Israël cherche à diviser les Palestiniens et à les pousser à se battre entre eux.
Or, aussi longtemps qu’Israël les prive de toute possibilité matérielle d’exister, les Palestiniens n’ont aucune raison de déposer les armes fussent-elles dérisoires, sauf à vouloir se suicider.
Tout peuple opprimé a le droit de défendre sa terre et de se battre pour sa survie. Pourquoi donc les Palestiniens, victimes d’une guerre d’occupation et de dépossession, seraient-ils privés de ce droit ?
Ces hommes du Hamas ou du Jihad, qu’Israël qualifie de terroristes et assassine « préventivement » sont de bons pères qui tentent de défendre leurs familles et leur dignité comme ils peuvent.
Les pays qui se prétendent « démocratiques » se doivent d’apporter leur clair et franc soutien aux forces politiques en lutte contre l’occupant israélien. Ils se doivent également d’obtenir d’Israël, qu’il retire ses troupes des territoires occupés, comme préalable à toute négociation.
Aussi longtemps que ce retrait n’est pas effectif et qu’Israël ne reconnait pas aux Palestiniens le droit d’exister dignement et en toute sécurité sur leur terre, aucune paix n’est possible.
Les Palestiniens sont des êtres extraordinairement patients. Ils attendent que justice leur soit rendue depuis 1948. Dans ce combat interminable et inégal, de David contre Goliath, ils sont les grands perdants. Ballottés, depuis des lustres, entre « accords d’Oslo », que tous les gouvernements israéliens ont torpillés, et « processus de paix » que les États-Unis et Israël leur ont glissées comme peaux de bananes sous les pieds, les Palestiniens, dans leur désespoir, ont toutes raisons d’être très inquiets quant à leur devenir.
Ils ont de quoi se sentir floués de tous côtés ; à commencer par la légèreté avec laquelle les médias présentent une « feuille de route » que les généraux israéliens se sont empressés de paver de nouvelles catastrophes. Floués aussi par le crédit que le monde accorde à ces ballets diplomatiques et médiatiques, dont toute personne avisée connaît d’avance la supercherie et les jeux truqués. Ballets et effets de torse, évidemment destinés à occulter, aux yeux de l’opinion, la gravité de l’occupation israélienne en Palestine et ses effets dévastateurs sur les populations. Les Palestiniens ont de quoi se sentir d’autant plus inquiets, que l’ONU, écharpée par les Etats-Unis, et l’Union européenne - incapable d’avoir une politique extérieure commune - sont absentes du débat.
Les Palestiniens ne sont pas dupes. Ils considèrent que les États-Unis, qui arment Israël et lui donnent le feu vert pour liquider les résistants, ne sont pas des partenaires crédibles. Et qu’une fois de plus leur peuple risque de faire les frais de cette perfide alliance. En quoi ils ont raison.
Les intentions de l’administration de Georges Bush sont des plus cyniques : elles n’ont rien à voir avec les intérêts des peuples ni de la justice. Bush rentre dans ce bal macabre de la fausse paix que mène Israël depuis des décennies, uniquement pour défendre les intérêts de ce pion sur l’échiquier d’un Moyen-Orient, dont il convoite le pétrole. Bush n’a donc comme unique motivation que de liquider tout ce qui fait obstacle au projet d’expansion de l’État d’Israël et à sa domination impériale. Et cela passe forcément par la liquidation de la résistance palestinienne.
Les Palestiniens sont aujourd’hui sans espoir. Victimes oubliées d’une immense injustice historique, ils ont de quoi se sentir humiliés par cette complaisance incompréhensible du monde occidental à l’égard de politiciens, fussent-ils chefs d’État, qui se conduisent, au vu et au su de tout le monde, comme des chefs de bandes et non pas comme des démocrates ; des politiciens sans foi ni loi, qui commettent des crimes odieux, écrasent des peuples, sur une échelle jamais imaginée.
Et nous, de nous demander ce qu’attendent nos élus de gauche comme de droite pour sanctionner les acteurs de cet innommable carnage ?
Chaque fois que ces chefs de gang - incarnés aujourd’hui par Bush, Perle, Sharon, Wolfowitz, Peres, Mofaz, Yaloon, et leur caniche Tony Blair, pour ne citer que les plus en vue - se sentent en passe d’être démasqués, ils se drapent aussitôt dans l’étendard de la paix. Oh ! Pas pour longtemps.
Voilà à quoi sert la diplomatie qui occupe la une des journaux : à servir les intérêts du plus fort, à diviser les faibles et à se les asservir. Et quand des chefs d’État et des diplomates de bas étage tombent sur un adversaire qui leur résiste, qui ne se plie pas à leurs dictats, ils n’hésitent pas à frapper des peuples entiers au prix de milliers de victimes. Vous avez vu l’Irak, la Serbie, l’Afghanistan. On a fait subir à leurs peuples ce que les gouvernements israéliens font subir depuis des lustres aux Palestiniens. Les Irakiens n’avaient rien demandé aux occidentaux. Ces derniers y sont allés. Or, les choses ne se sont pas passées comme ils l’avaient escompté. Elles ont même pris une bien mauvaise tournure.
Tarek Aziz - dont nul ne se soucie de savoir où les forces occupantes l’ont jeté - les avait avertis. « Venez, vous verrez ce que vous verrez. L’Irak n’est pas l’Afghanistan ». Les voilà empêtrés. L’échec est cuisant pour l’administration Bush qui s‘est laissée piéger, fortement poussée à la guerre par des conseillers pro-israéliens.
Alors que le rapport de force, issu de l’offensive militaire menée contre l’Irak, était des plus défavorables aux voisins d’Israël -Syriens, Libanais et Palestiniens en tête - les choses se sont sensiblement renversées. L’occupation militaire en Irak tourne au désastre.
Exposé à la critique, fragilisé aux yeux du monde qui observe tout cela avec effroi, Bush veut rebondir. Il doit, pour convaincre l’opinion de ses bonnes intentions, prendre quelque distance d’avec Tel Aviv. La Palestine fournit l’occasion de le faire. Quand les Palestiniens ont vu Mahmoud Abbas en compagnie de Bush à la Maison Blanche - le premier ministre d’un État qui n’existe pas, que l’administration Bush a choisi, imposé, sans leur demander leur avis, c’est sa conception de la démocratie qui le veut - ils ne savaient plus s’ils devaient rire ou pleurer.
Puis quand ils ont entendu Bush dire quelques vérités à l’encontre des colonisateurs israéliens, ils ont sursauté. Les temps sont durs pour Bush. Et la cause palestinienne peut-elle servir, momentanément, ses intérêts ?
Tout reste à faire. Ces fausses négociations de paix, sur fond de vraie guerre et de fossé infranchissable, ont toujours fait l’affaire d’Israël.
Sharon, ce dangereux criminel, qui a passé sa vie à massacrer les Arabes et à rêver d’un grand Israël ethniquement pur, appuyé par son gouvernement formé d’extrémistes et par cette majorité d’électeurs israéliens qui crient « mort aux Arabes », ne veut pas de « paix juste ». Sauf à s’aveugler, nul ne peut croire en la sincérité de ce brutal soudard. Mais la pantomime continue.
Israël accable systématiquement les Palestiniens de reproches. A l’entendre tout est de leur faute. C’est la faute des Palestiniens si Oslo et Camp David ont capoté. Beaucoup de gens ont longtemps cru ses mensonges. Or, tout ce qu’Israël nous a rabâché durant des années s’est avéré totalement faux. Il convient donc de rétablir quelques vérités, quitte à se répéter.
Tous les plans de paix ont échoué parce que les négociateurs israéliens n’ont jamais voulu qu’ils aboutissent. Les hommes qu’Israël dépêchait à la table des négociations avaient pour tâche de mener les Palestiniens dans un bourbier, de les tromper, et de tirer les choses en longueur. Les négociateurs Palestiniens, Arafat en tête, se sont fait lamentablement piéger. La tentation de la corruption, a fait le reste. Une fois compromis, ils n’avaient plus aucune marge de manœuvre. C’est Israël qui mène le bal.
Les accords d’Oslo ont échoué parce que les gouvernements israéliens les ont torpillés dès le départ : les troupes israéliennes ont mis cinq ans pour se retirer de 5 % du territoire et le nombre de colons a doublé. Après quoi Sharon a fini le travail, si on peut dire : il s’est servi de ces accords de paix pour balayer l’autorité palestinienne et liquider les cadres de la résistance.
Les pourparlers de Camp David ont échoué parce que Barak n’a rien offert, il n’a pas fait « l’offre généreuse », brandie par la propagande israélienne, que les médias ont largement relayée. Bien au contraire. Il s’est montré intraitable sur la question cruciale des réfugiés et de Jérusalem.
Le peuple palestinien a payé très cher ce marché de dupes commencé en 1991. Affaiblis par Arafat, qui les a désarmés et ensuite laissés à la merci d’une armée sanguinaire, les Palestiniens - surtout ceux qui croupissent dans les camps de réfugiés - n’ont plus rien à perdre.
La deuxième Intifada était la seule chose qui a pu faire obstacle - et qui a fait obstacle - à leur écrasement.
Atteints dans leur fierté, les Palestiniens n’attendent plus rien de leurs chefs. Yasser Arafat, bouclé dans son quartier général comme dans une cage, est inexistant. Mahmoud Abbas, un homme faible et stupide qu’Israël tient entre ses mains, n’a pas la confiance des Palestiniens. Les politiciens immoraux, dont la vocation est de mentir, cherchent à faire croire ceci et cela. Les plus déshérités se débrouillent comme ils peuvent. Mal.
Nous ne le dirons jamais assez. Les Palestiniens sont victimes d’une injustice colossale : ils n’ont pas d’État, ils n’ont pas d’armée, ils n’ont pas le droit de vivre libres sur leur terres.
Après tant d’années où ils ont cru à la paix, à la justice et à la légalité internationale, où ils ont cru à la coexistence, où ils ont espéré sortir de leurs ghettos, les Palestiniens ont perdu toute confiance. Il ne faut donc plus leur parler de « feuille de route » ni de quoi que ce soit. Ils désapprouvent, aujourd’hui comme hier, toute idée de négocier quoi que ce soit avant qu’Israël ne retire son armée de leurs territoires.
Les Palestiniens sont comme nous. Ils n’aiment pas la mort. Ils voudraient pouvoir combler leurs enfants de mille bonheurs. Il ne faut pas croire qu’ils se battent de gaîté de cœur. Je n’ai jamais rencontré un Palestinien sensé qui se réjouisse de savoir qu’il y a, au sein de son peuple, des enfants désespérés au point de se résoudre à mourir d’une mort atroce. Ce n’est ni la religion, ni l’extrémisme, ni leur nature, ni leur culture qui a poussé certains des leurs, à se suicider. Les parents inconsolables de ces enfants "kamikazes" vous disent, avec douleur, que si Israël n’avait jamais envahi leurs quartiers ou leurs écoles, et n’avait jamais saccagé leur vie, nul enfant n’en serait jamais venu à cette extrémité.
Affirmer, après coup, que ces enfants, détruits par la violence d’Israël, ont commis un crime contre l’humanité - comme l’ont fait Amnesty International et Médecins du monde -est très injuste et facile à dire, quand on n’a pas grandi sous la violence de l’occupation israélienne. Les attentats palestiniens contre des civils sont, certes, un mauvais moyen. Mais, il faut le dire haut et fort : ces enfants, que la brutalité d’Israël conduit vers la mort, méritent notre entière compassion. Leur sacrifice nous dit leur refus de la tyrannie. Nous qui vivons dans des pays libres, sommes mal placés pour les blâmer. Ils ont déjà payé de leur jeune vie le mal qu’Israël a fait à leur entourage.
Tous les malheurs qui frappent les Palestiniens - et les occupants israéliens, dans une bien moindre mesure - découlent précisément de l’occupation militaire israélienne et de l’implantation des colonies au cœur de la Palestine.
Israël commet des crimes d’État contre des populations civiles. Ne rien dire, c’est y consentir. Le seul rempart que peuvent ériger les Palestiniens face à l’oppresseur, est leur résistance. Nos gouvernements doivent rappeler Israël à la légalité : exiger la fin de l’occupation israélienne, exiger le droit des Palestiniens à posséder des armes et à résister aussi longtemps qu’Israël les opprime.
Se taire, quand Israël assassine les cadres de la résistance, hurler avec le loup quand Israël criminalise le Hamas et le Jihad, qui sont des composantes majoritaires dans la lutte pour l’indépendance, c’est mépriser les droits des peuples à exister et à décider par eux-mêmes de leur destin.
Silvia Cattori